Le 30 octobre prochain, lors de l’événement Xplore Alpes Festival à Bourg-Saint-Maurice, la Compagnie des Alpes (CDA) présentera pour la première fois au grand public une fiction prospective qui imagine le futur de la montagne : La Faille.
Conçue à l’origine pour un usage interne, cette œuvre de vingt minutes a d’abord été un outil de dialogue entre collaborateurs, avant de s’imposer comme un témoignage public d’un secteur en mouvance. Ce choix de diffuser La Faille témoigne d’une volonté d’ouverture : celle d’aborder les mutations de la montagne avec sincérité, et d’inviter au dialogue plutôt qu’à la justification.
Organisé au cœur de la Tarentaise, Xplore Alpes Festival réunit chaque année les acteurs de la montagne autour des grands enjeux d’avenir : transition énergétique, mobilité, tourisme responsable, innovation et emploi. C’est dans ce cadre, propice à la réflexion collective, que la CDA a choisi de dévoiler son film — prolongeant le dialogue engagé depuis plusieurs années sur la transformation du modèle montagnard.
Et si la montagne s’inventait un futur différent ?
La Faille n’est pas un film de montagne comme les autres. Derrière ce titre à la fois géologique et symbolique se cache une invitation à repenser notre rapport à l’altitude, au temps et au changement. Etymologiquement, la faille, c’est la zone de rupture, le point de bascule où tout peut se transformer.
Dans cette fiction audacieuse imaginée par la Compagnie des Alpes, une brèche spatio-temporelle s’ouvre : les personnages y découvrent un futur possible de la montagne. Un futur où rien n’a disparu, mais où tout a évolué. Les stations fonctionnent autrement, portées par les énergies renouvelables, la mobilité douce, de nouveaux modes de travail et de vivre-ensemble, et une économie circulaire intimement liée aux territoires.

Les images apaisées, les visages familiers, les gestes simples composent une esthétique du quotidien. Le film s’adresse moins à la raison qu’à la sensibilité, en suggérant que la transition n’est pas un mot à la mode, mais une histoire collective que chacun peut écrire à sa manière.
« Je voulais un film qui questionne notre rapport à la montagne et à son avenir.
L’idée est d’amener chacun à s’interroger, à se projeter, à imaginer ce que pourrait être la montagne de demain et à être acteur »,
explique David Ponson, directeur de la Directeur de la division Domaines skiables et Activités Outdoor de la Compagnie des Alpes.
Présenté pour la première fois lors du CDA Débrief 2025, en clôture de la saison hivernale 2024-2025, le film a résonné comme un moment de respiration et de réflexion partagée au sein du groupe. A cette occasion, le film a laissé la salle dans un silence dense, presque méditatif, invitant chacun à se projeter dans cette montagne à venir. « C’est un don. C’est à vous de le prendre. À chacun maintenant d’écrire sa propre histoire » avait déclaré David Ponson à ses collaborateurs.
La Faille : une œuvre prospective, pas un discours
En choisissant la voie de la fiction, la Compagnie des Alpes s’écarte délibérément du discours institutionnel classique. La Faille ne cherche pas à défendre une stratégie, mais à ouvrir un champ de vision. Dans un secteur parfois perçu comme figé dans ses codes, cette approche est audacieuse, presque visionnaire : elle introduit l’émotion au cœur d’un cadre managérial.
« chaque station, chaque territoire, peut inventer son propre scénario. Ce film est une invitation, pas une injonction »
, explique David Ponson.

Ce choix narratif s’inscrit dans une trajectoire plus large. Depuis plusieurs années, la CDA multiplie les initiatives concrètes en matière de transition : production d’énergie solaire à Serre-Chevalier, réhabilitation de remontées mécaniques existantes, mobilité douce, écoconception des bâtiments ou encore neutralité carbone. Le film ne déroule pas un plan d’actions ni un catalogue de solutions techniques ; il esquisse un horizon de sens.
Cette approche rejoint les réflexions de Stéphane Labranche, sociologue du climat, pour qui la fiction offre une autre voie d’accès à la complexité des transitions : « La fiction rend possible ce que la réalité peine encore à dire. Elle autorise la projection sans imposer la solution. »
Ainsi, La Faille ne cherche pas à convaincre, mais à déplacer le regard. Elle transforme la montagne en espace de questionnement, d’émotion et de possibles — un miroir tendu à ceux qui la vivent, la travaillent et la rêvent.
Rendre publique « La Faille » : un pari audacieux
En choisissant de rendre publique La Faille le 30 octobre prochain à Bourg Saint Maurice, la Compagnie des Alpes fait un pari audacieux : celui d’ouvrir les portes de sa propre réflexion au grand public.
Initialement pensée pour un usage interne, cette œuvre devait nourrir la discussion entre collaborateurs autour du sens du travail, de la transition et du rapport à la montagne. Mais face à la portée du propos, l’entreprise a décidé de franchir une étape : partager cette matière réflexive avec l’ensemble du secteur, les territoires et la société civile.

Ce geste est audacieux. Il traduit une conviction : la transformation ne peut plus rester confinée aux murs des entreprises, elle s’imagine collectivement. En donnant à voir sa démarche de questionnement, la CDA rompt avec la communication verticale et met en pratique ce qu’elle prône — la responsabilité partagée.
Sur le plan artistique, La Faille séduit par sa sobriété : plans contemplatifs, lumière naturelle, bande sonore minimaliste et voix off presque murmurée. Le choix de la lenteur crée une forme de suspension du temps, qui laisse au spectateur la place d’une introspection. La Faille devient alors une expérience sensorielle autant qu’intellectuelle.
Avec La Faille, la CDA résume le changement culturel à l’œuvre : celui d’une filière qui cherche à restaurer la confiance plutôt qu’à défendre une position. La Faille n’apporte pas de réponses toutes faites ; elle propose une respiration, une parole sensible, à hauteur d’humain. Elle affirme qu’en montagne, la communication n’est plus seulement affaire d’images parfaites, mais de vulnérabilité assumée.
Car la montagne, plus que jamais, doit redevenir un lieu de sens et de lien.
Et peut-être que, pour continuer à la faire aimer, il faut d’abord oser en montrer les failles.


























