Chaque année, alors que les derniers skieurs profitent des ultimes descentes printanières, une autre forme de mobilisation s’organise discrètement mais avec force et conviction sur les domaines skiables de France : « Le Dernier Planter de Bâton ». Cette initiative, lancée en 1996 par l’École du Ski Français (ESF), marque la fin de la saison hivernale et le début d’un engagement écologique devenu fondamental pour l’avenir de la montagne.

Une tradition devenue engagement national

Organisée chaque printemps, cette action fédératrice réunit les moniteurs et monitrices de ski de l’ESF, les célèbres « pulls rouges », ainsi que de nombreux acteurs locaux : communes, offices de tourisme, clubs de ski, exploitants de remontées mécaniques, habitants, vacanciers… Tous unis autour d’un même objectif : préserver l’environnement montagnard en collectant les déchets abandonnés sur les pistes à la fonte des neiges.

Cette opération ne se contente pas de nettoyer les domaines skiables. Elle s’inscrit désormais dans une démarche plus large : celle de la charte « Montagne Zéro Déchet Sauvage », portée par l’association Mountain Riders et signée par le Syndicat National des Moniteurs du Ski Français (SNMSF). Ensemble, ils visent un objectif ambitieux : zéro déchet sauvage en montagne à l’horizon 2030.

Affiche du "Dernier planter de bâton"
Affiche du « Dernier planter de bâton »

Des chiffres en nette progression pour l’opération « Dernier planter de bâton »

En 2024, les résultats ont été particulièrement impressionnants. 13 tonnes de déchets ont été ramassées dans le cadre de 52 opérations réparties sur les 4 grands massifs montagneux français. C’est deux fois plus qu’en 2023, preuve que la mobilisation prend de l’ampleur et que les enjeux écologiques sont pris très au sérieux par la communauté montagnarde.

Ce chiffre impressionnant s’explique par l’implication massive des écoles de ski, mais aussi par un travail de fond réalisé avec Mountain Riders, qui accompagne les ESF dans le tri et la caractérisation des déchets collectés. Grâce à cette analyse, l’association identifie les principaux polluants — notamment les mégots de cigarettes et les emballages alimentaires — et propose des solutions pour limiter leur présence à la source.

« Dernier planter de bâton » : un événement pédagogique et intergénérationnel

« Le Dernier Planter de Bâton » ne se résume pas à une simple journée de ramassage. Il s’agit également d’une action éducative et intergénérationnelle. Parents, enfants, touristes ou habitants permanents sont invités à se joindre aux équipes sur les pistes. Chacun peut ainsi participer activement à la protection de son environnement, dans un esprit convivial et solidaire.

Les ESF organisent également un challenge inter-écoles, destiné à encourager l’engagement de manière ludique. Les écoles sont évaluées sur leur participation, la quantité de déchets récoltés, et leur capacité à trier et analyser ces déchets. Durant l’opération du « Dernier planter de bâton » 2024, les écoles d’Auris-en-Oisans, Plagne Bellecôte, Font d’Urle et Val Cenis se sont distinguées par leur implication exemplaire.

Dernier planter de bâton à la Joue du Loup (c) Agence ZOOM
Dernier planter de bâton à la Joue du Loup (c) Agence ZOOM

Une ESF toujours plus engagée

L’École du Ski Français, qui fêtera ses 80 ans en 2025, est aujourd’hui bien plus qu’une institution d’enseignement du ski. Forte de ses 200 écoles réparties sur 5 massifs français et de ses 16 500 moniteurs, l’ESF joue un rôle central dans la préservation du milieu montagnard. En diffusant une culture de la montagne responsable et durable, les « pulls rouges » agissent comme ambassadeurs de l’écologie auprès du grand public.

À travers cette opération, l’ESF démontre que l’activité touristique hivernale peut et doit coexister avec le respect de la nature. En s’impliquant dans des actions concrètes et visibles, elle montre l’exemple à suivre pour toutes les professions liées à la montagne.

Vers une montagne propre et partagée

Alors que le réchauffement climatique et la surfréquentation fragilisent de plus en plus les milieux naturels, « Le Dernier Planter de Bâton » prend tout son sens. Il ne s’agit pas seulement de nettoyer, mais de changer les comportements, de sensibiliser, et de provoquer une prise de conscience collective.

Grâce à la force du collectif, à la régularité de l’action et à la collaboration entre associations, collectivités et citoyens, cette opération illustre un espoir tangible : celui de préserver une montagne propre, vivante et accueillante pour les générations futures.