Face aux multiples défis qui se dessinent — changement climatique, mutations sociales, enjeux d’hébergement et adaptation économique —, le massif des Pyrénées s’engage dans une profonde phase de transition. Portée par une myriade d’initiatives locales (partage des ressources eau energie, gestion des déchets, préservation de la bio diversité…) et par les actions de mise en lumière, de valorisation, d’inspiration, de duplication et d’animation menées par l’Agence des Pyrénées, cette dynamique se construit de manière progressive, collective et est solidement ancrée dans le concret et dans les territoires.
Cette transformation s’appuie sur l’inclusion des parties prenantes, l’innovation et une planification stratégique rigoureuse. Dans tout le massif, acteurs publics, associations, professionnels du tourisme et citoyens coopèrent pour inventer la montagne de demain : plus durable, plus inclusive et capable de répondre aux attentes des générations futures. Tour d’horizon de cinq initiatives emblématiques, reliées par des réseaux de coopération, qui tracent ensemble le chemin vers un avenir résilient et innovant.
Vallée d’Ossau : citoyens et élus unis pour une montagne propre
En Béarn, la Communauté de Communes de la Vallée d’Ossau (CCVO) illustre comment une collectivité rurale de montagne peut fédérer ses habitants autour d’une action écologique concrète et conviviale. Depuis 2023, la CCVO et l’association locale Nature Propre Vallée d’Ossau organisent tous les deux ans un grand nettoyage de la montagne à l’occasion du World Clean Up Day. Lors de la première édition sur le site du Pourtalet, l’opération a rassemblé plus d’une centaine de bénévoles de 5 à 83 ans, dans une ambiance intergénérationnelle des plus chaleureuses. « Nous avons ramassé 683 kg de déchets en seulement une heure et demie », se félicite Fernand Martin, maire de Buzy et Vice-président Environnement de la CCVO. L’événement se veut inclusif : il mobilise aussi bien les écoliers du cru (écoles primaires de la vallée) que les résidents d’un foyer de vie, sans oublier quelques volontaires espagnols venus en voisins. De quoi donner à cette action locale un écho national et international, fidèle à l’esprit du World Clean Up Day.

Cette mobilisation citoyenne d’ampleur s’appuie sur un solide partenariat institutionnel. « Une dynamique interservices forte s’est mise en place, impliquant les agents de la CCVO et des partenaires comme le Parc National des Pyrénées, le Groupement Européen de Coopération Territoriale (GECT) ou la Fédération française des clubs alpins de montagne (FFCAM). » La CCVO veille à inscrire l’opération dans une démarche pédagogique exemplaire.
Chaque édition est programmée en septembre, en phase avec la Journée internationale du « WORLD CLEAN UP DAY », et conçue comme un événement éducatif, écologique et ludique, misant sur la transmission intergénérationnelle. Jusqu’à la collation offerte aux participants, tout est pensé zéro déchet : « Nous faisons appel à des partenaires locaux engagés dans le “zéro déchet”, avec des collations servies à l’ancienne, sans emballages inutiles ! » souligne Fernand Martin. L’idée n’est pas de culpabiliser les participants, mais au contraire de valoriser les gestes positifs dans la bonne humeur.

Au-delà de l’événement ponctuel, l’initiative s’inscrit dans un travail de fond sur la réduction des déchets en montagne. Les organisateurs vont jusqu’à caractériser les déchets récoltés et exposer les résultats sur un panneau et dans un grand totem transparent, pour sensibiliser durablement la population. Surtout, la CCVO peut compter sur l’appui de l’association Nature Propre, très active tout au long de l’année dans les villages de la vallée. « « Nous avons la chance de pouvoir compter sur un partenaire local particulièrement engagé : Nature Propre organise régulièrement des opérations de ramassage, assure une visibilité marquée le long des routes départementales grâce à des dispositifs d’affichage, et mène des actions de communication dans la presse afin de sensibiliser le grand public. » note Fernand Martin. Grâce à ce maillage local, la Vallée d’Ossau structure une transition écologique ambitieuse et fédératrice, portée par ses habitants et élus. Cette dynamique exemplaire, récemment récompensée par le label « Territoire Engagé pour la Nature » obtenu en 2025, « illustre parfaitement la manière dont un territoire montagnard rural peut bâtir une transition écologique à la fois ambitieuse et fédératrice ».
Ariège : un label éco-responsable fédère l’événementiel local
En Ariège, c’est le secteur des manifestations et événements qui se met au vert de façon collective. Lancé en 2020, le label “Manifestations Vertes d’Ariège” – premier label départemental d’événementiel éco-responsable en France – accompagne les organisateurs de festivals, compétitions sportives et autres rendez-vous festifs vers de meilleures pratiques environnementales. « Nous sommes le label Manifestations Vertes d’Ariège, un label éco-responsable animé par un collectif de neuf structures », explique Franck Deffarge, coordinateur du dispositif. Notre objectif est d’accompagner les organisateurs d’événements dans une démarche progressive d’amélioration continue, pour qu’ils aient le moins d’impact possible. Concrètement, le label propose un référentiel de sept thématiques couvrant l’ensemble des enjeux du développement durable : économie locale et circulaire, réduction des déchets, inclusion de tous les publics, protection de la biodiversité, sensibilisation, mobilité durable, économies d’eau et d’énergie.
Grâce à cet outil, chaque événement candidat est audité et bénéficie de recommandations personnalisées. « On fait d’abord un état des lieux sur chacune des thématiques, pour comprendre le fonctionnement actuel. L’idée est de progresser d’année en année », précise Franck Deffarge. Le collectif – qui réunit 6 associations, 2 communautés de communes et un syndicat mixte, spécialistes du handicap ou de la biodiversité, de la gestion des déchets ou encore de la mobilité – mutualise ses compétences pour épauler les organisateurs. Prêt de matériel, mise en relation avec des prestataires, conseils techniques : « en passant par nous, la progression est plus simple que de se débrouiller tout seul. Se mettre en réseau, ça facilite tout » souligne le coordinateur. Cette approche collaborative porte ses fruits. En l’espace de trois ans, le nombre d’événements labellisés a doublé sans même de campagne de communication : « nous sommes passés de 15 à 30 organisateurs volontaires, les gens savent nous trouver. Cela prouve que nous sommes à la bonne place » se réjouit Franck Deffarge. Festivals culturels (par exemple le Festival Résistances), courses en montagne (l’Ultr’Ariège), tournoi sportif international… Au total, 35 événements ariégeois environ arborent désormais ce label écoresponsable.

Fort de ce succès, le collectif vise désormais un changement d’échelle. Après une première phase bénévole et informelle, il s’est structuré et cherche à pérenniser son modèle économique. Un projet européen d’innovation sociale a été déposé pour expérimenter de nouvelles solutions (par exemple : fournir de l’eau potable aux participants sans bouteille plastique, ou développer du matériel de tri et des toilettes sèches itinérantes). Le label reste gratuit pour les organisateurs, et Franck Deffarge – salarié à mi-temps par APF France handicap – y consacre désormais un mi-temps avec le soutien du FONJEP et de la région Occitanie. L’ambition est de faire du label Manifestation Verte d’Ariège un véritable levier territorial, en impliquant plus étroitement les collectivités locales. Dans cet esprit, le collectif travaille de concert avec le PETR Ariège-Pyrénes (Pôle d’Équilibre Territorial et Rural) et collabore avec d’autres acteurs pionniers comme l’ONG Mountain Riders. L’événementiel durable devient ainsi un projet collectif de tout un département, inspirant possiblement d’autres territoires pyrénéens.
Les Angles : le label Flocon Vert, catalyseur d’un territoire engagé
Dans les Pyrénées-Orientales, la station de ski des Angles montre qu’un territoire de montagne peut innover et s’organiser collectivement autour d’un label de développement durable. Depuis 2021, Les Angles est engagé dans la démarche Flocon Vert, un label exigeant décerné par l’association Mountain Riders aux destinations touristiques exemplaires sur le plan durable. « La commune et la station étaient déjà très investies dans des certifications environnementales (ISO 9001, 14001, 45001 et 50001), mais ces labels d’excellence et très contraignants d’un point de vue technique parlaient peu au grand public. Nous avons donc décidé de basculer sur Flocon Vert pour communiquer plus largement, explique David Mias, responsable du pôle Tourisme aux Angles. C’était un outil qui nous permettait d’avoir une démarche d’amélioration continue et de fédérer tous les acteurs locaux de la transition ». Autrement dit, au-delà d’un simple label touristique, Flocon Vert est vu comme un cadre commun pour orchestrer la transition sur l’ensemble du territoire des Angles.
Concrètement, la commune a mis en place une gouvernance participative autour du projet Flocon Vert. Un comité de pilotage réunit les principaux acteurs institutionnels et économiques : la régie des remontées mécaniques, l’Office de Tourisme, la communauté de communes Pyrénées Catalanes, le Parc naturel régional, l’Office national des forêts… À ses côtés, un comité de suivi rassemblant les acteurs de terrain (hébergeurs, restaurateurs, écoles de ski, associations) permet d’échanger sur les progrès et de promouvoir le label localement. « Valoriser l’engagement durable du territoire, évaluer nos actions par rapport à un référentiel, et encourager les visiteurs à choisir leur destination en fonction de critères durables : voilà nos trois objectifs !» résume David Mias.

Après deux ans d’efforts, la station espère obtenir en 2025 le renouvellement du label et décrocher un « deuxième Flocon » gage de progrès. Les premiers résultats sont concrets. « C’est un label qui nous permet de progresser », confirme David Mias : il a servi de levier pour amplifier plusieurs initiatives locales. Par exemple, en matière de mobilité douce, Les Angles a inauguré un parking-relais en contrebas de la station (parking Paul Samson) couplé à un système de navettes gratuites, afin de réduire l’usage de la voiture individuelle. La commune a également ouvert une médiathèque intercommunale moderne (Médiathèque des Pyrénées Catalanes), mené une étude ClimSnow pour anticiper l’enneigement futur, et obtenu la classification officielle de « Station Classée de Tourisme » qui reconnaît ses engagements de qualité. Le sujet du logement des saisonniers a été pris à bras-le-corps, tout comme la professionnalisation des métiers de la montagne : une formation innovante baptisée « 4 saisons » a été lancée avec le GRETA-CFA et le soutien de la Région Occitanie, pour permettre à de jeunes travailleurs saisonniers de se former et travailler à l’année sur le territoire.
Au-delà des infrastructures, le label met en lumière des initiatives solidaires et circulaires. L’une des pépites locales identifiées est le « Magasin pour rien », un local géré par une association de bénévoles où chacun peut déposer et récupérer librement des objets d’occasion (vêtements, jeux, matériel de ski, etc.). Plus de 10.000 articles y trouvent preneur chaque année, aidant les plus démunis tout en donnant une seconde vie aux équipements. En parallèle, la communauté de communes a optimisé la gestion des déchets : installation de conteneurs semi-enterrés pour le tri sélectif, déploiement de composteurs partagés dans les villages et distribution de cendriers de poche aux usagers de la montagne. « Ces exemples s’inscrivent dans la responsabilité annuelle des stations vis-à-vis de leur territoire. Aux Angles, c’est la commune qui porte le projet Flocon Vert, preuve d’un engagement politique fort », conclut David Mias. Ici encore, la clé du succès réside dans la collaboration de tous les acteurs locaux autour d’une vision commune. Le label Flocon Vert a agi comme un catalyseur : il a fédéré élus, techniciens, socioprofessionnels et habitants vers un objectif partagé, tout en offrant une vitrine nationale pour valoriser leurs actions.
Le label Flocon Vert, porté par l’association Mountain Riders et garant de l’engagement durable des destinations de montagne, continue de se déployer dans les Pyrénées : après Font-Romeu, Les Angles et plus récemment Cauterets, déjà labellisées, un Éductour sera prochainement organisé à Font-Romeu — en partenariat avec l’Agence des Pyrénées — afin de partager les bonnes pratiques et d’inspirer d’autres territoires dans leur transition. Une belle opportunité de découvrir sur le terrain des réalisations concrètes et de partager avec les acteurs impliqués
TRIO Pyrénées amorce une transition opérationnelle « toute l’année » grâce à une gouvernance mutualisée
Dans les Pyrénées-Orientales, l’opérateur TRIO Pyrénées – gestionnaire des domaines de Formiguères, Cambre d’Aze et Porté-Puymorens – engage une transition pragmatique et résolument orientée vers une exploitation « toute l’année ». Créée en 2022 sous forme de société publique locale, TRIO incarne le passage d’une gestion en régie publique à un modèle intégré d’entreprise publique, associant le Département des Pyrénées-Orientales, la Région Occitanie et les collectivités locales. Cette gouvernance moderne et mutualisée, dotée d’un plan d’investissements de 32 millions d’euros, vise à pérenniser l’équilibre économique des domaines tout en accompagnant leur transition vers un tourisme quatre saisons.
L’originalité de TRIO réside dans son organisation collaborative : mutualisation des compétences, optimisation des ressources, arbitrages collectifs et communication commune entre les trois stations. Cette approche permet de déployer des stratégies coordonnées renforçant la performance, l’attractivité et la durabilité de l’ensemble du groupement. Le choix d’implanter le siège à Targasonne, en dehors des stations, reflète cette volonté d’équilibre territorial et de gouvernance apaisée. Elle autorise également une grande agilité : le personnel peut être redéployé selon les besoins d’un site à l’autre, et les achats comme les actions marketing sont désormais pilotés de manière centralisée.

Pour la première fois en 2025, deux stations – Formiguères et Cambre d’Aze – ont ouvert en continu sur deux mois estivaux, amorçant une véritable montée en puissance des activités de pleine nature. « La transition est désormais concrète, avec un déploiement structuré autour de la randonnée, du VTT et de la restauration d’altitude », explique Alexis Righetti, Directeur Général de TRIO Pyrénées. Cette dynamique s’inscrit dans la continuité des recommandations de la Cour des comptes, qui invite à repenser l’exploitation des domaines à l’aune des mutations climatiques et économiques.
À Formiguères, le télémix permet désormais d’acheminer randonneurs et familles vers le lac des Camporells, favorisant un tourisme doux et limitant l’usage de la voiture. Sur le Cambre d’Aze, un espace VTT enduro a vu le jour avec six pistes en forêt, tandis qu’une guinguette d’altitude avec brasero a été installée au Pla du Cambre, en lien avec un point de restauration accessible en télésiège. Dans les deux cas, un effort particulier a été consenti sur la régulation des flux automobiles : « Nous avons volontairement restreint l’accès aux véhicules afin d’encourager l’usage des remontées mécaniques ou la montée à pied », précise Alexis Righetti. Cette fonction de « régulateur » traduit la volonté de TRIO de concentrer la fréquentation sur les zones déjà anthropisées, dans le respect des sites, dont certains sont classés Natura 2000.

Cette stratégie de diversification s’accompagne d’une intégration accrue des activités de restauration, désormais gérées en régie directe. Cinq établissements sont aujourd’hui exploités par TRIO Pyrénées, dont deux ouverts en été. Sur le plan des ressources humaines, les résultats sont encourageants : « Nous n’avons rencontré aucune difficulté de recrutement pour la saison estivale, et avons même créé de nouveaux postes, notamment autour de l’activité vélo », souligne-t-il. Au total, 50 collaborateurs ont été mobilisés cet été, contre 200 en période hivernale.
Parallèlement, TRIO poursuit ses investissements dans une logique d’adaptation climatique et d’optimisation énergétique : un chantier de 2,6 millions d’euros est en cours pour moderniser les infrastructures d’enneigement, dont 2,3 millions d’euros sur deux ans au Cambre d’Aze et 250.000€ cette année à Formiguères. « Il s’agit d’enneiger plus rapidement à Noël, tout en réduisant la consommation d’eau et d’énergie », explique Alexis Righetti. Concrètement, Formiguères voit l’installation d’un système de refroidissement d’eau, tandis que le Cambre d’Aze bénéficie d’une refonte complète de son réseau de neige de culture – selon le fournisseur TechnoAlpin, il s’agit du projet le plus important actuellement engagé dans les Pyrénées en matière d’enneigement raisonné.
Les perspectives sont ambitieuses : densification du réseau VTT, agrandissement et développement des points de restauration, création de sentiers d’interprétation, mise en place de forfaits saison spéciaux pour les skieurs de randonnée, développement d’activités hivernales (bar de glace, animations d’astronomie ou pour les enfants…)… Autant d’initiatives qui illustrent le modèle original de TRIO : fédérer trois stations non reliées physiquement, mais unies par une gouvernance collective et une stratégie partagée, pour bâtir un modèle de station plus résilient et structuré autour d’une exploitation raisonnée des domaines et d’un étalement des usages sur l’ensemble de l’année.
Montagne et transition : la Compagnie des Pyrénées au coeur de la réflexion
Réduire l’empreinte carbone du tourisme de montagne est un défi de taille auquel s’attaque la Compagnie des Pyrénées – opérateur qui accompagne plusieurs domaines skiables du massif. Sous l’impulsion de l’Agence des Pyrénées, la Compagnie a été l’une des premières à tester la méthodologie ACT (Assessing low-Carbon Transition) afin d’élaborer une stratégie climatique globale. « Historiquement, nous étions partis sur un bilan carbone classique, avec des objectifs à 2035 et 2050, mais la question était : à quoi cela sert, que faisons-nous de ces chiffres ? » retrace Arnaud Cercos, chef de projet Transition à la Compagnie des Pyrénées. La rencontre avec l’Agence des Pyrénées a été déterminante : « L’Agence nous a mis en relation avec l’ADEME et la méthodologie ACT, pour convertir ce bilan carbone en plan d’action » explique-t-il. Encore fallait-il adapter cet outil conçu pour l’industrie au secteur du ski. Dix entreprises pilotes du tourisme ont été embarquées dans l’aventure, et un protocole de 18 mois a été mené avec plusieurs ateliers thématiques, afin d’adapter ACT au modèle touristique de montagne. L’ambition ? Se projeter vers 2050 et imaginer la destination montagne de demain, neutre en carbone.

Cet exercice prospectif s’est avéré exigeant. « Il faut être créatif, l’idée était d’aller jusqu’au bout de la démarche en commençant à écrire un plan d’actions… mais c’est un chantier complexe où il nous manquait encore des étapes intermédiaires », analyse Arnaud Cercos. Il est difficile de remettre en question des choses qui fonctionnent aujourd’hui pour travailler sur la montagne de demain », admet-il en toute franchise. La réflexion engagée a toutefois permis de franchir un cap. Depuis, les domaines skiables membres du réseau ont actualisé leur bilan carbone en affinant leurs méthodes de calcul, ce qui a révélé une empreinte plus élevée qu’estimé initialement – un mal pour un bien. « Nous sommes allés beaucoup plus loin dans l’analyse, notamment sur le transport », précise Arnaud Cercos. En effet, les résultats ont bousculé certaines idées reçues : alors qu’on imagine souvent que les remontées mécaniques et dameuses pèsent lourd dans les émissions, il est apparu que l’exploitation des domaines de montagne ne représente qu’environ 3% du total. L’essentiel de l’empreinte carbone d’une station provient en réalité des transports (les trajets des visiteurs, l’acheminement des marchandises, etc.) et des usages indirects. Autrement dit, « s’il n’y avait pas de destination, il n’y aurait pas toutes ces émissions », constate Arnaud Cercos, qui reconnaît par là la responsabilité partagée du secteur. Cette prise de conscience a conduit à redéfinir les priorités et à élargir le périmètre d’action en associant l’ensemble de ses partenaires.

Sur la part des émissions directement imputables à l’activité ski (ces fameux 3 %), des mesures rapides ont été engagées. Le domaine de Peyragudes – l’une des stations membre de la Compagnie des Pyrénées – a ainsi pris une décision emblématique : basculer l’intégralité de ses dameuses du gazole vers un carburant bio-sourcé de type HVO (huile végétale hydrotraitée). « Cette initiative a été révélatrice d’une belle réussite, note Arnaud Cercos. Il a fallu convaincre les techniciens de maintenance et même les constructeurs de dameuses d’accepter ce changement, mais on y est arrivé ». La transition écologique est aussi une affaire de gestion du changement : sur ce point, l’expérience ACT a montré l’importance de convaincre chaque acteur du bien-fondé des solutions nouvelles. Fort de ces avancées, la Compagnie des Pyrénées agrège désormais toutes les stations qu’elle accompagne dans un périmètre carbone global, pour mutualiser les efforts et suivre les progrès à l’échelle du groupe. « La première clé était de convaincre, maintenant nous devons vraiment travailler sur tout le reste des émissions », martèle Arnaud Cercos.
Pour ce faire, il prône un élan collectif à l’échelle de tout le massif : « Nous devons mobiliser tous les acteurs – la Compagnie des Pyrénées, l’Agence des Pyrénées, les collectivités, les professionnels – et travailler ensemble sur le même chemin ». Chaque partie prenante ayant un périmètre d’action différent, c’est en unissant les compétences et les volontés qu’émergeront des solutions efficaces. Il s’agit aussi d’embarquer les usagers : « le touriste de demain devra accepter de nouvelles pratiques», prévient Arnaud Cercos, évoquant par exemple la généralisation des mobilités douces ou le développement d’une offre “quatre saisons” plus sobre en carbone. En parallèle, la Compagnie s’est engagée dans la charte « Montagne Zéro Déchet » aux côtés de l’Agence des Pyrénées et de plusieurs stations pyrénéennes, pour s’attaquer aux autres volets de la transition (meilleure gestion des déchets, limitation des plastiques dans la restauration d’altitude, etc.). Là encore, la mutualisation des expériences au sein d’un réseau (via l’Agence des Pyrénées et les organismes de filière) joue un rôle d’accélérateur.
Un fil vert commun : la transition par l’action collective, de la vallée à la station
Qu’il s’agisse d’une commune de vallée mobilisant ses administrés, d’un collectif départemental fédérant l’événementiel, d’une station de ski impliquant tout son territoire ou d’un opérateur repensant sa stratégie climat, ces initiatives dessinent un fil rouge – ou plutôt vert – commun. Partout, la transition se construit de manière progressive, en cherchant des améliorations pas à pas plutôt que des bouleversements brutaux. Elle est fondamentalement collective : chaque projet réunit autour de la table une diversité d’acteurs (élus, techniciens, associations, entreprises, citoyens) qui coopèrent et apprennent les uns des autres. Surtout, cette transition est ancrée dans les territoires : les solutions émergent du terrain, en réponse aux réalités locales de chaque vallée, de chaque station, tout en s’inscrivant dans une vision partagée à l’échelle du massif. « Dans les Pyrénées, le chemin vers une montagne durable est déjà tracé par ces initiatives concrètes ; il nous reste encore un long chemin à parcourir», constate l’Agence des Pyrénées.
Le rôle de l’Agence des Pyrénées est à cet égard déterminant pour assurer la cohérence et la diffusion de cet élan. Créée par les Régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine pour développer, préserver, valoriser le massif et fédérer, l’Agence agit en chef d’orchestre de la transition. Elle facilite la mise en réseau des porteurs de projets, met en lumière et valorise les initiatives et retours d’expérience inspirants et accompagne techniquement les territoires dans les démarches de durabilité. C’est grâce à cette coordination que des labels comme Flocon Vert ou Manifestations Vertes d’Ariège bénéficient d’une résonance plus large, ou que des méthodologies pionnières comme ACT peuvent être expérimentées de manière collaborative. Ensemble, ces initiatives esquissent l’avenir désirable d’un tourisme de montagne régénéré, où chaque territoire pyrénéen, du plus modeste au plus emblématique, contribue par ses actions concrètes à la préservation de notre patrimoine commun. Et cet avenir, loin d’être une utopie lointaine, se construit dès aujourd’hui sur le terrain des Pyrénées.


























