Le groupe espagnol ARAMON, principal exploitant de domaines skiables en Aragon, mise plus de 40 millions d’euros pour moderniser ses systèmes d’enneigement. Avec plus de 1.000 canons à neige de nouvelle génération déployés et des technologies innovantes comme le Snowfactory, cet investissement record vise à garantir un enneigement précoce dès fin novembre et une saison hivernale plus stable malgré le réchauffement climatique. L’ampleur de ce plan – appuyé par le gouvernement d’Aragon via le Plan Pirineos et les fonds FITE – conforte Aramón dans son rôle de « principal moteur du tourisme de neige en Espagne ».
Un plan d’enneigement de plus de 40 M€ en Aragon
ARAMON, qui gère les stations phares de Formigal-Panticosa, Cerler, Javalambre et Valdelinares, a engagé depuis la saison dernière un vaste programme de modernisation de ses infrastructures d’enneigement. Le groupe totalise 1.000 enneigeurs (canons à neige) à haut rendement, accompagnés de trois retenues collinaires supplémentaires pour le stockage de l’eau et de quatre unités Snowfactory capables de fabriquer de la neige même par températures positives. Au total, ce chantier a permis d’équiper 80 km de pistes supplémentaires en neige de culture, assurant une couverture neigeuse sur l’essentiel des domaines du groupe. « Cet effort de modernisation et d’adaptation technologique nous permet de garantir la sécurité, la continuité de la saison et la stabilité du tissu entrepreneurial des vallées », souligne Antonio Gericó, directeur général d’Aramón.
Concrètement, Aramón prévoit ainsi d’ouvrir dès le 29 novembre la saison 2025/26 dans ses stations pyrénéennes du Valle de Tena (Formigal-Panticosa) et de Benasque (Cerler), si la météo le permet – soit un démarrage anticipé rendu possible par la neige de culture.
Cette enveloppe de plus de 40 M€, qualifiée d’« historique » par la compagnie, a été financée en partie grâce à des soutiens publics. Le Plan Pirineos, programme régional du gouvernement aragonais pour la compétitivité des stations de ski pyrénéennes, ainsi que le Fonds d’Investissement de Teruel (FITE) dédié au développement des zones montagneuses de Teruel, ont contribué à rendre possible cet ambitieux projet. Pour Aramón – coentreprise regroupant le gouvernement d’Aragon et un partenaire bancaire – il s’agit de consolider l’attractivité de ses stations face à la concurrence nationale et internationale, tout en sécurisant l’économie hivernale locale. « Le groupe Aramón est un important moteur d’emploi et de richesse pour les communes de son environnement. Ce plan d’enneigement se traduit par une plus grande stabilité de l’emploi local », indique la direction, insistant sur les retombées socio-économiques dans les vallées de montagne.

La technologie évolue également, avec l’adoption de solutions inédites pour pallier le manque de froid. Le Snowfactory, développé par le fabricant TechnoAlpin, est l’une de ces innovations : il s’agit d’une véritable « usine à neige » mobile, logée dans un conteneur, capable de produire de la neige en continu y compris au-dessus de 0 °C. Aramón a installé quatre unités Snowfactory (trois à Formigal, une à Javalambre) pour sécuriser l’enneigement des pistes basses et des espaces débutants.
La démarche s’inscrit dans une tendance plus large : la station haut-savoyarde de Châtel a été pionnière en France en s’équipant dès 2017 d’une Snowfactory SF100, puis d’une seconde en 2019, afin d’assurer l’ouverture d’espaces ludiques malgré les redoux. De l’Allemagne au Royaume-Uni, plusieurs domaines de moyenne altitude ont également adopté ces machines pour garantir un manteau blanc dès le début de saison.
L’enjeu environnemental : eau, énergie et climat
L’essor de la neige de culture pose inévitablement la question de la durabilité environnementale. Conscients de ces enjeux, les opérateurs déploient des stratégies pour minimiser l’impact : construction de bassins de retenue en altitude pour capter l’eau de pluie et de fonte au printemps, utilisation de pompes et canons plus efficients, recours accru aux énergies renouvelables. « La production de neige s’appuie sur le cycle naturel : lors de la fonte printanière, nos réserves d’eau de surface et souterraines se remplissent, puis cette ressource est utilisée en hiver pour enneiger les pistes. Ainsi, on réduit significativement le pompage dans la vallée », explique-t-on par exemple à Kronplatz, en Italie.

De même, ARAMON indique que ses nouvelles installations permettront de réduire la consommation énergétique de 31 % et qu’elles fonctionnent à 100% avec de l’électricité d’origine renouvelable, limitant d’autant les émissions de CO₂ du processus. Le groupe mise également sur des carburants alternatifs (biocarburants pour les dameuses) et l’installation de panneaux solaires en station pour compenser une partie des besoins.
Aramón, de son côté, entend aligner son développement sur une gestion responsable du territoire : le groupe affirme reboiser les zones affectées par les travaux, éliminer les plastiques à usage unique de ses sites, recycler systématiquement huiles usagées et autres déchets, afin de compenser son empreinte. « Avec cet investissement et le recours à la technologie Snowfactory, Aramón renforce son engagement en faveur de la durabilité environnementale et du développement économique des régions de montagne, en phase avec les objectifs d’innovation et de gestion responsable du territoire », conclut un communiqué récent du groupe.
Retombées économiques pour les vallées de montagne
Si ces investissements sont coûteux, les territoires de montagne en retirent d’importants bénéfices économiques. En Aragon, le ski est un pilier du tourisme hivernal : Aramón revendique environ 1,2 million de journées-skieur par saison cumulées sur ses domaines, et la venue de skieurs nationaux et internationaux fait vivre toute une économie locale (hôtels, restaurants, écoles de ski, commerces…).

Aramón, de son côté, embauche chaque année plusieurs centaines de saisonniers (techniciens de remontées, dameurs, pisteurs, hôtellerie…) et fait état de 200 postes supplémentaires ouverts pour la saison 2025/26. « Le groupe Aramón est un moteur de richesse pour les villages de montagne », insiste la direction, et garantir l’ouverture à date fixe permet de pérenniser l’activité sur toute la saison pour les entreprises locales (loueurs, moniteurs, commerces). En stabilisant l’enneigement de novembre à avril, le plan à 40 M€ doit assurer une meilleure stabilité saisonnière – y compris pour des stations d’altitude moyenne comme Javalambre ou Valdelinares, dans la Sierra de Teruel, où la neige naturelle est parfois rare.
Les élus locaux et les professionnels du tourisme appuient largement ces améliorations, y voyant un moyen de fidéliser la clientèle et d’étaler la saison. Par ailleurs, un enneigement garanti permet d’organiser des compétitions sportives ou événements dès le début de l’hiver, avec des retombées médiatiques et économiques non négligeables. Aramón a ainsi pu maintenir au calendrier des épreuves comme la Coupe du monde de Kilomètre Lancé à Formigal, renforçant la notoriété internationale de ses stations.
Expérience « montagne » élargie : l’après-ski et les services en vedette

Le site, qui célèbre ses 15 ans, témoigne de l’attrait grandissant pour une offre après-ski de qualité, à l’instar des Folie Douce dans les Alpes françaises. Aramón a d’ailleurs lancé le concept “M Experience”, destiné à dupliquer l’esprit Marchica sur l’ensemble de ses domaines : plus de 100 événements musicaux sont prévus cette saison, des clubs éphémères et terrasses lounge étant aménagés sur les différents sites pour offrir aux skieurs des moments conviviaux après les descentes.


























