Le ski-alpinisme a vécu un moment fondateur aux Jeux Olympiques d’hiver de Cortina 2026. Pour sa toute première apparition au programme olympique, la discipline a immédiatement offert un scénario à haute intensité et un podium chargé de symboles. Le Catalan Oriol Cardona (Banyoles, 31 ans) s’est imposé dans l’épreuve de sprint, décrochant la médaille d’or et inscrivant l’Espagne au sommet des sports d’hiver pour la première fois depuis le triomphe de Francisco Fernández Ochoa à Sapporo en 1972.

Mais cette journée historique a également mis en lumière la profondeur du collectif français. Emily Harrop a conquis l’argent dans le sprint féminin, offrant à Courchevel sa première médaille olympique en ski-alpinisme, tandis que Thibault Anselmet s’est adjugé le bronze dans l’épreuve masculine, confirmant son statut de leader du circuit mondial. Trois nations alpines, trois trajectoires fortes, et un constat partagé : l’entrée olympique du ski-alpinisme a immédiatement révélé l’excellence européenne et consacré une génération d’athlètes capables de transformer la culture montagnarde en performance olympique.

Oriol Cardona et la FEDME entrent dans l’histoire : médaille d’or olympique sous haute pression

L’espagnol Oriol Cardona arrivait à ce rendez-vous comme l’un des grands favoris pour le titre. Ce n’est pas un hasard si le natif de Bañol avait dominé la scène internationale avec des titres mondiaux en 2023 et 2025 et plusieurs championnats d’Europe, consolidant ainsi la position de l’Espagne comme référence dans cette discipline très exigeante sur le plan technique et physique.

Lors de la finale disputée dans des conditions météorologiques défavorables à Bormio, Cardona a réalisé une performance impeccable. Il a arrêté le chronomètre à 2:34.03, s’imposant avec autorité devant le Russe Nikita Filippov, qui concourait en tant qu’athlète neutre et a remporté la médaille d’argent (2:35.55), et le Français Thibaut Anselmet, médaillé de bronze (2:36.34). Son compatriote catalan Ot Ferrer, qualifié pour la finale, a terminé à la cinquième place.

« Je suis bouleversé, c’est incroyable », a déclaré Cardona après avoir franchi la ligne d’arrivée, toujours sous la tempête de neige. « J’avais très envie d’y arriver… et tout s’est parfaitement déroulé. Je me sentais très bien et, en arrivant à l’arrivée, j’ai ressenti une sensation indescriptible. »

De Font-Romeu à l’or olympique : la vie en altitude qui a forgé Oriol Cardona

Installé depuis cinq ans à Font-Romeu Pyrénées 2000, Oriol Cardona a bâti son succès olympique loin du bruit médiatique et en pleine culture montagnarde. Il s’entraîne au Centre National d’Entraînement en Altitude de Font-Romeu, référence européenne pour le travail en altitude, aux côtés d’autres spécialistes du ski alpinisme comme Ot Ferrer.

Dans ce cadre privilégié, où la neige permet pratiquement de chausser ses skis dès le pas de la porte, Cardona a consolidé sa préparation physique et mentale, alliant discipline spartiate et concentration absolue. Entre les séances sur les pistes, à la salle de sport et en montagne, et les moments de détente devant son clavier dans son appartement des Pyrénées, le champion olympique s’est forgé une routine quasi monastique qui s’avère aujourd’hui décisive dans son chemin vers l’or à Milan-Cortina 2026.

Une nouvelle référence pour le sport espagnol

Au-delà de sa symbolique historique, la médaille d’or de Cardona projette une image renouvelée des sports d’hiver espagnols. Depuis ce triomphe de 1972, les médailles olympiques d’hiver avaient été rares et toujours associées au ski ou au snowboard. Le succès en ski-alpinisme ouvre une nouvelle voie de développement et de visibilité pour les disciplines de montagne.

Première médaille d’or aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 en ski alpinisme

Avec cette médaille d’or, Oriol Cardona confirme non seulement son statut de leader mondial dans cette discipline, mais inscrit également son nom dans l’histoire olympique espagnole. Dans une discipline récente au sein du programme olympique, l’Espagne dispose désormais d’une référence incontestable.

Médaille de bronze pour Thibault Anselmet

La médaille de bronze conquise par Thibault Anselmet lors des Jeux Olympiques d’hiver de Cortina 2026, dans l’épreuve inaugurale du sprint masculin, vient consacrer l’un des athlètes les plus réguliers et complets du circuit mondial.

Né en 1997 à Bonneville, en Haute-Savoie, licencié au Club des Sports de Bonneville et issu d’un territoire historiquement tourné vers les sports d’endurance, Anselmet s’est d’abord illustré par sa polyvalence entre trail running et ski-alpinisme avant de s’imposer pleinement sur le circuit international ISMF. Double vainqueur du classement général de la Coupe du monde ces dernières saisons, multiple lauréat en individuel et en vertical race, il s’est forgé une réputation d’athlète méthodique, capable de maintenir une intensité élevée en montée tout en conservant une grande lucidité technique dans les transitions et les descentes.

Thibault Anselmet
Thibault Anselmet

À Cortina, sur un format sprint explosif où la moindre hésitation se paie immédiatement, il a livré une finale d’une grande maîtrise, sécurisant la troisième place derrière l’Espagnol Oriol Cardona et son concurrent direct pour le titre. Cette médaille de bronze, première olympique de sa carrière, ne constitue pas une surprise au regard de sa domination récente sur le circuit mondial, mais elle représente une étape majeure : transformer une régularité hivernale en performance olympique, dans un contexte de pression inédit pour une discipline qui faisait son entrée aux Jeux.

Emily Harrop, médaille d’argent de cette toute première compétition

Emily Harrop, née le 27 septembre 1997 à Bourg-Saint-Maurice en Savoie, est aujourd’hui l’une des figures les plus brillantes du ski-alpinisme mondial. Issue d’une famille britannique établie dans la vallée de la Tarentaise, elle grandit entourée de montagnes et débute sa carrière sportive en ski alpin, remportant notamment un titre national junior en descente avant de se tourner vers le ski de montagne à l’âge de 20 ans suite à une blessure qui freine sa progression en course alpine.

Rapidement, Harrop s’impose au plus haut niveau : après ses débuts en Coupe du monde lors de la saison 2019/2020, elle remporte son premier Globe de cristal en 2022, puis enchaîne avec quatre saisons consécutives (2022 à 2025) en tant que championne du classement général, en plus de multiples succès dans les épreuves de Sprint, sa spécialité de prédilection. Son palmarès comprend également plusieurs titres de Championne du monde en relais et par équipes, ainsi que de nombreuses victoires dans les grandes courses de montagne comme la Pierra Menta ou le Trofeo Mezzalama.

Emily Harrop
Emily Harrop

Considérée comme la « Reine du Sprint » pour sa capacité à allier explosivité, précision technique et endurance explosive dans les transitions, elle entrait aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 avec le statut de favorite dans l’épreuve de sprint.

Ce 19 février 2026, lors de la toute première apparition du ski-alpinisme au programme olympique, Harrop a remporté la médaille d’argent dans cette discipline spectaculaire, devancée par la Suissesse Marianne Fatton, mais inscrivant ainsi son nom dans l’histoire du sport français et offrant une médaille historique à Courchevel.

Le ski-alpinsime entre dans la dimension olympique

L’intégration du ski-alpinisme au programme des Jeux Olympiques d’hiver de Cortina 2026 constitue une étape historique pour une discipline longtemps ancrée dans la tradition alpine et structurée autour des circuits de la International Ski Mountaineering Federation (ISMF).

Sport né de la pratique militaire et des traversées de haute montagne, le ski-alpinisme s’est progressivement professionnalisé au cours des deux dernières décennies, avec la mise en place d’un calendrier mondial cohérent, de classements généraux et d’une normalisation technique du matériel (fixations spécifiques, skis ultralégers, combinaisons optimisées).

Le choix du format sprint pour l’entrée olympique n’est pas anodin. Conçu pour répondre aux exigences de lisibilité télévisuelle et d’intensité dramatique, il concentre en environ trois minutes une succession d’efforts maximaux : départ groupé, montée en conversion avec peaux de phoque, section à pied skis sur le dos, transitions ultra-rapides, puis descente technique jalonnée de portes. Cette structure spectaculaire met en valeur la polyvalence des athlètes — puissance anaérobie, précision gestuelle, gestion du matériel — tout en conservant l’ADN montagnard de la discipline.

Les médailles remportées par Oriol Cardona et Emily Harrop dépassent ainsi la performance individuelle. Elles illustrent la montée en puissance d’un écosystème européen solidement implanté dans les Alpes, les Pyrénées et le massif italien, où clubs, stations et fédérations ont investi dans la formation, les circuits jeunes et l’innovation matérielle. L’olympisation agit comme un accélérateur : elle offre une visibilité mondiale, attire de nouveaux partenaires et consolide la reconnaissance institutionnelle du ski-alpinisme comme discipline d’élite, capable d’allier héritage alpin, modernité sportive et exigence physiologique extrême.