Alexandre BOUET incarne cette nouvelle génération de dirigeants alpins, à la fois lucides, enracinés et ouverts sur le monde. Normand d’origine, il a troqué les plaines du Calvados contre les sommets enneigés des Alpes, guidé par une passion d’enfance devenue ligne de vie. De stagiaire à Val d’Isère à directeur général de Méribel Alpina, il a gravi un à un les échelons de la montagne, sans jamais perdre le regard émerveillé de celui qui aime son métier autant que son territoire.
Ce qui frappe chez lui, c’est ce mélange d’humilité et de détermination, de rigueur et de bienveillance. Alexandre parle de la montagne comme d’un être vivant : fière, belle et exigeante, mais fragile aussi, qu’il faut savoir comprendre et anticiper. Dans un secteur en pleine mutation, il défend une approche profondément humaine du management et une vision apaisée de la transition : « la montagne doit rester fière de ce qu’elle est, tout en préparant l’avenir ».
À travers cet entretien, il se confie sur son parcours, ses motivations quotidiennes, et son amour indéfectible pour la montagne. Un témoignage sincère, inspirant et résolument tourné vers l’avenir, celui d’un homme pour qui chaque lever de soleil sur les cimes reste un motif d’émerveillement et un appel à l’action.
Alexandre BOUET, pouvez-vous nous parler de vous et de votre parcours professionnel ?
Je m’appelle Alexandre BOUET, je suis originaire de Basse-Normandie, plus précisément de Caen, où j’ai passé toute ma jeunesse. Après un passage à Paris pour mes études, j’ai très vite ressenti le besoin de rejoindre les Alpes, un territoire qui m’attirait depuis toujours. C’est là que j’ai eu la chance de débuter ma carrière, à Val d’Isère, dans le secteur des remontées mécaniques.
J’y ai effectué mon stage de fin d’études, puis j’ai progressivement gravi les échelons au sein de la même entreprise, la Société des Téléphériques de Val d’Isère (STVI), jusqu’à en devenir directeur opérationnel. J’y suis resté dix-huit ans, ce qui m’a permis d’acquérir une connaissance fine du fonctionnement d’un grand domaine skiable et de l’ensemble des métiers qui y sont associés.

En 2019, une nouvelle opportunité s’est présentée : j’ai rejoint la Société d’Aménagement de la Plagne (SAP) en tant que directeur général adjoint. Cette étape a marqué un tournant important dans mon parcours, en m’ouvrant à une vision plus globale de la gestion d’un territoire de montagne et des enjeux liés à la diversification touristique. J’y suis resté un peu plus de quatre ans, avant qu’on ne me propose de prendre la direction de Méribel Alpina, société exploitante d’une partie du domaine de Méribel, au cœur du plus grand domaine skiable du monde, les Trois Vallées.
J’occupe aujourd’hui le poste de directeur général de Méribel Alpina, un rôle passionnant qui me permet de concilier mes valeurs humaines, mon attachement profond à la montagne et ma vision d’une exploitation responsable des domaines skiables.
J’ai 48 ans, je suis marié et père de trois filles qui ont grandi en montagne et partagent, chacune à leur manière, ce lien fort avec la nature et la neige. Ce parcours, commencé modestement à Val d’Isère et poursuivi jusqu’à la direction générale d’une station emblématique, je le vis comme une preuve qu’avec de la passion, du travail et de la persévérance, on peut évoluer dans ce milieu exigeant sans jamais perdre le plaisir d’apprendre et de s’émerveiller chaque jour devant la montagne.
Alexandre BOUET, quelles sont vos passions ?
Ce qui me passionne avant tout, c’est d’être dehors. J’ai toujours eu besoin de nature, d’air libre et de mouvement, et c’est sans doute ce qui m’a conduit vers la montagne et le métier que j’exerce aujourd’hui. Travailler dans cet environnement me permet de vivre au rythme des saisons, de ressentir la nature dans ce qu’elle a de plus vrai, et d’être au contact permanent du terrain.
Je pratique naturellement le ski alpin, mais aussi le ski de randonnée et la randonnée. J’aime cette diversité des pratiques : le plaisir de tracer une belle descente, la sérénité d’une montée à peau de phoque, ou simplement la marche en montagne, qui permet de se ressourcer et d’observer. Je suis curieux de tout ce qui touche aux nouvelles disciplines de glisse (snowboard, nouvelles formes de skis ou d’équipements) j’aime tester, découvrir, comprendre.

Quand je suis en déplacement, j’aime aussi courir, parce que c’est une activité simple, accessible partout, qui permet de garder une bonne condition physique et de s’aérer l’esprit.
En dehors du sport, j’ai un goût marqué pour la culture générale et la lecture, mais pas forcément la lecture romanesque. Ce qui m’intéresse, ce sont plutôt les ouvrages d’histoire, de politique ou d’analyse sociétale. J’aime comprendre le monde dans lequel on évolue, les mécanismes qui le font bouger, les trajectoires des hommes et des idées.
Ces passions, qu’elles soient sportives ou intellectuelles, ont toutes un point commun : elles nourrissent ma curiosité, mon besoin de comprendre, de sentir et d’observer, que ce soit sur un sommet enneigé ou à travers un livre.
Quelles sont vos motivations ? Pourquoi vous levez-vous le matin ?
Je me lève le matin avec plaisir, tout simplement parce que j’aime profondément ce que je fais. Et je mesure chaque jour la chance inouïe que cela représente : celle d’exercer un métier qui me passionne, dans un environnement que j’aime, entouré d’équipes engagées et dynamiques.
Beaucoup de personnes se lèvent le matin en n’ayant qu’une hâte : que la journée se termine. Moi, j’aime aller travailler, j’aime le contact humain, la réflexion collective, l’énergie qui se dégage d’une station de montagne quand tout s’anime. Bien sûr, il y a des journées plus difficiles que d’autres, mais, dans l’ensemble, je vis chaque journée comme une nouvelle opportunité d’apprendre, de résoudre, d’avancer.
Ce qui me motive, c’est aussi la dimension humaine et collective de mon métier. J’aime emmener mes équipes, partager une vision, trouver ensemble des solutions, imaginer de nouveaux projets. Être à la tête d’une société délégataire, c’est aussi devoir se remettre en question en permanence, convaincre, expliquer, arbitrer. Ce défi intellectuel et relationnel me stimule énormément.

J’aime aussi le caractère imprévisible de nos journées : on ne sait jamais vraiment ce qui nous attend. Entre la météo, les aléas techniques, la saisonnalité, ou les attentes des clients, chaque jour est différent. Et cette variété, cette intensité permanente, me conviennent parfaitement : je m’ennuie très vite quand les choses deviennent trop linéaires.
Quelle est votre plus grande satisfaction ?
Ma plus grande satisfaction, sans hésiter, c’est d’abord ma famille, et en particulier mes trois filles. C’est un peu classique de le dire, mais c’est sincèrement ce dont je suis le plus fier. Les voir s’épanouir dans le milieu de la montagne, grandir dans cet environnement, et y trouver chacune leur voie, c’est une immense fierté. À une époque où tout semble de plus en plus connecté, de plus en plus virtuel, je trouve très beau qu’elles aient su conserver un lien fort avec la nature et la vie réelle, celle qui se vit dehors, au contact du relief, du froid, du vent, de la neige.
Sur le plan professionnel, ma plus grande satisfaction, c’est le chemin parcouru. J’ai commencé comme stagiaire à Val d’Isère, dans les remontées mécaniques, et j’ai eu la chance, et sans doute aussi la persévérance, de gravir progressivement toutes les étapes. J’ai été ingénieur, chef de secteur, responsable d’exploitation, puis directeur opérationnel, avant de rejoindre la direction générale à La Plagne, puis celle de Méribel Alpina.

Ce parcours, je le considère comme une preuve que tout est possible, à condition de s’en donner les moyens, de rester curieux, ouvert et travailleur. Il n’y a pas de fatalité ni de plafond de verre : dans notre secteur comme ailleurs, on peut évoluer, on peut progresser, si l’on garde intacte la passion du métier et le respect des gens avec qui on travaille.
Alexandre BOUET, avez-vous des regrets ?
Comme tout le monde, j’ai eu des moments où je me suis dit que j’aurais pu faire autrement. Mais, très sincèrement, je n’aime pas regarder dans le rétroviseur. Les regrets, on en a toujours, mais je préfère les voir comme des expériences plutôt que comme des poids.
Au fil de ma carrière, j’ai dû prendre beaucoup de décisions, parfois dans l’urgence, parfois avec des informations incomplètes, c’est le lot de tous ceux qui exercent des postes à responsabilité. Et forcément, il y a des erreurs, des choix qu’on referait différemment avec le recul. Mais ces erreurs, ce sont elles qui font grandir, qui forgent le jugement et qui permettent de progresser.
Avoir des regrets, ce serait se figer dans le passé. Moi, je préfère assumer mes décisions, même celles qui n’ont pas eu les effets escomptés, et avancer. C’est une philosophie de vie autant qu’une manière de travailler : ne pas se laisser paralyser par ce qui a été, mais tirer de chaque situation une leçon pour mieux faire la prochaine fois.
Si vous aviez une liste de trois vœux pour la montagne, quels seraient-ils ?
D’abord, j’aimerais que la montagne reste fière. Fière de ce qu’elle est, de ce qu’elle représente, et de ce que nous, acteurs de ce milieu, faisons au quotidien. On parle souvent de ski bashing, de critiques, parfois excessives, à l’encontre de notre activité. Mais moi, ce n’est pas ce que je ressens quand je parle avec les clients. Je vois surtout des gens heureux, reconnaissants, enthousiastes à l’idée de venir en montagne. Ils apprécient les expériences qu’on leur offre, les paysages, la convivialité, la sensation unique que procure ce cadre. Nous devons donc être fiers de notre mission : celle de permettre à des familles, des passionnés, des curieux, de vivre des moments d’exception dans un environnement préservé.

Mon deuxième vœu, ce serait la beauté. C’est un mot qui m’est cher, parce qu’il englobe tout : la beauté du paysage, la qualité architecturale, le respect de l’environnement, la sobriété des aménagements. J’aimerais que chaque décision prise en montagne — qu’il s’agisse d’un projet d’infrastructure, d’un bâtiment, ou d’un sentier — soit guidée par cette recherche de beauté, au sens noble du terme. Que ce que nous créons soit harmonieux, durable, et digne du cadre naturel qui nous entoure. Être fier de ce qu’on fait, c’est aussi pouvoir le regarder et se dire : c’est beau, et c’est juste.
Enfin, le troisième vœu, ce serait l’anticipation. Nous avons parfois tendance, dans nos métiers, à nous satisfaire d’un modèle qui fonctionne. Mais la montagne change, le climat évolue, les attentes du public aussi. Il faut donc savoir préparer l’avenir avant que la nécessité ne nous y contraigne. Comme le dit le proverbe, “c’est quand il fait beau qu’il faut réparer le toit.” Aujourd’hui, la montagne vit encore de belles années, mais c’est justement le moment d’imaginer les adaptations nécessaires : revoir nos modèles économiques, diversifier nos activités, penser à des domaines skiables plus résilients, capables de fonctionner avec moins de neige ou des saisons plus courtes.

Anticiper, c’est aussi préserver l’essentiel : la vie dans les vallées, l’emploi local, l’identité culturelle, tout en garantissant que les générations futures puissent, elles aussi, profiter de la montagne dans toute sa diversité.
Alexandre BOUET, comment voyez-vous la suite ?
La suite, je la vois encore et toujours en montagne. C’est ici que je me sens à ma place, et j’ai la conviction de ne pas encore en avoir fait le tour. Chaque jour m’apprend quelque chose, chaque saison apporte son lot de défis et de découvertes. Je continue à m’émerveiller devant ce cadre de vie et de travail, et tant que cette curiosité, cette envie d’apprendre et cette admiration seront intactes, je n’aurai pas envie d’aller ailleurs.
Je viens de la mer, et j’aime y retourner quand je peux. Mais la montagne est devenue mon équilibre, mon horizon. Elle m’apporte cette énergie à la fois brute et apaisante dont j’ai besoin pour avancer. Tant que je pourrai y contribuer, je souhaite rester dans cet univers, et continuer à travailler pour son développement, dans le respect de son identité.

Ce que j’aime, c’est avancer pas à pas, saisir les opportunités quand elles se présentent, et rester ouvert aux évolutions naturelles du métier. La montagne, comme nos fonctions, évolue sans cesse : même quand le titre reste le même, le contenu du poste change, les enjeux se renouvellent, les perspectives s’élargissent. C’est ce mouvement permanent qui rend notre métier passionnant.
Bien sûr, je ne suis pas opposé au changement. Au contraire, il est nécessaire de se réinventer régulièrement, de bousculer ses habitudes, de découvrir de nouveaux territoires ou de nouveaux projets. L’avantage de faire partie d’un grand groupe comme la Compagnie des Alpes, c’est justement de pouvoir envisager ces transitions sans tout remettre en cause, en continuant à servir le même objectif collectif.

























