Directeur de l’Office de Tourisme de Saint-François-Longchamp depuis un an et demi, Jean-Sébastien Eymeoud nous livre, au fil de cette interview, son parcours, ses passions et sa vision de l’avenir des stations de montagne. Profondément attaché à son territoire, il incarne une approche dynamique et fédératrice du tourisme en altitude.

Découvrez dans cet entretien exclusif un acteur engagé, passionné par la montagne sous toutes ses formes, convaincu que son évolution passe par l’équilibre entre tradition et innovation, et animé par l’envie de faire vivre son territoire tout au long de l’année.

Jean-Sébastien Eymeoud, pouvez-vous nous parler de vous et de votre parcours professionnel ?

J’ai 40 ans, je suis originaire des Hautes-Alpes, je suis pacsé et père de 3 enfants, et mon parcours est un peu original. Ma mère travaillait à Embrun, où nous vivions la plupart du temps, et mon père travaillait en station à Vars. Nous passions les hivers au pied des pistes, et le reste du temps, nous étions au bord du lac de Serre-Ponçon.

J’ai commencé à travailler jeune. À l’âge de 25 ans, je me suis rendu compte qu’il me manquait un socle en matière de connaissances, tant institutionnelles que techniques, notamment en gestion et comptabilité, des domaines essentiels pour diriger une entreprise. J’ai donc intégré l’IFMT (Institut de Formation des Métiers du Tourisme et de la Montagne) à Grenoble, qui offre une formation classique pour diriger les offices de tourisme.

J’ai débuté ma carrière en montagne, dans mon territoire de naissance et de passion. J’ai travaillé dans différents secteurs, comme les parcs de loisirs et les hébergements. Puis, j’ai voulu élargir mon champ d’activité. Je suis allé travailler sur le littoral (en Baie de Somme), avant de revenir sur le littoral méditerranéen.

Cependant, la montagne me manquait. Je pense que quand on a grandi en montagne, dans cet environnement particulier qu’est une station, cela s’inscrit profondément en nous. J’ai voulu revenir en montagne car c’est un territoire qui m’a façonné. J’ai grandi et vécu dans un environnement à la fois préservé et rude. Le fait d’avoir des saisons marquées s’inscrit dans le temps. On y a un rapport à la nature et aux autres qui est un peu différent.  Je voulais aussi contribuer à la dynamique montagnarde, et participer à l’ouverture d’un nouveau chapitre. Je me disais que j’avais un rôle à jouer dans cette aventure.

Cela fait un an que je dirige l’office de tourisme de Saint-François-Longchamp. L’Office ici est un peu particulier, car c’est à la fois un office de tourisme et un gestionnaire d’équipements. Nous avons en charge toutes les activités hors ski : la balnéo, la salle de sport, les massages, le bar, le bowling, etc.

Quelles sont vos passions ?

Jean-Sébastien Eymeoud : Les sports de montagne, je les ai beaucoup pratiqués plus jeune, notamment le ski. J’en ai fait beaucoup, sous toutes ses formes : en freeride et en club. Cela m’a donné une certaine rigueur, car il faut se lever, aller aux entraînements, préparer son matériel, farter ses skis… C’est une discipline qui forge une certaine rigueur et une notion de compétition. Ensuite, en tant que jeune adulte, j’ai pratiqué la montagne avec des amis, que ce soit en hiver ou en été. Par exemple, j’ai fait du canyoning, et cela m’a permis de développer un rapport particulier à la nature et aux autres. En montagne, on n’existe pas sans les autres. Il y a une notion d’engagement et de camaraderie, qui ont façonné mon identité et mon rapport à l’autre.

Jean-Sébastien EYMEOUD, Directeur de l'Office de Tourisme de Saint François Longchamp
Jean-Sébastien EYMEOUD, Directeur de l’Office de Tourisme de Saint François Longchamp

Sans tomber dans les clichés, j’aime beaucoup l’histoire, et la nature forte, c’est quelque chose que j’ai toujours retrouvé partout où j’ai travaillé. Toutes mes parenthèses en dehors de la montagne ont été dans des endroits où la nature était très présente, où l’environnement naturel et l’écosystème étaient riches. Donc, les sports de nature, l’environnement, et l’histoire des civilisations sont mes passions.

Quelles sont vos motivations ? Pourquoi vous levez-vous le matin ?

Jean-Sébastien Eymeoud : J’ai la chance de travailler dans un environnement exceptionnel. J’ai beaucoup de plaisir à me dire que je travaille dans l’univers de la montagne, un secteur qui a besoin que ses enfants contribuent à son développement. Puis, il y a l’aventure humaine : aujourd’hui, je travaille dans une structure de plus de 40 personnes, et cette richesse nous permet de réussir grâce aux autres, à l’adhésion collective. Ce qui fait que je me lève le matin, c’est l’envie de relever des défis quotidiens, car travailler avec des gens c’est un défi constant.

Quelle est votre plus grande satisfaction ?

Jean-Sébastien Eymeoud : Je suis quelqu’un de passionné. Ma plus grande satisfaction, c’est d’arriver à concilier ma vie professionnelle et ma vie familiale, à laquelle je tiens beaucoup. Aujourd’hui, ma grande satisfaction est de pouvoir partager des moments avec mes enfants et de continuer à travailler dans un environnement et des valeurs qui me plaisent.

Jean-Sébastien Eymeoud, avez-vous des regrets ?

Je pense qu’il ne sert à rien de vivre avec des regrets. Il y a peut-être des choses que j’aurais faites différemment ou mieux, mais non, je n’ai pas de regrets.

Si vous aviez une liste de trois vœux pour la montagne, quels seraient-ils ?

Mon premier voeux serait de retrouver un peu de sérénité, que l’on apprenne à s’écouter et à être côte à côte, et non pas dos à dos. Aujourd’hui, la montagne est un environnement particulièrement exposé, et elle nous oblige à faire preuve d’intelligence, de bienveillance, de rigueur et d’engagement. Mon premier souhait serait donc de retrouver cette sérénité, et de parvenir à communiquer pour faire émerger des projets partagés.

La montagne a vécu une évolution exceptionnelle, car elle est devenue une aire de loisirs, parfois au détriment de son habitat permanent. Mon deuxième souhait serait de revoir la densification des villages, afin que les enfants puissent profiter de la montagne toute l’année. La montagne est belle en été comme en hiver, mais aussi au printemps et en automne. C’est un endroit où l’on peut vivre, se construire et s’épanouir, que l’on soit homme ou femme.

Pour le troisième souhait, que peut-on lui souhaiter ? De toute façon, la montagne nous survivra. Mais je souhaite que l’on trouve des modes de vie harmonieux entre les résidents permanents, les touristes et les résidences secondaires. Dans mes trois vœux, il y a l’idée d’apaisement, d’échange et de rigueur. Ce n’est pas parce qu’on s’écoute qu’on ne sera pas capable de faire des choix. Mais il s’agit de le faire sans opposition de principe et sans hystérie.

Concernant la diversification des activités, comment Saint-François-Longchamp s’adapte-t-il aux changements climatiques et aux nouveaux comportements des consommateurs ?

Il est évident qu’il y a des changements, tant dans les conditions de ski que dans les attentes des visiteurs. Je fais partie de ceux qui pensent que le ski est toujours une chance pour nos vallées et nos montagnes, car aujourd’hui, il reste un moteur essentiel. Le ski a permis de fixer une population permanente et de créer de l’activité. Aujourd’hui, nous avons une balnéo et un bowling grâce au ski, car sans cette activité, ces infrastructures ne subsisteraient probablement pas. Cependant, il est clair que les gens recherchent une offre plus variée, comme la randonnée, le parapente ou le bowling.

À Saint-François-Longchamp, des études montrent que les conditions de ski nous permettent de nous projeter encore sur les 20 prochaines années. Cependant, le ski doit aussi financer d’autres projets et d’autres offres, en été comme au printemps. Cette perspective est aujourd’hui possible grâce à l’énergie générée par le ski. Il est donc important de penser à l’avenir tout en utilisant cette locomotive pour financer de nouveaux projets.

Je suis contre l’idée d’opposer ces deux aspects : le ski et les autres activités. Bien sûr, certains sites connaissent déjà des ruptures, où les conditions de ski ne sont plus suffisantes. Mais aujourd’hui, tous les sites ne sont pas dans cette situation, et certains ne le seront peut-être que dans 15, 20, 30 ou 50 ans. Il ne faut surtout pas casser la dynamique qui nous permet d’aborder ces enjeux avec optimisme et énergie. C’est grâce à cette énergie, en partie portée par le ski, que nous pouvons avancer.

Jean-Sébastien Eymeoud, comment voyez-vous la suite ?

Je vois la suite pleine de défis et de challenges. Je commence à avoir une bonne connaissance du fonctionnement de la SEM, une société très complexe dans son fonctionnement et ses équilibres. La suite s’annonce animée et, définitivement, pleine de challenges. Nous avons plusieurs projets sur la table. Il y en a un concernant la station, où nous repensons la mobilité et d’autres aspects, pilotés par la commune. L’office, en tant que bras armé pour le tourisme, aura un rôle important à jouer dans ce processus.