L’hôtellerie de montagne des Alpes du Nord aborde l’année 2025 avec un bilan contrasté : une offre d’hébergements stable mais en montée en gamme, une saison d’hiver 2024-2025 performante malgré des fluctuations, et des défis structurels à relever. C’est ce qui ressort de la conférence « Les Tendances de l’Hôtellerie de la Montagne » organisée le 19 juin 2025 à Annecy par In Extenso Tourisme Culture & Hôtellerie (TCH), qui a réuni les professionnels du secteur pour tirer les enseignements de la dernière décennie et échanger sur les perspectives à venir. Tour d’horizon des tendances 2025 de l’hôtellerie de montagne dans les Alpes du Nord, à destination des acteurs du tourisme.

Un parc hôtelier stable et en montée en gamme dans les Alpes du Nord

Le parc hôtelier des Alpes du Nord (Savoie, Haute-Savoie et Isère, en zones de stations de ski) demeure d’une étonnante stabilité en termes de capacité d’accueil sur la dernière décennie. Il compte aujourd’hui 572 hôtels totalisant plus de 18 300 chambres, soit pratiquement le même volume qu’il y a dix ans (18 420 chambres en 2015). Cela représente 77 % de l’offre hôtelière des stations de ski françaises et environ 49 % de la capacité hôtelière totale des trois départements alpins.

En comparaison, l’offre des stations de ski au niveau national a diminué d’environ 5 % sur la même période. Autrement dit, les Alpes du Nord ont su maintenir leur parc d’hôtels, malgré la fermeture de certains établissements, grâce à des ouvertures et extensions qui ont compensé presque intégralement la baisse du nombre d’hôtels (passé de 648 à 572 entre 2015 et 2025, avec une taille moyenne des établissements en hausse).

Montée en gamme et nouvelles ouvertures

Sur ces dix dernières années, l’hôtellerie de montagne s’est nettement orientée vers le haut de gamme. La part des établissements de milieu de gamme à luxe est passée de 59 % du parc en 2015 à 68 % en 2025. Concrètement, de nombreux hôtels 2* ou 3* indépendants ont laissé place à des établissements 4* et 5* offrant plus de services et de capacité. Cette montée en gamme se poursuit, portée par les investisseurs : 35 nouveaux projets hôteliers sont annoncés d’ici 2028, ce qui représenterait environ 2 900 chambres supplémentaires. Reste à savoir si ces ajouts compenseront totalement les fermetures à venir – « Ce capacitaire supplémentaire suffira-t-il à compenser les fermetures ? Il est trop tôt pour le dire » tempère Audrey Brunet, consultante senior chez In Extenso TCH, invitant à observer attentivement l’évolution nette du parc dans les prochaines années.

Recul du parc para-hôtelier en stations

En contraste avec la stabilité du parc hôtelier, les résidences de tourisme (offre para-hôtelière) en station ont reculé significativement. Dans les Alpes du Nord, le nombre de résidences a diminué d’environ 15 % depuis 2015, passant à 397 résidences totalisant 24 741 logements marchands en 2025. La tendance est encore plus marquée en Savoie et en Isère, qui ont perdu 18 % de leurs appartements en résidences sur 10 ans, tandis que la Haute-Savoie a maintenu une offre stable.

Au total, le parc des résidences de tourisme est passé d’environ 29 000 unités d’hébergement en 2015 à 24 000 en 2025 dans les stations des Alpes du Nord. Cette contraction s’explique en grande partie par le « démembrement » de nombreuses résidences existantes : les appartements ne disparaissent pas physiquement, mais sortent du marché structuré pour basculer vers la location saisonnière de particulier à particulier, devenant souvent des « lits froids » peu ou pas exploités commercialement. Ce phénomène réduit l’offre disponible via les canaux professionnels, posant un enjeu de renouvellement de l’hébergement marchand dans les stations.

Nouveaux projets et diversification de l’offre 

Malgré ces fermetures de résidences, des acteurs privés investissent pour renouveler et diversifier l’offre d’hébergement en montagne. Par exemple, le groupe Terrésens, spécialiste des résidences de tourisme, a ouvert cinq nouvelles résidences dans les Alpes du Nord ces deux dernières années, ajoutant 370 logements au marché.

Parmi elles, une résidence haut de gamme de 126 clés à Praz-sur-Arly (Megève), inaugurée en 2024. De son côté, le promoteur MGM a développé cinq nouveaux établissements sur la même période (dont trois complexes mêlant hôtel et résidences, soit +285 logements), illustré par l’ouverture en 2023 de l’hôtel 4* Alhena à Flaine (77 chambres). Ces investissements témoignent d’une poursuite de la montée en gamme et du renouvellement de l’offre, y compris via des concepts hybrides hôtel/résidence.

Par ailleurs, de petites stations voient émerger des initiatives originales : à Orelle (Maurienne), un partenariat public-privé a permis l’ouverture en 2024 de l’hôtel Hob Orelle (23 chambres en milieu de gamme), afin de dynamiser cette station de moindre taille.

Hôtel Pop Alp - Alpe d'Huez
Hôtel Pop Alp – Alpe d’Huez

Performances touristiques de l’hiver 2024-2025 : fréquentation en hausse et RevPAR contrastés

L’hiver 2024-2025 a été globalement réussi pour l’hôtellerie de montagne des Alpes du Nord, même s’il a connu de fortes variations d’un mois à l’autre. Les vacances de Noël ont été exceptionnelles, établissant un record de fréquentation, tandis que le mois de janvier et les congés de février ont enregistré une activité équivalente à celle de l’an dernier. En revanche, le mois de mars a été très en retrait, avec une chute notable de la fréquentation (-9,6 % de nuitées sur les semaines les plus creuses par rapport à 2023).

La saison s’est bien terminée grâce aux vacances de printemps, plébiscitées par les familles, où l’on a observé un rebond spectaculaire (+40 % de nuitées par rapport à l’an passé sur la période de Pâques pour les hôtels restés ouverts). Ce bilan en « dents de scie » s’explique en partie par les conditions d’enneigement et le calendrier des vacances scolaires. Il se reflète aussi différemment selon le type de stations : les stations d’altitude ont amélioré leurs performances par rapport à l’an dernier, alors que de nombreuses stations-villages ont perdu des clients du fait d’un enneigement parfois déficient en basse altitude en mars.

Fréquentation des hôtels en légère hausse

Dans l’ensemble, la fréquentation hôtelière hivernale a progressé par rapport à la saison précédente. Le nombre de nuitées vendues en hôtellerie a augmenté d’environ +1,6 % sur la saison, une progression supérieure à celle enregistrée par les autres formes d’hébergement touristiques (résidences, locations, etc.). Ce gain s’explique surtout par le retour et la hausse de la clientèle étrangère, dont la proportion continue de croître dans les stations internationales.

L’afflux de visiteurs internationaux a notamment profité aux hôtels haut de gamme : les établissements 5 étoiles et palaces ont vu leur volume de nuitées augmenter de +4 % sur la saison, tirés par une demande étrangère solvable. À titre d’illustration, les clientèles étrangères représentent désormais plus de la moitié des nuitées en hôtels 4 et 5** des Alpes du Nord en hiver, alors qu’elles restent minoritaires en 2* et 3* (où les Français forment l’essentiel de la clientèle) – un écart qui s’est creusé depuis 2019 d’après les données G2A.

Détail de la performance de l'hôtellerie en stations
Détail de la performance de l’hôtellerie en stations

Taux d’occupation et RevPAR variables selon les stations

En termes de taux d’occupation (TO) et de revenu par chambre (RevPAR), les performances diffèrent sensiblement d’une station à l’autre, reflet du positionnement et de la qualité de l’offre locale. Globalement, les grandes stations d’altitude affichent les meilleurs taux de remplissage. Par exemple, Val Thorens a enregistré un TO moyen d’environ 84 % sur l’hiver, figurant parmi les plus élevés, là où une station village plus basse comme Megève était autour de 59 %. Entre ces deux extrêmes, des destinations comme Val d’Isère ou Chamonix ont oscillé autour de 70 % de remplissage.

Le prix moyen par chambre (ADR), lui, oscille entre des niveaux sans commune mesure selon le prestige de la station : autour de 308 € à Chamonix contre 1 631 € à Courchevel en moyenne sur la saison d’hiver. La station de Megève tire d’ailleurs son épingle du jeu avec un tarif moyen intermédiaire (environ 770 €), reflétant une orientation plus premium que Chamonix tout en restant en dessous du très haut de gamme de Courchevel. De fait, le RevPAR suit ces écarts de prix et de fréquentation : il dépasse 1 170 € à Courchevel sur la saison, tandis qu’il se situe autour de 220 € à Chamonix. Ces disparités soulignent l’hétérogénéité de l’hôtellerie alpine, entre destinations de luxe fréquentées par une riche clientèle internationale et stations plus généralistes au positionnement familial ou sportif.

Hôtel en montagne
Hôtel en montagne

Changement climatique, foncier, RH : les défis de l’hôtellerie de montagne

Malgré son dynamisme, le marché de l’hôtellerie de montagne fait face à de nombreux défis structurels pour les années à venir. Lors de la conférence d’Annecy, les professionnels ont souligné trois enjeux majeurs susceptibles d’impacter la performance et l’attractivité du secteur à moyen terme :

  • L’adaptation au changement climatique : L’incertitude sur l’enneigement pèse de plus en plus sur un modèle économique très saisonnalisé. La viabilité des stations dépend fortement de la neige sur une période hivernale concentrée (environ 15 semaines pour réaliser l’essentiel du chiffre d’affaires annuel). Des épisodes de redoux ou de manque de neige, comme observés en mars 2025 dans les stations de basse altitude, peuvent donc fortement affecter la fréquentation. Le défi pour le secteur est d’intégrer ces aléas climatiques en diversifiant les activités (quatre-saisons, neige de culture raisonnée, etc.) et en ciblant une clientèle prête à venir au-delà du seul critère neige.
  • La rareté du foncier et la construction durable : Le développement de nouveaux projets hôteliers en montagne se heurte à la pénurie de foncier disponible en stations, à la cherté des terrains et à des contraintes d’urbanisme en milieu montagnard sensible. De plus, le tissu local d’entreprises de construction spécialisées est limité en zone alpine, ce qui complexifie la réalisation de chantiers ambitieux en altitude. Les investisseurs et promoteurs doivent aussi intégrer des exigences environnementales accrues : les projets à venir devront être plus vertueux (éco-conception, efficacité énergétique, intégration paysagère) pour correspondre aux attentes sociétales et réglementaires. Réussir à construire de nouveaux hébergements en montagne implique donc des partenariats innovants (comme les coopérations public-privé mentionnées plus haut) et une vision à long terme conciliant rentabilité et durabilité.
  • L’attractivité RH et la fidélisation des équipes : Le capital humain constitue un défi critique pour l’hôtellerie de montagne. La difficulté à recruter et fidéliser le personnel qualifié s’est accentuée ces dernières années, sur fond de pénurie de main-d’œuvre dans le tourisme. En montagne, la problématique est amplifiée par le caractère saisonnier des emplois et le coût du logement local : loger les saisonniers décemment à proximité des stations est devenu un enjeu majeur pour les employeurs, au point que la qualité des conditions offertes au personnel est désormais un critère scruté par les investisseurs hôteliers. Les établissements doivent donc redoubler d’efforts pour attirer les talents et les garder d’une saison sur l’autre, en améliorant les salaires, la formation, l’ambiance de travail et les avantages (logement, transport, etc.).

Initiatives et innovations : vers une hôtellerie alpine plus attractive et durable

Face à ces défis, les professionnels du secteur multiplient les initiatives pour innover et pérenniser l’hôtellerie de montagne. Plusieurs pistes d’actions émergent, témoignages d’une volonté d’adaptation :

Renforcer la marque employeur pour fidéliser les talents

Conscients que la qualité du service repose sur des équipes expérimentées et engagées, de nombreux hôteliers travaillent leur marque employeur afin d’attirer puis fidéliser les salariés. « Le recrutement de collaborateurs, mais surtout leur fidélisation, est un enjeu majeur dans le secteur de l’hôtellerie et du tourisme. D’où l’importance pour les établissements de se doter d’une marque employeur », explique Xavier Gavaggio (In Extenso Chamonix), intervenant lors de la conférence.

Employés d'un hôtel en montagne
Employés d’un hôtel en montagne

Concrètement, il s’agit pour les entreprises de valoriser leurs atouts (cadre de travail exceptionnel en montagne, esprit d’équipe, possibilités d’évolution) tout en améliorant les conditions de travail. Une marque employeur solide doit être « pleinement incarnée par l’organisation » et évoluer en fonction des nouvelles attentes des salariés – par exemple en matière de qualité de vie, de sens au travail ou de responsabilité environnementale. Cette démarche porte déjà ses fruits chez certains acteurs, qui arrivent à réduire le turn-over et à fidéliser une base de saisonniers revenant chaque hiver.

Nouveaux modèles d’investissement et partenariats

Pour contourner les obstacles liés au foncier et à la rentabilité, de nouveaux modèles économiques voient le jour. On observe ainsi une montée des partenariats public-privé dans le développement hôtelier alpin. Les collectivités locales, soucieuses de maintenir une offre d’hébergements et une vie touristique dans leur station, peuvent s’allier à des groupes hôteliers pour co-financer des projets structurants. L’exemple de l’hôtel Hob à Orelle – financé et exploité via un montage public-privé pour revitaliser une petite station – illustre cette approche innovante.

Hôtel Hob à Orelle
Hôtel Hob à Orelle

Parallèlement, certains investisseurs privés adaptent leur stratégie : ils acceptent des retours sur investissement moins immédiats, misant sur la valorisation patrimoniale à long terme et l’effet d’entraînement d’un hôtel de qualité sur l’attractivité globale de la station (fréquentation, immobilier, emploi local). Des tables rondes réunissant opérateurs, élus locaux et financeurs se multiplient pour réconcilier exigences de rentabilité et intérêt collectif dans les projets à la montagne.

Diversification de l’offre touristique et durabilité

Enfin, l’innovation passe par une diversification de l’offre permettant de désaisonnaliser et de mieux rentabiliser les infrastructures existantes. De plus en plus d’hôtels s’attachent à développer des activités quatre saisons (bien-être/spa, séminaires en intersaison, VTT ou randonnée estivale, gastronomie locale) pour attirer une clientèle au-delà de la seule période de ski.

Cette évolution s’accompagne d’une montée en gamme durable : intégration d’équipements écoresponsables, labels environnementaux, partenariats avec des producteurs locaux, etc., afin de répondre à la fois aux attentes des clients et aux enjeux climatiques. L’objectif est de faire de la montagne une destination attractive toute l’année, résiliente face aux aléas, tout en conservant l’ADN qui fait sa force (neige, nature, authenticité).