Le Conseil exécutif de la FIS, réuni les 12 et 13 juin 2025, et le 56ᵉ Congrès international, tenu en ligne le 13 juin, ont marqué une véritable inflexion dans la gouvernance mondiale du ski et du snowboard. Lors de ces sessions, plus de 1 000 délégués issus des fédérations nationales ont approuvé des mesures ambitieuses visant à professionnaliser le secteur, renforcer les conditions des athlètes et accroître la sécurité et la durabilité.

Crise de confiance et besoin de changement dans le sport blanc

Au cours des derniers mois, la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS) a été au centre d’un débat de plus en plus visible sur son modèle de gouvernance, sa stratégie commerciale et la manière dont elle répond aux demandes des athlètes et de l’écosystème du sport professionnel. L’un des points les plus controversés a été le rejet d’une offre de 400 millions d’euros par le fonds d’investissement CVC Capital Partners, connu sous le nom de Project Snow, qui proposait d’acquérir une participation de 20 % dans les droits commerciaux des compétitions gérées par la FIS.

Ce fonds, fort de son expérience dans l’industrie du sport (LaLiga, WTA, Rugby, F1), proposait une stratégie ambitieuse pour moderniser la gestion du ski, professionnaliser la structure des prix et renforcer la présence mondiale du sport blanc. Le refus de la FIS a provoqué une réaction immédiate de plus de 60 athlètes d’élite (Mikaela Shiffrin, Marco Odermatt…) et dirigeants (comme Sophie Goldschmidt, PDG de US Ski & Snowboard) et de plusieurs fédérations nationales, qui ont signé une lettre demandant plus de transparence, plus de vision et une réelle attention aux intérêts des athlètes.

« Nous n’avons pas vu suffisamment de progrès en matière de marketing, de commercialisation et de développement de produits. Nous craignons que le potentiel de croissance que cette proposition représente pour notre sport ne soit pas suffisamment exploité.

– Lettre des athlètes internationaux à la FIS, novembre 2024.

La FIS a fait valoir que l’offre n’était pas suffisamment claire et ne contenait pas de garanties stratégiques ou de gouvernance. Elle a également affirmé qu’elle était financièrement autonome pour mettre en œuvre son plan sans avoir besoin de capitaux extérieurs. La FIS a choisi de conclure un accord avec Infront Sports & Media pour centraliser les droits, plutôt que de négocier directement avec la CVC. Cette position a cependant augmenté la pression sur l’institution et a généré une atmosphère de demande qui s’est finalement matérialisée par les réformes annoncées lors du Conseil et du Congrès de la FIS qui se sont tenus il y a quelques jours.

Elément clé Proposition de GVC Modèle FIS (actuel)
Investissement direct 400 millions d’euros Aucun
Droits commerciaux 20 % partagés 100% géré par la FIS
Prix en espèces (potentiel) Incitation indirecte à la hausse Stagnation jusqu’en 2024
Transparence de la stratégie Remise en question par la FIS Remise en question par les athlètes
Gouvernance Non définie dans la proposition initiale Modèle centralisé actuel
Graphique : Proposition de CVC Capital Partners par rapport à la structure actuelle de la FIS

Alors que la Fédération internationale de ski (FIS) consolide ses partenariats — notamment avec Infront pour la centralisation de ses droits média — un enjeu stratégique singulier émerge : celui de l’adaptation des sports d’hiver aux nouvelles formes de consommation, toujours plus numériques et émotionnelles, des jeunes générations.

Cette transformation s’appuie sur une accélération spectaculaire du virage digital engagé dès 2019, avec le lancement de FIS TV en août 2023, suivi d’une forte progression en 2024–25 : 1,1 million de spectateurs uniques (+656 %) et une audience totale sur les plateformes atteignant 1,4 milliard d’utilisateurs (+179 %), dopée notamment par 405 millions de vues sur TikTok et 750 millions de portée sur Instagram.

À l’aube d’un nouvel accord avec Infront ou d’autres partenaires comme CVC, l’impératif reste clair : intégrer une analyse fine des attentes de la génération Z et des milléniaux. Les métiers du ski doivent désormais se réinventer dans un écosystème où divertissement, interaction et contenus personnalisés rivalisent avec la performance sportive. Le succès futur du ski – et plus largement des sports d’hiver – dépendra de cette capacité à faire vivre au jeune public des expériences digitales riches, intuitives et émotionnellement engageantes, au même niveau que l’excellence sur les pistes.

20% de prix en plus : reconnaissance de l’effort et moteur de la professionnalisation

L’une des annonces les plus importantes a été l’augmentation de 20% des prix pour toutes les disciplines de la Coupe du Monde. Cette mesure, qui entrera en vigueur la saison prochaine, est structurée en deux parties : 10% garantis par la FIS elle-même et 10% supplémentaires fournis volontairement par les comités d’organisation locaux (COL).

Cette augmentation répond non seulement à une demande historique des athlètes, mais reconnaît également leur rôle de protagonistes et de moteurs de ces événements sportifs. Dans un contexte où la visibilité du ski et du snowboard augmente grâce à la numérisation et à de nouveaux publics, il était urgent de rendre hommage au travail des athlètes.

En outre, cette évolution est conforme aux tendances observées dans d’autres disciplines sportives mondiales, où la redistribution des bénéfices et le renforcement de la composante professionnelle sont essentiels pour attirer les talents, promouvoir l’égalité et consolider le sport en tant que choix de vie.

Toutefois, cette mesure pose également des défis importants. Le fait qu’une partie de l’augmentation dépende de la volonté des comités locaux peut entraîner des inégalités entre les sites, affectant la perception de l’équité entre les tests. Les stations plus petites ou moins bien dotées en ressources peuvent ne pas être en mesure d’assumer les 10 % supplémentaires, ce qui remettrait en question l’uniformité du système. D’un autre côté, si elle est mise en œuvre avec une stratégie d’accompagnement et de transparence, cette dynamique peut également ouvrir des opportunités : encourager l’implication locale, activer les parrainages régionaux ou créer des incitations pour élever le niveau organisationnel et économique des événements. En résumé, la mesure a le potentiel de professionnaliser le circuit, mais son succès dépendra d’une application coordonnée, équitable et soutenue dans le temps.

Sécurité basée sur des preuves : nouvelles règles pour l’équipement

Un autre pilier de cette réunion du Conseil de la FIS a été l’approbation de nouvelles règles de sécurité pour l’équipement dans des disciplines telles que le ski alpin, le ski cross et le saut. Ces règlements sont basés sur des études scientifiques récentes et leur application aura un impact direct sur la prévention des blessures et l’intégrité physique des athlètes.

En ski alpin, le Conseil de la FIS a approuvé une série de nouveaux règlements techniques visant à renforcer la sécurité des athlètes, sur la base d’études biomécaniques et de données sur les blessures recueillies en collaboration avec des institutions médicales telles que l’Université d’Innsbruck et le système de surveillance des blessures de la FIS (ISS). Ces mesures seront mises en œuvre progressivement à partir de la saison 2025-2026.

Interdiction des protège-tibias rigides intégrés aux chaussures

L’un des changements les plus importants est l’interdiction totale des protège-tibias rigides intégrés aux chaussures de compétition. Ces protections, largement utilisées jusqu’à présent dans les épreuves techniques comme le slalom, se sont révélées contre-productives : selon une étude dirigée par le Dr Josef Kröll (Université d’Innsbruck), elles génèrent des altérations dans la flexion de la chaussure, augmentent le couple dans l’articulation du genou et favorisent les blessures par rotation.
À partir de la saison 2025/26, seuls les protège-tibias souples seront autorisés, non intégrés à la chaussure, sans design préformé ni renforts en plastique. Cette mesure vise à préserver à la fois la sécurité et la fonctionnalité technique du matériel.

Nouvelles normes pour les casques de ski, les fixations et les rayons

La FIS a également travaillé à la mise à jour des normes pour les casques de ski, dans le but de s’adapter aux dernières données sur l’absorption des chocs et la prévention des traumatismes crâniens. En outre, les systèmes de fixation réglages DIN et élasticité latérale) sont revus en fonction du type de discipline et de l’historique des blessures.
Par ailleurs, la révision éventuelle du rayon minimum des skis géants a été rediscutée, une mesure qui a suscité la controverse dans le passé, mais qui reste à l’ordre du jour scientifique comme moyen de limiter les angles extrêmes à l’origine des blessures au genou.

La FIS souligne que toutes ces décisions sont basées sur des données épidémiologiques et l’analyse de plus de 7.000 cas cliniques fournis par l’ISS. La surveillance du respect de ces nouvelles règles sera renforcée par des contrôles techniques avant chaque course et des sanctions progressives en cas de non-respect.

Vision et durabilité : le paradoxe de la FISI

Le Congrès de la FIS a tracé une feuille de route ambitieuse vers un écosystème des sports d’hiver plus équitable, plus sûr et plus durable, avec un fort soutien des fédérations nationales telles que la FFS, US Ski & Snowboard et même RFEDI. La FIS a dévoilé son FIS Impact Report 2024, publié le 3 juin, qui détaille sa stratégie climat et durabilité : près de 58 600 tCO₂e émises lors des événements de la saison 2023/24 (et plus de 524 000 tCO₂e en incluant les déplacements du public), avec un objectif de réduction des émissions de 50 % d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone en 2040.

Les mesures notables dans le domaine de l’environnement comprennent la mise en œuvre de l’outil de calcul du CO₂, la norme ISO 20121 obligatoire pour les championnats du monde à partir de 2027 et le lancement du guide SNOWBALL pour les événements durables. En outre, les calendriers sportifs sont repensés pour réduire les vols et les émissions, dans le but d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2040.

Sur le plan social, la FIS a renforcé son engagement en faveur de la protection des athlètes avec un nouveau kit d’outils de prévention et de formation obligatoires, y compris des protocoles contre les abus numériques en collaboration avec Signify Group. L’équipe de réfugiés de la FIS a également été lancée, avec l’ajout du premier athlète réfugié dans les disciplines d’hiver, et des initiatives telles que Snow Kidz sont promues pour intégrer les enfants vulnérables et déplacés dans le sport.

Au niveau de la gouvernance, une culture de coresponsabilité est promue de la base à l’élite, avec le renforcement du code d’éthique de la FIS, la création de forums de jeunes tels que Snowmorrow et le programme FIS Plus, qui finance des projets fédérateurs à vocation sociale et environnementale. Ces développements confirment une évolution des valeurs du ski moderne, qui cherche à s’adapter aux défis du 21ème siècle sans renoncer à son essence compétitive.

Au-delà des mesures concrètes, le Congrès de la FIS a laissé entrevoir une feuille de route claire : construire un écosystème des sports d’hiver plus équitable, plus sûr et plus durable. Cette vision, partagée et soutenue par des membres tels que la RFEDI – Real Federación Española Deportes de Invierno avec May Peus à sa tête, représente une évolution naturelle des valeurs que le ski doit défendre aujourd’hui.

Pour reprendre les termes des représentants du Conseil de la FIS : « L’avenir du ski se construit avec la coresponsabilité : de la base à l’élite, des athlètes aux organisateurs, en passant par les marques et les institutions ».

A ce stade, il convient de noter que la position des différentes fédérations nationales n’est pas la même. Par exemple, la Fédération française de ski (FFS) est l’une des plus engagées dans la feuille de route de la FIS. Elle a mis en œuvre des mesures concrètes, telles que la nomination d’un responsable du développement durable et une collaboration active à des initiatives telles que le calculateur de CO₂ promu par la FIS. Sa participation à des forums internationaux et sa volonté de conduire le changement en font un allié solide des nouvelles lignes directrices.

La Fédération américaine de ski et de snowboard a également montré des signes de soutien, notamment en termes d’environnement, par le biais de programmes de réduction des émissions et de campagnes éducatives dans le cadre de son initiative « Easy Green ». Toutefois, le degré de mise en œuvre est encore limité par rapport au modèle européen, ce qui témoigne d’un engagement réel mais encore en cours de développement.

Un paradoxe mérite toutefois d’être relevé. Moins d’un an avant les Jeux olympiques d’hiver de 2026 à Milan-Cortina, il est surprenant de constater le peu de visibilité – du moins publiquement et de manière structurée – des projets de durabilité, de sécurité ou d’innovation directement promus par la Federazione Italiana Sport Invernali (FISI). À l’heure où la FIS établit une feuille de route ambitieuse et où des fédérations telles que les fédérations française et espagnole sont activement impliquées, la position italienne est pour le moins discrète.

La FISI s’est largement concentrée sur les aspects purement compétitifs et logistiques des Jeux, déléguant une grande partie de l’attention environnementale et sociale à la Fondazione Milano Cortina 2026 (le comité d’organisation), qui a annoncé des actions importantes telles qu’une stratégie de durabilité alignée sur l’Agenda 2030 de l’ONU, la réduction des infrastructures permanentes (95 % des sites existants) ou l’inclusion de plans de mobilité durable et de gestion de l’énergie pour les sites olympiques.

Cependant, rien de tout cela n’émane directement de la FISI en tant qu’organe directeur du sport. Sauf erreur de notre rédaction, nous n’avons pas trouvé de programmes spécifiques lancés par la fédération italienne en matière de formation ou de sauvegardeéthique , d’utilisationde technologies de mesure de l’impact environnemental, de promotion de l’écologie populaire ou d’une approche sociale.

Ce contraste est non seulement frappant, mais pourrait avoir des conséquences en termes de réputation s’il n’est pas corrigé avant les Jeux. Dans le contexte actuel, où la gouvernance responsable et la durabilité sont des piliers incontournables du sport international, on s’attendrait à une plus grande proactivité de la FISI pour mener, ou au moins accompagner, la transformation que le CIO et la FIS promeuvent au niveau mondial.

Un nouveau cycle pour les sports d’hiver

Un vent de transformation souffle sur les sports d’hiver. Les récentes décisions entérinées par le Conseil et le Congrès de la FIS dessinent les contours d’un nouveau paradigme, où l’exigence de performance cohabite désormais avec un impératif de responsabilité. Il ne s’agit plus seulement de réglementer, mais de repenser en profondeur les fondements du ski et du snowboard de haut niveau. L’athlète y retrouve une place centrale, en tant que compétiteur, mais aussi en tant qu’acteur et bénéficiaire d’un système plus équitable, plus sûr et plus attentif à son environnement physique et mental.

Ce changement s’appuie sur des outils concrets : revalorisation des dotations financières, encadrement rigoureux des équipements, renforcement des normes de sécurité, engagements chiffrés pour la réduction des émissions de carbone. Ces mesures traduisent une volonté claire : faire évoluer les disciplines hivernales au rythme des enjeux contemporains, entre crise climatique, mutation des usages numériques et quête de sens des nouvelles générations.

Depuis I Love Ski et l’association I LOVE SKI, nous continuerons à accompagner cette transformation, en donnant de la visibilité aux avancées qui ont un impact direct sur la vie quotidienne des athlètes, sur la gestion des événements et sur l’expérience de ceux qui vivent et aiment les sports d’hiver.