Les valises sont prêtes. Les chaussures de randonnée encore marquées par la dernière escapade. Et pendant que l’on ajuste les sacs dans le coffre, lui tourne déjà autour de la voiture, truffe au vent et queue battante. Il n’a pas besoin d’explications : la montagne l’attend.
Pourtant, transformer cette scène familière en réalité reste souvent plus complexe qu’il n’y paraît. Organiser un séjour en altitude avec son chien relève encore trop souvent du parcours d’obstacles. Hôtels qui refusent, locations qui acceptent “avec conditions”, suppléments peu lisibles… À l’heure où les stations ont modernisé leurs infrastructures et réinventé l’expérience client, la montagne dog friendly demeure encore inégalement structurée.
Et si la véritable évolution du tourisme alpin passait aussi par là ? Accueillir les animaux ne relève plus d’un simple détail pratique, mais d’une nouvelle manière de concevoir l’hospitalité. Car aujourd’hui, partir en vacances signifie partir ensemble, sans compromis. La question n’est plus seulement de trouver un hébergement qui accepte les chiens, mais de savoir si la montagne est prête à devenir pleinement dog friendly, dans le sens le plus exigeant et responsable du terme.
Cette mutation est loin d’être anecdotique. Selon le Baromètre FACCO-ODOXA 2024, publié en mai 2024 et réalisé auprès de plus de 10 000 Français représentatifs, 61% des Français possèdent au moins un animal de compagnie, et 30% déclarent avoir un chien. La France compte ainsi près de 8 millions de chiens. Ces chiffres donnent la mesure du phénomène : pour des millions de foyers, la possibilité de voyager avec leur animal n’est plus un confort accessoire, mais un critère déterminant dans le choix d’une destination.

Dans ce contexte, certains opérateurs commencent à structurer une réponse. C’est notamment le cas de MMV, filiale du groupe Compagnie des Alpes depuis 2022, qui exploite aujourd’hui 21 établissements dans les Alpes françaises (10 Villages Club et 11 Résidences Club) et permet l’accueil des chiens et des chats dans 11 de ses Résidences Club.
L’évolution sociologique : quand le chien devient un critère de choix touristique
Le tourisme de montagne n’échappe pas aux mutations sociétales. En Europe occidentale, la place de l’animal de compagnie au sein du foyer a profondément évolué au cours des deux dernières décennies : le chien n’est plus perçu comme un simple compagnon, mais comme un membre à part entière de la cellule familiale. Ce changement reconfigure les critères de décision au moment de réserver un séjour. Pour une part croissante de vacanciers, la question n’est plus “où partir ?” mais “où partir sans devoir se séparer de son animal ?”.
Dans un marché très concurrentiel, la lisibilité de l’offre devient stratégique. Les locations acceptant les animaux sont limitées, parfois assorties de conditions restrictives ou d’un confort inférieur. Dans ce contexte, la structuration d’une offre clairement identifiée constitue un levier stratégique. En autorisant l’accueil des chiens et des chats dans 11 de ses Résidences Club, MMV apporte une réponse organisée à cette attente, dans un parc global de 21 établissements quia affiche 11.745 lits dans les Alpes françaises, avec un taux d’occupation moyen de 88%. La portée n’est pas anecdotique : elle permet d’envisager un séjour en altitude sans compromis sur la qualité d’hébergement (classement 4*), tout en évitant le recours à des solutions périphériques moins intégrées à l’écosystème station.
Au-delà de l’argument pratique, cette évolution révèle une transformation plus large de l’hospitalité alpine : accueillir l’animal revient à reconnaître une définition élargie de la famille. Selon une enquête Ipsos (Baromètre Royal Canin), réalisée en ligne du 25 au 27 mai 2023 auprès de 1.062 personnes constituant un échantillon national représentatif des Français âgés de 18 ans et plus, 68% des répondants déclarent considérer leur animal de compagnie comme un membre à part entière de la famille, et 97% des possesseurs disent ressentir un attachement profond envers lui.
Le chien comme vecteur d’expérience montagne
À mesure que la saison hivernale laisse place au printemps, l’expérience montagne se transforme. La randonnée redevient centrale, et le chien s’impose comme un véritable catalyseur d’activité. Plusieurs travaux en santé publique montrent que les propriétaires de chiens marchent davantage et de façon plus régulière que la moyenne de la population. En milieu montagnard, cette dynamique s’intensifie : le relief incite à un engagement physique progressif, tandis que la présence de l’animal favorise la régularité et l’endurance.

Cette pratique contribue également à un objectif stratégique plus large : la désaisonnalisation. Les séjours hors pics hivernaux favorisent une meilleure répartition des flux touristiques et réduisent la pression sur les infrastructures. Pour un opérateur qui affiche 98,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, et qui cherche à maximiser l’utilisation de ses établissements tout au long de l’année, la diversification des usages représente un levier clé.
Le chien devient ainsi bien plus qu’un compagnon affectif : il structure le rythme du séjour, favorise un rapport plus attentif à l’environnement et renforce le lien au territoire. L’effort se transforme en expérience partagée, et la montagne se découvre à une cadence plus naturelle, loin de la seule performance sportive.
Hospitalité et responsabilité : la cohérence avec un modèle régénératif
Accueillir des animaux en station ne peut cependant se concevoir sans cadre responsable. La montagne est un milieu sensible, soumis à des enjeux de biodiversité et de cohabitation des usages. L’ouverture aux chiens suppose donc un équilibre : respect des zones protégées, tenue en laisse dans certains secteurs, gestion des déchets, sensibilisation des propriétaires.
Dans ce contexte, la cohérence stratégique de l’opérateur devient déterminante. MMV inscrit son développement dans le plan Edelweiss 2030, qui prévoit notamment une réduction de 80% des émissions de gaz à effet de serre sur les scopes 1 et 2 d’ici 2030 (référence 2022), la généralisation des certifications environnementales et une montée en puissance des circuits courts en restauration. Cette trajectoire environnementale donne un cadre à l’élargissement de l’hospitalité : l’accueil des animaux ne peut être dissocié d’une politique globale de transition.
La nouvelle Résidence Club Serra Neva à Serre Chevalier, inaugurée en décembre 2025, incarne cette trajectoire : toiture végétalisée, chaufferie à granulés bois, 300 m² de panneaux solaires, certification BiodiverCity® et label NF Habitat HQE.

Dans ce cadre, l’ouverture aux animaux s’inscrit dans une logique plus large : faire évoluer l’hospitalité alpine sans renoncer aux impératifs environnementaux. L’accueil des chiens ne peut être dissocié d’une pédagogie des écogestes, d’un respect des milieux naturels et d’une gestion responsable des flux.
Ainsi pensée, la montagne dog friendly participe à une redéfinition plus large de l’expérience alpine, où hospitalité élargie, transition environnementale et évolution des modes de vie convergent. La véritable question n’est plus seulement de savoir si les chiens sont acceptés, mais si le tourisme de montagne est capable d’évoluer avec son époque, sans perdre de vue les équilibres fragiles qui font la richesse des territoires alpins.
Les chiffres confirment que l’enjeu n’est pas marginal. Le fichier national I-CAD, organisme officiel placé sous délégation du Ministère de l’Agriculture et chargé de l’identification obligatoire des carnivores domestiques, enregistre chaque année environ 700.000 nouvelles identifications de chiens en France. Ce volume annuel traduit un renouvellement massif et continu de la population canine. Pour les acteurs du tourisme alpin, il s’agit d’un indicateur clair : la demande d’une montagne dog friendly ne relève pas d’un effet de mode, mais d’une évolution démographique tangible et durable.
Vers une montagne régénérative: la Compagnie des Alpes change de paradigme



























