Il y a des absences qui ne deviennent jamais vraiment du silence. Des personnes qui, même parties trop tôt, continuent d’exister dans les gestes, dans les lieux, dans les souvenirs, dans les mots que l’on prononce encore avec pudeur. Olivier Mariande fait partie de ceux-là.

Le 8 avril 2025, au lendemain de sa disparition, nous y parlions d’un ami, d’un frère de cœur et de sommets, d’un homme que la montagne avait accompagné toute sa vie et qui l’avait servie jusqu’au bout, dans l’exercice de sa mission de CRS de montagne, alors qu’il tentait de sauver une vie.

Plus d’un an après, Olivier est toujours là

Pas seulement dans le souvenir de ses proches. Pas seulement dans la mémoire de ses collègues de la CRS Pyrénées, de ses compagnons de cordée, de ceux qui l’ont connu sur les tatamis, sur les pistes, dans les canyons ou sur les parois. Olivier reste présent parce que son nom continue de circuler dans les Pyrénées comme une évidence. Parce que les territoires qui l’ont vu grandir, vivre, s’engager et aimer la montagne refusent de le laisser s’effacer.

Olivier Mariande

À Luchon, le conseil municipal a tout récemment choisi de donner son nom à l’arête ouest du pic de Sauvegarde. Désormais, là-haut, dans ce paysage de haute montagne où l’effort rejoint le silence, l’arête Mariande portera la mémoire d’un homme qui connaissait la valeur d’une vie, la fragilité d’un pas, l’importance d’une décision juste au bon moment.

Ce choix est hautement symbolique. Une arête, en montagne, n’est jamais un simple trait sur une carte. C’est une ligne de passage, une ligne d’équilibre, une ligne d’engagement. On y avance avec concentration, humilité, confiance. On y mesure ce que la montagne exige de nous. Donner le nom d’Olivier à une arête, c’est inscrire son souvenir dans ce qu’il aimait profondément : la verticalité, la vigilance, la beauté exigeante des Pyrénées.

À Capvern aussi, son nom est désormais attaché à un lieu de vie. Le city-stade de sa commune natale porte désormais son nom. Là encore, le symbole est fort. C’est un lieu où l’on joue, où l’on court, où l’on se retrouve, où les enfants grandissent, où les jeunes apprennent le collectif, le respect, l’effort, la confiance. Tout ce qui, d’une certaine manière, faisait aussi partie d’Olivier.

Stade Olivier Mariande à Capvern
Stade Olivier Mariande à Capvern

Car Olivier n’était pas seulement un secouriste de haute montagne. Il n’était pas seulement un professionnel d’exception, un homme formé aux situations extrêmes, un guide, un chef d’opération, un technicien aguerri. Il était aussi cette présence humaine que beaucoup décrivent encore avec les mêmes mots : sourire, humilité, force tranquille, générosité, attention aux autres. C’est peut-être cela qui explique pourquoi son souvenir reste si vivant.

Les hommages institutionnels disent le courage. Ils disent l’engagement. Ils disent la mission accomplie jusqu’au sacrifice. Ils sont nécessaires, justes, indispensables. Mais la mémoire d’un homme ne tient pas seulement à ses titres, à ses fonctions ou aux décorations qui lui sont remises. Elle tient aussi à ce qu’il a laissé dans le cœur de ceux qui l’ont croisé.

Olivier Mariande

Olivier avait cette qualité rare : il rassurait. Par sa compétence, bien sûr. Par son expérience aussi. Mais surtout par sa manière d’être. Il n’avait pas besoin d’en faire trop. Il n’avait pas besoin de se mettre en avant. Il portait en lui cette autorité simple des gens qui savent, qui ont vu, qui ont vécu, mais qui continuent malgré tout à transmettre.

En ces jours de juillet 2026, alors que les Pyrénées ont accueilli des étapes emblématiques du Tour de France comme celle entre Pau et Gavarnie-Gèdre, cette mémoire prend une dimension particulière. Le Tour a traversé des paysages que l’on célèbre souvent pour leur beauté, leur puissance, leur capacité à faire rêver. Mais derrière ces décors grandioses, il y a aussi des femmes et des hommes qui veillent, qui secourent, qui protègent, qui connaissent ces montagnes dans leurs lumières comme dans leurs dangers.

 

Évoquer Olivier dans ce contexte, c’est rappeler que la montagne est un territoire vivant, exigeant, habité par des histoires humaines. Elle est faite de sommets, de vallées, de routes mythiques, de refuges, de stations, de villages, mais aussi de présences discrètes. Celles des pisteurs, des secouristes, des guides, des CRS montagne, des gendarmes du PGHM, des bénévoles, des professionnels qui permettent à tant d’autres de vivre la montagne avec plus de sécurité.

Olivier appartenait aux hommes de l’ombre qui n’attendent pas les projecteurs mais qui, lorsqu’ils disparaissent, laissent derrière eux une lumière immense

À Luchon, son nom regarde désormais vers les hauteurs. À Capvern, il accompagne les jeux et les rencontres. À Lannemezan, à Piau-Engaly, dans les vallées pyrénéennes, dans les souvenirs de ses proches, il continue de sourire. Et pour ceux qui l’ont connu, ce sourire n’est pas une image lointaine. Il reste presque tangible. Il revient dans une conversation, dans une photo, dans un silence partagé.

C’est ainsi qu’une personne reste vivante.

Non pas parce que l’on refuse la douleur de son absence, mais parce que ce qu’elle a donné continue d’agir. Parce que son exemple inspire encore. Parce que son nom, prononcé avec émotion, continue de rassembler. Parce que les lieux qui portent désormais sa mémoire ne sont pas des monuments froids, mais des espaces de vie, d’effort, de transmission et de montagne.

Olivier Mariande
Olivier Mariande

Olivier est parti en tentant de sauver une vie. C’est un fait immense, douloureux, héroïque. Mais il serait réducteur de ne retenir de lui que cet ultime instant. Sa vie ne se résume pas à sa disparition. Elle se raconte aussi dans tout ce qu’il a construit avant : l’amitié, le sport, la montagne, le secours, la transmission, l’exigence, la bienveillance.

C’est cela que les Pyrénées semblent aujourd’hui vouloir garder de lui. Un nom sur une arête. Un nom sur un terrain de sport. Un nom dans les hommages. Un nom dans nos mémoires. Mais surtout, une présence.

Olivier, tu es toujours là. Dans nos coeurs. Dans ces montagnes que tu aimais tant. Dans les vies que tu as protégées. Dans les regards de ta famille et de tes amis qui ne t’oublient pas. Dans ce sourire que les Pyrénées, désormais, semblent avoir gardé pour toujours.