À Chacun son Everest ! vient de franchir un sommet symbolique : son 600e séjour organisé à Chamonix. Derrière ce chiffre, il y a plus de trente ans d’accompagnement d’enfants touchés par le cancer ou la leucémie et de femmes en rémission d’un cancer du sein. Cet été encore, plus de 90 enfants ont retrouvé dans la montagne bien davantage qu’un terrain de jeu : un espace pour reprendre confiance, se dépasser et, surtout, redevenir simplement des enfants.
Les sacs de randonnée ont retrouvé les placards. Les chaussures sèchent une dernière fois et le chalet, après six semaines de rires, de courses et d’aventures, retrouve progressivement son calme. À Chamonix, les stages d’été 2026 d’À Chacun son Everest ! viennent de s’achever. Plus de 90 enfants y ont participé.
Escalade, accrobranche, randonnée, activités en pleine nature… À première vue, le programme pourrait ressembler à celui de nombreuses colonies de vacances en montagne. Mais pour les enfants accueillis ici, chacune de ces expériences prend une dimension particulière. Ils ont connu le cancer ou la leucémie. Après les traitements et les longues périodes pendant lesquelles leur quotidien a été rythmé par la maladie, la montagne leur offre un autre terrain sur lequel se mesurer à eux-mêmes.
600 séjours et plus de trente ans d’une intuition : la montagne peut aider à se reconstruire
Cet été 2026 restera particulier dans l’histoire d’À Chacun son Everest ! puisque l’association a organisé son 600e séjour à Chamonix. Un chiffre impressionnant qui raconte surtout la longévité d’une aventure commencée il y a plus de trente ans.
Créée en 1994 par le docteur Christine Janin, première Française à avoir atteint le sommet de l’Everest, et le professeur André Baruchel, À Chacun son Everest ! accompagne des enfants et adolescents atteints de cancer ou de leucémie, ainsi que des femmes en rémission d’un cancer du sein.
L’idée fondatrice est aussi simple que puissante : transposer symboliquement les étapes d’une ascension en montagne au parcours traversé face à la maladie. Se préparer. Douter. Faire un pas supplémentaire. Se dépasser. Atteindre son propre sommet. Et découvrir que l’on est capable d’aller plus loin qu’on ne l’imaginait. Dans ce contexte, atteindre un sommet n’est évidemment pas une finalité sportive. C’est un symbole.
Après avoir gravi l’« Everest » de la maladie, chacun peut apprendre à gravir les autres sommets de sa vie.
Parmi les moments forts de cet été, les enfants ont également eu la surprise de partager un moment en montagne avec Alexis Pinturault. Le champion français de ski alpin est venu à leur rencontre à Chamonix, en toute simplicité. Une présence particulièrement symbolique dans un séjour où la notion de dépassement ne se mesure ni en chronomètre ni en médailles, mais dans la capacité de chacun à retrouver confiance en soi après la maladie.
Quand la montagne permet de retrouver confiance en son corps
L’un des enjeux essentiels de ces séjours se joue précisément dans le rapport au corps. La maladie et les traitements peuvent profondément modifier la manière dont un enfant perçoit ses capacités physiques. Hospitalisations, fatigue, soins, regard médical permanent : pendant des mois parfois, le corps a été celui que l’on examine, que l’on soigne et dont on surveille les limites.

En montagne, ce même corps redevient progressivement celui qui marche, grimpe, joue et réussit. Une voie d’escalade franchie, quelques mètres supplémentaires parcourus lors d’une randonnée ou la peur surmontée sur un parcours d’accrobranche peuvent sembler anodins. Pour certains enfants, ils représentent au contraire une victoire extrêmement concrète. Le sport et la montagne permettent alors de déplacer le regard : de ce que le corps a subi vers ce dont il est encore capable.
Cette conviction selon laquelle la montagne peut devenir un formidable espace de reconstruction dépasse d’ailleurs largement cette seule association. I Love Ski avait déjà pu le constater lorsque des enfants malades du cancer avaient découvert les joies de la montagne au Val d’Allos avec l’association Sourire à la Vie.
L’expérience était différente, mais le principe comparable : permettre à des enfants longtemps définis par leur parcours médical de retrouver l’expérience extrêmement simple (et essentielle) du plaisir, du jeu et de la découverte.
Le groupe, cet autre sommet invisible
Il existe aussi quelque chose que les chiffres racontent difficilement : ce qui se passe entre les enfants. Dans un séjour d’À Chacun son Everest !, il n’est pas nécessaire d’expliquer longuement certaines expériences. Les autres participants savent ce que signifie avoir traversé la maladie. Cette compréhension mutuelle crée un espace particulier.
On s’encourage devant une difficulté, on attend celui qui avance moins vite, on partage une peur avant de la dépasser ensemble. Et surtout, pendant quelques jours, la maladie cesse d’être ce qui distingue un enfant des autres.
Ce n’est probablement pas un hasard si la montagne sert de décor à autant d’initiatives solidaires.
L’univers montagnard possède depuis longtemps cette culture de la cordée : celui qui avance aide celui qui rencontre une difficulté et la réussite individuelle n’a véritablement de sens que lorsque le groupe progresse.
C’est cette même philosophie que l’on retrouve dans de nombreuses opérations que nous suivons dans notre rubrique Ski Solidaire, comme Les P’tits Flambeaux, qui ont mobilisé plus de 150 stations françaises en faveur de l’enfance, ou encore Glisse en Cœur au Grand-Bornand, devenu au fil des années l’un des grands rendez-vous caritatifs de la montagne française. Des initiatives très différentes, mais qui rappellent toutes une même évidence : la montagne peut également être un formidable espace de solidarité.
Christine Janin : de l’Everest à l’accompagnement des malades
Pour comprendre À Chacun son Everest !, il faut revenir au parcours de sa fondatrice. Médecin et alpiniste, Christine Janin devient en 1990 la première Française à atteindre le sommet de l’Everest. Deux ans plus tard, elle réalise l’ascension des Seven Summits, les plus hauts sommets de chacun des continents, avant d’atteindre le pôle Nord en 1997.

Mais c’est finalement une autre forme d’Everest qui va occuper une grande partie de sa vie. En créant l’association, elle transpose à l’accompagnement de personnes ayant traversé la maladie ce que la haute montagne lui a appris : avancer par étapes, accepter les moments de faiblesse, faire confiance au collectif et découvrir des ressources que l’on ne soupçonnait pas.
Depuis 1994, des milliers d’enfants, d’adolescents et de femmes ont ainsi été accompagnés. Le 600e séjour organisé en 2026 constitue donc moins un aboutissement qu’un nouveau camp de base.
La montagne solidaire n’est pas seulement une formule
Chez I Love Ski, cette vision occupe une place particulière. Depuis plusieurs années, nous défendons l’idée d’une montagne capable d’être à la fois sportive, touristique, économique, environnementale… mais également sociale et solidaire. C’est précisément le sens de Ski Solidaire by I Love Ski.
Nous avons vu des stations accueillir des enfants malades, des moniteurs donner de leur temps, des domaines skiables mettre leurs infrastructures à disposition, des entreprises financer la recherche ou des associations utiliser le sport pour redonner confiance à des personnes fragilisées.
En 2017 déjà, nous racontions comment les Courses des Neiges d’Odysséa associaient montagne et lutte contre le cancer du sein. Plus récemment, Skiset et EDL ont choisi le ski pour soutenir la recherche contre le cancer, à travers une série limitée dont une partie du produit des ventes et locations était reversée à Gustave Roussy.
Ces initiatives n’ont ni la même dimension ni le même fonctionnement. Mais elles témoignent d’un mouvement qui mérite d’être raconté : celui d’une montagne qui met parfois ses infrastructures, ses entreprises, ses professionnels et son formidable pouvoir d’évasion au service de ceux qui en ont besoin. À Chacun son Everest ! en est probablement l’une des expressions les plus emblématiques.



























