Deux ans après la pandémie, les stations françaises ont entamé l’hiver 2024/2025 comme une équipe qui entre sur le terrain pour un match décisif : avec prudence au coup d’envoi, mais avec la ferme volonté de reprendre l’avantage et de confirmer leur place dans le haut du classement. Les enjeux post-Covid étaient encore bien présents : il fallait prouver que la fréquentation pouvait retrouver une trajectoire solide, tout en s’adaptant aux nouveaux comportements de consommation, comme on ajuste une stratégie de jeu face à un adversaire imprévisible.
À ces défis s’ajoutaient les aléas climatiques, comparables à un terrain lourd et difficile à manœuvrer : l’hiver 2023/2024 avait souffert d’un cruel déficit de neige à moyenne altitude, pénalisant plusieurs massifs. La concurrence internationale, de son côté, restait une mêlée serrée, chaque grande destination de ski bataillant pour séduire les clientèles étrangères, redevenues mobiles et prêtes à arbitrer leur choix.
C’est dans ce contexte que, lors du congrès DSF organisé à Toulouse, les chiffres clés ont été dévoilés : 54,8 millions de journées-skieurs ont été enregistrées sur la saison 2024/2025, soit +5,5 % par rapport à l’hiver précédent et +4,9 % au-dessus de la moyenne des trois derniers hivers post-Covid. Des résultats qui confortent la France dans son rôle de 2ᵉ destination mondiale de ski, juste derrière les États-Unis (61,5 M) et devant l’Autriche (51,8 M).
Au-delà de la performance chiffrée, ce bilan a été présenté comme le symbole d’une saison du rebond et de la résilience. Portée par un enneigement précoce, l’arrivée en nombre des clientèles internationales et la fidélité des skieurs français, la montagne hexagonale a su prouver qu’elle reste un moteur économique, social et touristique de premier plan.
Fréquentation hivernale en hausse et saison rythmée
La saison d’hiver 2024/2025 restera comme un bon millésime pour les domaines skiables français. Selon Domaines Skiables de France (DSF), la fréquentation a progressé de +5,5 % par rapport à l’hiver précédent, et de +4,9 % par rapport à la moyenne des trois derniers hivers post-Covid. Au total, ce sont 54,8 millions de journées-skieurs qui ont été enregistrées (contre 51,9 millions en 2023/2024).

Ces résultats confortent la place de la France comme n°2 mondial du ski, derrière les États-Unis (61,5 M journées-skieurs) et devant l’Autriche (51,8 M). Ce classement, stable depuis plusieurs années, illustre la résilience et l’attractivité du modèle français, malgré un contexte marqué par les aléas climatiques et les changements de comportements de consommation.
L’enneigement précoce et abondant dès le mois de décembre a permis d’ouvrir les pistes dans d’excellentes conditions. La saison a ensuite été rythmée par des vacances de Noël et d’hiver particulièrement dynamiques, avant un mois de mars plus difficile, tendance déjà observée depuis la reprise post-Covid. La fin de saison a toutefois bénéficié du décalage des vacances britanniques et flamandes en avril, permettant un rebond inattendu.
Un rebond généralisé dans tous les massifs
Autre enseignement de l’hiver 2024/2025 : tous les massifs ont bénéficié de la reprise. Aucune région de montagne n’est restée à l’écart de la hausse de fréquentation. Les Alpes du Nord (Savoie, Haute-Savoie, Isère…) ont consolidé leur position de moteur du ski français avec une croissance modérée mais significative (+4 % environ) sur une base déjà élevée. Les Alpes du Sud affichent autour de +6 % d’activité supplémentaire, confirmant leur retour en forme après plusieurs saisons en demi-teinte. Du côté des Pyrénées, la reprise est encore plus marquée : on y enregistre une progression d’environ +31 % par rapport à l’hiver précédent. Il est vrai que l’hiver 2023 y avait été particulièrement difficile (enneigement très tardif et faible), ce qui explique en partie cette hausse spectaculaire.
Les massifs de moyenne montagne ont connu un scénario semblable. Le Massif central, le Massif vosgien et les Montagnes du Jura figurent parmi ceux qui affichent les plus fortes hausses en pourcentage. Ces territoires, pénalisés l’an dernier par l’absence de neige, ont retrouvé une activité en nette augmentation. Toutefois, leur performance reste modeste au regard des moyennes historiques. En clair, malgré des rebonds de +20 % ou plus, ils n’ont pas encore rattrapé leurs niveaux d’avant-crise. Domaines Skiables de France souligne que ces forts pourcentages résultent surtout d’un effet de base : partir d’une saison 2023 très faible amplifie mécaniquement la progression 2024/2025. Néanmoins, l’ouverture prolongée de certaines petites stations de basse altitude témoigne d’une adaptation réussie. On a vu, par exemple, la station de Chalmazel (Monts du Forez) assurer près de trois mois d’exploitation cet hiver grâce au retour de la neige. Globalement, l’enneigement précoce a été le facteur-clé du rebond de ces massifs périphériques, leur permettant d’attirer de nouveau une clientèle locale avide de ski.

Le calendrier des vacances scolaires et étrangères a aussi joué un rôle dans la géographie des performances. Le décalage des congés britanniques et flamands en avril a profité aux stations de haute altitude des Alpes, qui ont pu prolonger leur saison avec une bonne fréquentation tardive. À l’inverse, l’absence de vacances en mars a pénalisé surtout les domaines de moyenne altitude, moins attractifs hors périodes scolaires. Ces éléments illustrent l’importance de lisser la saisonnalité et de séduire de nouvelles clientèles en dehors des pics traditionnels.
Clientèles : retour des étrangers et fidélité des Français
Du côté des profils de clientèle, la saison 2024/2025 a vu la confirmation du retour en force des skieurs étrangers. Après la chute liée aux restrictions sanitaires, les visiteurs internationaux étaient déjà revenus en 2022/2023. En 2024/2025, cette tendance s’est amplifiée : la fréquentation internationale progresse nettement, tandis que la clientèle française se maintient à un niveau stable. Selon Domaines Skiables de France, les étrangers – Européens mais aussi extra-européens – sont de plus en plus présents et contribuent à allonger la saison en venant hors des périodes classiques. Sur l’ensemble de la saison, on estime que les touristes étaient autour de 70 % Français vs 30 % étrangers, un ratio redevenu proche de l’avant-pandémie. Surtout, ce sont bien les clientèles internationales qui ont généré l’essentiel de la croissance du chiffre d’affaires des stations cette année, la fréquentation hexagonale restant stable.
Les marchés britannique, belge et néerlandais – traditionnellement importants – ont confirmé leur retour au premier plan. En outre, de nouvelles clientèles ont émergé ou fait un retour remarqué : les stations signalent par exemple une hausse de +26 % des skieurs nord-américains par rapport à l’an dernier, ainsi qu’une progression sensible des visiteurs d’Europe de l’Est et d’Asie. Ces publics lointains, qui avaient largement délaissé les Alpes françaises ces dernières années, semblent à nouveau séduits par l’offre tricolore.

Les Français, de leur côté, ont conservé un engouement solide pour les sports d’hiver. La fréquentation domestique est restée robuste et constante sur la saison. On observe toutefois des comportements en évolution : davantage de séjours en janvier hors vacances scolaires (familles en télétravail qui évitent les foules de février) et un intérêt renouvelé pour les stations de proximité.
Montagne estivale 2025 : un été dynamique sur la lancée de l’hiver
Le bon bilan hivernal a trouvé une prolongation bienvenue durant l’été 2025 en montagne. Depuis quelques années, la montagne française s’efforce de développer l’activité estivale pour diversifier ses revenus et occuper ses infrastructures hors neige. Les chiffres de l’été 2025 confirment cette stratégie : les stations de montagne françaises enregistrent une nouvelle hausse de fréquentation par rapport à l’été précédent. La saison estivale 2025 s’affirme ainsi comme un cru très satisfaisant, « en nette progression, confirmant la forte attractivité de la montagne en été » d’après Domaines Skiables de France.
Plusieurs facteurs expliquent cet engouement estival. D’abord, la diversification des activités proposée par les stations porte ses fruits : randonnées, VTT, parcs aventures, bien-être, événements sportifs et culturels ont rythmé l’été, attirant une clientèle en quête de séjours actifs et variés. Ensuite, l’attrait pour la nature et le « slow tourism » continue de gagner du terrain : de plus en plus de vacanciers cherchent calme, grands espaces et authenticité, ce que les montagnes françaises peuvent offrir en abondance. La recherche de fraîcheur en période de canicule est un autre atout : quand la plaine suffoque, nombre de voyageurs trouvent refuge dans les altitudes plus clémentes des Alpes, Pyrénées ou Massifs centraux. DSF note que les stations attirent de plus en plus de familles et de clientèles internationales l’été, signe que la montagne séduit bien au-delà de sa base traditionnelle de randonneurs. Même des touristes étrangers, venus initialement pour le ski en hiver, découvrent désormais l’attrait des Alpes en été.
Tout cela, malgré un contexte économique incertain. L’inflation élevée et la conjoncture prudente n’ont pas dissuadé les vacanciers de choisir la montagne. La destination confirme son statut de valeur sûre de l’été en France, portée par une offre sans cesse renouvelée et par l’engagement des professionnels du secteur. En diversifiant leurs activités et en investissant dans l’accueil des estivants, les stations ont posé les bases d’une économie quatre-saisons plus résiliente face aux aléas climatiques.

Perspectives 2025/2026 : transformer l’essai
Forte de ces résultats 2024/2025 encourageants, l’industrie des sports d’hiver aborde la prochaine saison avec confiance, mais sans triomphalisme. Plusieurs leviers de développement ont été identifiés pour pérenniser la croissance en 2025/2026. D’abord, capitaliser sur le retour des clientèles internationales. Il s’agira de fidéliser ces skieurs étrangers revenus en masse (britanniques, belges, néerlandais, mais aussi Américains, Asiatiques, etc.) et d’en attirer de nouveaux. Des efforts de promotion à l’international, une participation accrue aux salons spécialisés et une offre adaptée (guides multilingues, flexibilité des séjours) peuvent y contribuer. La France vise ainsi à conforter sa place sur le podium mondial du ski, face à une concurrence autrichienne, italienne ou suisse toujours très active.
Ensuite, le secteur veut consolider la fidélité de la clientèle française tout en élargissant le vivier de pratiquants. Les professionnels entendent poursuivre les initiatives pour rendre le ski plus accessible et attractif pour les jeunes générations. Forfaits débutants à tarif réduit, offres découverte du ski pour les néophytes, et soutien aux petites stations de proximité (où de nombreux Français font leurs premières glisses) font partie des pistes envisagées. L’objectif est double : renouveler la base des skieurs à long terme, et remplir les domaines skiables y compris hors périodes de pointe. À cet égard, un enjeu majeur sera de redynamiser la fin de saison hivernale (mars/avril).
Enfin, les acteurs de la montagne vont continuer d’innover et d’investir pour s’adapter au changement climatique. La saison écoulée a montré qu’un bon enneigement reste la clé du succès ; garantir de la neige en quantité suffisante devient donc vital. Cela passe par la modernisation des infrastructures : enneigeurs de nouvelle génération moins énergivores, retenues collinaires pour stocker l’eau, damage optimisé, etc.
Le coup de sifflet final de 2024/2025 a laissé la France sur une note optimiste. Mais la vraie victoire sera celle de la constance : maintenir ce niveau de performance, élargir la base des pratiquants et relever les défis climatiques. L’objectif est clair : rester dans le haut du classement mondial et faire de la saison 2025/2026 une nouvelle victoire collective.



























