Élu à la présidence de l’Association des Directeurs de Services des Pistes (ADSP) lors de l’Assemblée générale du 17 septembre 2025 à Saint-Lary-Soulan, Frédéric Bonnevie incarne une nouvelle étape dans la gouvernance de la sécurité en montagne. Directeur du domaine skiable d’Orelle, au cœur des 3 Vallées, et vice-président de l’ADSP ces dernières années, il succède à Éric Viallet, figure unanimement saluée pour son engagement et sa rigueur.
Son arrivée à la tête de l’association ne signe pas une rupture, mais s’inscrit dans une transmission fluide et constructive, fidèle à l’esprit collectif qui caractérise la profession. « Nous arrivons tout juste, mais il y a une notion de continuité très importante », confie-t-il d’une voix posée. « Ce n’est pas un changement de cap, mais une passation de relais. Éric Viallet a fait un travail remarquable ; il reste d’ailleurs président d’honneur afin d’assurer un tuilage solide et efficace. »
Sous sa présidence, l’ADSP entend conjuguer héritage et modernité : poursuivre les chantiers initiés tout en adaptant la profession aux défis d’aujourd’hui — technologiques, climatiques, sociétaux et environnementaux. Une feuille de route ambitieuse, portée par un dirigeant à la fois ancré dans le terrain et tourné vers l’avenir.
Les métiers des pistes : une profession discrète mais essentielle
L’Association des Directeurs de Services des Pistes (ADSP) rassemble aujourd’hui plus de 145 directeurs et responsables de la sécurité des domaines skiables à travers la France. Ensemble, ces professionnels orchestrent chaque hiver un dispositif d’envergure nationale : plus de 50.000 interventions de secours réalisées sur les pistes, mobilisant près de 2.000 pisteurs-secouristes, nivoculteurs, dameurs et techniciens spécialisés.
Véritables artisans de la sécurité en montagne, ces femmes et ces hommes veillent à la prévention des risques, à la sensibilisation des pratiquants, à la fluidité de l’évolution des usagers sur les domaines skiables et à la coordination des secours, souvent dans l’ombre mais toujours en première ligne. Ils constituent le premier maillon du secours en montagne, un maillon à la fois opérationnel, préventif et profondément humain, qui incarne l’expertise et la réactivité du modèle français de sécurité sur les domaines skiables.
« Nous sommes parfois restés trop en retrait », reconnaît Frédéric Bonnevie. « Pourtant, nous sommes des acteurs à part entière de la montagne. Il est temps d’expliquer ce que nous faisons, comment nous travaillons, et de faire savoir que notre action repose sur une connaissance intime du territoire et un respect absolu du milieu naturel. »

Derrière cette volonté de mieux faire connaître le métier, se dessine un enjeu fondamental : restaurer la visibilité et la légitimité d’une profession clé du tourisme de montagne, garante de la sécurité de millions de pratiquants, mais aussi du lien de confiance entre les stations, leurs équipes et le grand public.
Feuille de route de l’ADSP : former, anticiper, innover
Dans un contexte où les attentes des skieurs et snowboarders en matière de sécurité n’ont jamais été aussi fortes, la nouvelle équipe dirigeante de l’ADSP entend placer la formation et l’innovation au cœur de son action. Le défi est clair : maintenir un niveau d’excellence qui distingue depuis des décennies le modèle français de gestion des pistes et des secours. « Nous devons rester pionniers », affirme Frédéric Bonnevie. « La formation continue, les recyclages, le développement de nouvelles techniques… tout cela doit être renforcé pour que nos équipes conservent ce haut niveau de compétence et de réactivité qui fait la réputation de la montagne française. »
La modernisation des outils joue ici un rôle déterminant. Les nouvelles technologies s’imposent désormais comme des alliées du terrain, venant soutenir l’expérience et l’expertise des équipes. Drones de reconnaissance, systèmes de détection d’avalanches, technologie lidar, capteurs d’épaisseur de neige embarqués sur les dameuses ou encore logiciels de suivi en temps réel : autant d’innovations qui révolutionnent la prévention et la gestion opérationnelle des domaines skiables.
« Un drone, c’est parfois plus sûr, plus économique et plus sécuritaire qu’un hélicoptère », souligne le Président de l’ADSP. « Mais ces outils ne remplacent jamais l’expertise humaine : ils la prolongent, la consolident et la rendent plus efficace. »

Cette hybridation entre savoir-faire humain et technologie illustre une tendance forte : la sécurité de demain sera à la fois connectée, collaborative et vertueuse.
La solidarité montagnarde, un levier collectif
Au-delà de la technique, Frédéric Bonnevie défend une vision profondément collective de la montagne. Pour lui, la force de l’ADSP réside dans sa capacité à fédérer des professionnels de territoires très différents, à l’échelle nationale. « Il n’y a pas de grandes ou de petites stations. Chacun a son rôle à jouer », rappelle-t-il. « Certains domaines ont davantage de moyens ; d’autres moins. L’idée, c’est que ceux qui peuvent tendre la main à ceux qui en ont besoin. Prêt de matériel, mise à disposition de personnel, partage d’expérience : c’est comme ça qu’on avance. »
Cette solidarité, inscrite dans l’ADN montagnard, est aussi un rempart contre la fragmentation du secteur. Elle permet de mutualiser les bonnes pratiques et d’élever collectivement le niveau de sécurité sur l’ensemble du territoire.
Une tenue unique pour rassembler tous les acteurs des pistes ?
Derrière la figure emblématique du pisteur-secouriste, la montagne abrite une mosaïque de métiers essentiels, souvent méconnus du grand public : nivoculteurs, dameurs, mécaniciens, régulateurs de secours, agents administratifs… Tous participent à la qualité, à la sécurité et au bon fonctionnement des domaines skiables.
« On parle souvent des pisteurs, mais la montagne, c’est une véritable chaîne humaine », rappelle Frédéric Bonnevie. « Sans mécaniciens, pas de dameuses ; sans nivoculteurs, pas de neige ; sans régulateurs, pas de coordination des secours ; sans personnel administratif, pas de fonctionnement de nos entreprises. Chacun a sa place, chacun mérite reconnaissance. »

Cette reconnaissance passe autant par la valorisation des compétences que par la visibilité du métier. Parmi les chantiers prioritaires de la mandature figure la mise en place d’une tenue nationale pour les pisteurs-secouristes, un projet longtemps attendu qui devient aujourd’hui réalité.
« C’est avant tout une question de visibilité et de fierté », souligne-t-il. « Il y avait des dizaines de tenues différentes. Demain, qu’on soit au Ballon d’Alsace, dans les Pyrénées ou dans les Alpes, un pisteur sera immédiatement identifié et identifiable : du rouge, un peu de noir, une croix jaune. »
Plus qu’un simple uniforme, cette tenue incarne une identité commune et une unité professionnelle, à l’image des pompiers, des gendarmes ou des moniteurs de ski. Elle symbolise aussi une étape clé vers la reconnaissance nationale du métier et du brevet de pisteur-secouriste, actuellement en discussion avec les ministères concernés.
Parallèlement, l’ADSP souhaite renforcer les formations certifiantes et développer la validation des acquis de l’expérience (VAE) pour les métiers intégrés dans la sécurité des domaines skiables, afin de redonner sens, attractivité et fierté à ces professions de passion, tellement essentielles.
ADSP : une présidence tournée vers l’avenir
Face aux critiques adressées à l’industrie du ski, Frédéric Bonnevie adopte un ton ferme mais mesuré. Pour lui, les acteurs de la montagne sont au contraire en première ligne de la transition.« Nous ne sommes pas des détracteurs de la nature, nous en prenons le plus grand soin », affirme-t-il. « Nous connaissons le territoire, nous y vivons, nous le respectons. Chaque geste, chaque choix technique vise à préserver notre environnement. Nos pratiques évoluent vers plus de sobriété. »
Sous sa présidence, l’ADSP souhaite renforcer la pédagogie auprès du grand public, notamment par des opérations de sensibilisation en station et à l’échelle nationale : sensibiliser aux dangers de la montagne, prévenir les comportements dangereux sur les pistes, expliquer les fermetures temporaires pour raisons météorologiques ou de sécurité, rappeler les règles de conduite sur les pistes, ou informer sur les efforts de sobriété énergétique entrepris par les équipes techniques.

Frédéric Bonnevie n’envisage pas son mandat comme une parenthèse, mais comme une étape de structuration durable. Son objectif : maintenir l’existant et accompagner l’évolution de la montagne française. « Nous devons penser la montagne de demain : plus sûre, plus inclusive, plus durable », souligne-t-il. « Nos métiers évoluent, nos outils aussi, mais notre mission reste la même : protéger, prévenir et servir. »
« La montagne, conclut-il, est un espace de liberté, mais aussi de responsabilité. À nous de la préserver, de la transmettre et d’en rester dignes. »
























