Le Crédit Agricole des Savoie et G2A Consulting dévoilent la troisième édition de l’Observatoire du Tourisme et de ses Futurs Désirables, un outil devenu incontournable pour comprendre l’évolution des territoires touristiques de montagne. Après avoir éclairé l’économie (édition 2023) puis l’environnement (édition 2024), cette nouvelle version intègre une dimension inédite : l’humain, grâce à une enquête exclusive menée auprès de 1.018 habitants et propriétaires des deux Savoie
Cet Observatoire s’articule autour de trois piliers : Économie, Humain, Planète.
Objectif : mesurer la viabilité du tourisme aujourd’hui, mais surtout construire un futur touristique souhaitable et équilibré.
Un moteur économique majeur : près d’un tiers de l’activité des Savoie dépend du tourisme
L’édition 2025 de l’Observatoire confirme une réalité déjà mise en lumière les années précédentes : le tourisme constitue la première industrie des Savoie. En 2024, 29% de l’activité économique totale du territoire provient directement du tourisme, un poids qui progresse encore de +4% par rapport à 2023.
Autrement dit, près d’un euro sur trois généré dans les deux départements est lié aux visiteurs.
Cette dépendance s’intensifie dès que l’on monte en altitude. Dans les communes supports de domaines skiables, le tourisme représente désormais 84% des dépenses enregistrées chez les commerçants. Chaque saison d’hiver conditionne donc très directement la santé financière du tissu économique local : hébergeurs, restaurateurs, écoles de ski, commerces de sport, services.
Un modèle encore structuré autour de l’hiver
Le rapport le démontre : malgré les efforts de diversification quatre saisons, l’hiver reste l’amplificateur économique.
- 77% des dépenses touristiques annuelles en Tarentaise
- 73% en Maurienne
- Et jusqu’à 85% des nuitées hivernales en Tarentaise

La Tarentaise concentre à elle seule 35% de l’activité touristique annuelle des Savoie, un poids qui illustre le rôle stratégique joué par des stations comme La Plagne, Les Arcs ou Tignes/Val d’Isère dans l’économie de montagne.
La clientèle étrangère : un moteur de croissance et de valeur
Dans un contexte d’inflation et d’évolution des habitudes de consommation, la clientèle internationale s’impose comme le véritable amortisseur économique du territoire. Son panier moyen journalier (hors transport pour rejoindre la destination) le confirme :
| Panier moyen hiver 2024 (hors acheminement) |
|---|
| Touristes français : 107 € / personne / jour |
| Touristes étrangers : 179 € / personne / jour (soit x 1,7) |

Au-delà du montant, la structure de leurs dépenses révèle des comportements très différents :
- Chez les Français, 42% du budget est absorbé par l’hébergement et les forfaits de ski.
- Chez les visiteurs étrangers, cette part descend à 40%, au profit d’un poste beaucoup plus diversifié : restauration, commerces, activités partenaires, bien-être
Nouveauté 2025 : la parole aux habitants
L’un des apports les plus structurants de cette troisième édition de l’Observatoire réside dans l’intégration, pour la première fois, d’un volet perceptif : comment les habitants vivent-ils le tourisme au quotidien ?
Cette approche marque un tournant. Après avoir analysé l’économie (2023) puis l’environnement (2024), l’Observatoire intègre désormais un troisième pilier – l’humain – essentiel pour évaluer la désirabilité du tourisme.
L’enquête menée auprès des habitants dispose d’une base statistique solide : 1.018 personnes interrogées, dont 758 résidents permanents et 260 propriétaires de résidences secondaires. Cet échantillon équilibré permet de comparer deux visions souvent opposées mais complémentaires : celle de ceux qui vivent à l’année sur le territoire, et celle de ceux qui y séjournent régulièrement.
Ce que disent les habitants : une fierté réelle, mais des limites exprimées
Les résultats confirment un attachement général à l’activité touristique :
- 2 habitants sur 3 déclarent que leur lieu de résidence est fortement impacté par la fréquentation touristique.
- Plus de 8 habitants sur 10 se disent fiers que leur territoire attire des visiteurs et affirment se montrer accueillants envers eux.

QUI IMPACTENT POSITIVEMENT VOTRE QUOTIDIEN ?
Cependant, derrière cette fierté se cache un déséquilibre perçu dans l’utilisation des espaces et des ressources locales :
1 habitant sur 2 estime qu’il ne faut plus poursuivre la promotion touristique du territoire. C’est un signal fort : là où la pression touristique est la plus visible, la tolérance sociale atteint ses limites.

QUI IMPACTENT NÉGATIVEMENT VOTRE QUOTIDIEN ?
Certains résidents secondaires évoquent également un sentiment de « sur-fréquentation », tandis que des résidents permanents expriment la crainte d’une normalisation des territoires : mêmes boutiques, mêmes offres, mêmes expériences.
Un enjeu social majeur : le logement
L’enquête met des chiffres sur un ressenti présent depuis plusieurs années dans les territoires de montagne :
- 40% des résidents principaux ne vivent pas à proximité de leur lieu de travail faute de logements disponibles ou accessibles.
- Et surtout, deux habitants sur trois estiment que les besoins des travailleurs saisonniers ne sont pas suffisamment pris en compte.
Le diagnostic est clair : le logement est devenu un verrou stratégique du futur touristique des Savoie. La tension immobilière touche à la fois les travailleurs saisonniers, les jeunes actifs et, plus largement, toute personne souhaitant s’installer durablement en montagne. Certains territoires voient leur parc résidentiel basculer progressivement en résidences secondaires ou en hébergements touristiques, limitant l’accès au logement permanent et fragilisant la vie locale.

DE VOTRE LIEU DE TRAVAIL ?
Tourisme désirable = tourisme acceptable
En donnant la parole aux habitants, l’Observatoire pose une nouvelle équation stratégique :
si le tourisme est essentiel à l’économie des Savoie, il ne peut rester durable que s’il est acceptable pour celles et ceux qui y vivent toute l’année.
Ce volet sociologique devient une boussole pour les décideurs. Désormais, l’acceptabilité sociale est un indicateur suivi au même titre que la performance économique ou carbone.
Et c’est peut-être là la véritable innovation de l’édition 2025.
Décarboner la mobilité : le levier le plus puissant
Dans les territoires de montagne, la mobilité constitue le principal contributeur aux émissions de CO₂ liées au tourisme. La troisième édition de l’Observatoire le confirme : bien avant l’hébergement ou les activités, c’est l’acheminement jusqu’à la destination qui pèse le plus lourd dans le bilan carbone.
Selon les données 2025, une seule nuitée touristique génère en moyenne 23 kg équivalent CO₂ uniquement pour le transport. En d’autres termes, un séjour d’une semaine en montagne peut représenter plus de 160 kg de CO₂ par personne, avant même de compter l’impact du logement ou de la restauration.
Cet indicateur est stratégique : il est désormais suivi sur l’ensemble des territoires des Savoie, permettant de comparer l’impact carbone selon l’origine des visiteurs.
Touristes français vs touristes étrangers : un rapport de 1 à 5
L’étude met en lumière un écart frappant :
- Le déplacement d’un visiteur français émet entre 11 et 14 kg CO₂ par nuitée selon les zones.
- Celui d’un visiteur étranger peut atteindre 70 à 82 kg CO₂ par nuitée.
UN TOURISTE ÉTRANGER ÉMET 4 À 5 FOIS PLUS DE CO₂ QU’UN TOURISTE FRANÇAIS POUR SE RENDRE DANS LES SAVOIE.

La raison : l’usage accru de l’avion ou de longs trajets routiers internationaux.
Ces chiffres soulignent un paradoxe majeur : la clientèle étrangère est la plus rentable économiquement, mais aussi la plus émettrice en termes de CO₂.
Quand les habitudes de déplacement des habitants amplifient le phénomène
La mobilité ne concerne pas uniquement les touristes.
Elle touche aussi la population locale, et cela pèse lourdement dans le bilan carbone du territoire.
- 86 % des habitants utilisent la voiture individuelle pour aller travailler
- La distance moyenne domicile–travail atteint 17 km, soit plus que la moyenne nationale (14,3 km).
Les émissions liées aux trajets domicile-travail atteignent 819 kg de CO₂ par an en Haute-Savoie, contre 700 kg en moyenne nationale.
La géographie montagneuse, la faible densité de transports publics et la dispersion des lieux de travail créent une dépendance structurelle à la voiture individuelle. Même les résidents secondaires, pourtant plus libres dans leurs choix de mobilité, arrivent à 93% en voiture sur leur lieu de villégiature.
Un indicateur inédit : le poids des circuits courts dans l’économie touristique des Savoie
Le Crédit Agricole des Savoie, G2A Consulting et les acteurs agricoles ont développé un indicateur permettant de suivre la consommation locale en produits issus des circuits courts.
Les résultats sont impressionnants :
- Les producteurs locaux et coopératives génèrent 239,9 M€ de chiffre d’affaires en 2024, soit une hausse de +25% en un an
- Les circuits courts représentent 35 à 40% des achats alimentaires dans les Savoie, contre 23 % en moyenne nationale
- Plus de 4.000 exploitations agricoles sont référencées sur le territoire, dont 102 fermes engagées en agritourisme (hébergement, visites, ateliers, restauration à la ferme)
L’Observatoire démontre ainsi que le tourisme ne se contente pas de créer de l’emploi saisonnier ou de générer des dépenses en station : il irrigue durablement l’économie locale, en soutenant directement les producteurs et en renforçant la souveraineté alimentaire du territoire.

Accélération massive de la rénovation énergétique
En parallèle de ce nouvel indicateur, l’Observatoire suit la transformation du parc immobilier touristique. Les chiffres montrent une mobilisation sans précédent :
- 39,3 M€ d’éco Prêts à Taux Zéro dédiés à la rénovation énergétique en 2024, soit +78% en un an
- Certaines zones de montagne comptent encore jusqu’à 36% de logements classés F ou G (Tarentaise, Maurienne)
- Le Crédit Agricole des Savoie par le Pôle Tourisme finance également la création de logements pour saisonniers : 15 projets pour 6,5 M€ d’investissement sur l’année.
Limiter l’artificialisation des sols : la data satellite à la rescousse
Grâce à l’analyse satellitaire (données Meteory), l’Observatoire suit l’évolution de la végétation et des surfaces construites.
Conclusion :
- les prairies et parcelles agricoles affichent une vitalité supérieure de 30% à la moyenne française
- l’artificialisation est surveillée territoire par territoire, pour éviter d’étendre la surface construite sans retour d’usage.
En mesurant la valeur locale, l’impact environnemental et l’adhésion des habitants, l’Observatoire fait passer le tourisme de montagne d’un modèle centré sur la fréquentation à un modèle centré sur la contribution. Ce changement de regard est un vñeritable levier d’action qui permet de construire un futur désirable, durable et accepté par celles et ceux qui vivent la montagne toute l’année.



























