Christian Frison-Roche est une figure emblématique du ski en France. Né à Beaufort, au cœur des Alpes, il a su transformer une carrière sportive interrompue prématurément par une opération cardiaque en un parcours exceptionnel au sein de la société Salomon. Pendant plus de 40 ans, il accompagne et soutient les plus grands champions du ski, participant activement au développement de matériel innovant et à l’émergence de nouvelles disciplines comme le ski-cross, qu’il contribue à introduire aux Jeux Olympiques.

Aujourd’hui maire de Beaufort, Christian Frison-Roche continue d’œuvrer quotidiennement pour la préservation et la valorisation de son territoire, animé par la conviction profonde que tradition et modernité peuvent harmonieusement coexister. Découvrez le parcours fascinant d’un homme qui, à travers une vie jalonnée de défis, d’accomplissements et de passions, incarne l’esprit de la montagne française.

Christian Frison-Roche, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Christian Frison-Roche : Je suis né à Beaufort, comme j’aime le dire, au coin de la cheminée, il y a maintenant 70 ans. Issu d’une famille nombreuse, je suis le sixième enfant d’une fratrie de onze. Mon père travaillait pour le département, plus précisément au sein de l’ancien service des Ponts et Chaussées, tandis que ma mère était entièrement dévouée à l’éducation de ses onze enfants. Après avoir suivi mes études primaires et secondaires à Beaufort, j’ai poursuivi mes études au lycée technique d’Ugine où j’ai obtenu mon baccalauréat technique.

Mon parcours professionnel commence par un bref passage à Paris dans un bureau d’études. Cependant, passionné de ski depuis toujours, je me consacre rapidement à ce sport, notamment au ski de fond où j’obtiens des résultats intéressants. À 18 ans, durant mon service militaire, un souffle au cœur m’est diagnostiqué, ce qui m’oblige à subir une opération à cœur ouvert à l’âge de 19 ans. Malgré cette épreuve, je reprends très rapidement une activité professionnelle intense en rejoignant le service des pistes à La Plagne.

Christian Frison-Roche
Georges Salomon (à gauche), Christian Frison-Roche et Pirmin Zurbriggen (Suisse) à Val d’Isère en 1986

En 1977, une opportunité majeure s’offre à moi : j’intègre la société Salomon comme technicien au bureau d’études, participant activement à la création des premières chaussures de ski alpin de la marque. Un an plus tard, je deviens technicien compétition. Mon parcours évolue rapidement : en 1984, je prends la responsabilité du secteur compétition alpine, puis dès 1986, je supervise les compétitions Alpines, Nordiques et Free. De 2000 à 2006, j’assume également la coordination du sport marketing, une période durant laquelle j’œuvre activement pour l’intégration du skicross en tant que discipline olympique auprès de la Fédération Internationale de Ski (FIS).

Parmi mes réalisations importantes chez Salomon figurent également le lancement des Cross Adventure, événements clés dans le développement de l’Outdoor. En 2006, je retourne à mes premières passions en devenant Directeur Compétition International Alpin. Durant ma carrière, j’ai eu le privilège de côtoyer des athlètes de renom et de vivre des moments mémorables tels que la première victoire en chaussure avec Marc Girardelli en 1983, les victoires historiques de Bjorn Daehlie et Vegard Ulvang aux JO d’Albertville en 1992, la médaille d’or olympique de Jean-Luc Crétier à Nagano en 1998, ou encore les médailles obtenues par Alexis Pinturault, Steve Missilier et Sandro Vilettalors aux Jeux Olympiques de Sotchi en 2014.

Parallèlement, j’ai représenté l’industrie du ski au sein des institutions sportives internationales telles que la FIS et la WFSGI, en occupant également le poste de trésorier de l’association des fournisseurs de matériel de ski de compétition (SRS). Depuis 2014, je suis président du Pool Français, fournisseur officiel des équipes de France Alpine et Nordique.

En 2003, j’ai obtenu un DESS en développement durable en territoire de montagne après une validation des acquis professionnels.

En complément de mes fonctions chez Salomon, je m’engage activement dans les instances sportives internationales, notamment auprès du Comité Olympique International et de la Fédération Internationale de Ski, représentant l’industrie du ski au sein du comité matériel.

Enfin, après une carrière riche et intense dans l’industrie du ski, je m’investis dans la vie politique locale et  suis élu maire de Beaufort en 2020. Mon mandat actuel s’inscrit dans la continuité de mon engagement pour un développement harmonieux, équilibré et durable de notre commune, préservant son authenticité tout en favorisant son attractivité et son dynamisme pour les générations à venir.

Christian Frison-Roche, quelles sont vos passions ?

Christian Frison-Roche : Mes passions reflètent en grande partie la vie que j’ai menée et sont profondément enracinées dans mes origines. Initialement, le ski nordique occupait une grande place dans ma vie, dès ma jeunesse.

Outre le ski, je dois mentionner la chasse, bien que ma vision de cette activité soit très personnelle et loin des clichés habituels. Pour moi, chasser n’a jamais été synonyme de recherche impérative d’un trophée ou d’un simple acte de chasse. Je pouvais rester assis sur une pierre pendant des heures, à observer la nature, à méditer et à me ressourcer en silence. La chasse était avant tout un moyen de retrouver ma famille, de renouer des liens avec mes frères et mes neveux dans un cadre naturel. Aujourd’hui, je continue à chasser occasionnellement, principalement pour maintenir cette tradition familiale et passer de bons moments avec mes proches.

Christian Frison-Roche
Christian Frison-Roche à son domicile – mars 2022

Par ailleurs, j’ai développé une véritable passion pour le bricolage. Pendant toute ma carrière, j’ai principalement travaillé intellectuellement, entre réunions, déplacements professionnels à travers le monde et gestion de projets complexes dans l’industrie du ski. Ainsi, pouvoir travailler de mes mains, notamment sur des rénovations ou l’entretien de mes gîtes à Beaufort, est devenu une source essentielle d’équilibre personnel. Cela me permet de décompresser et de concrétiser mes idées, en voyant immédiatement le fruit de mon travail physique. C’est un aspect important de mon équilibre personnel qui me permet de prendre du recul, de me détacher des pressions professionnelles et de me reconnecter à des choses simples et tangibles.

Enfin, je pourrais ajouter que j’ai toujours eu une passion particulière pour mon territoire natal, Beaufort, et pour le Beaufortain en général.

Quelles sont vos motivations ? Pourquoi vous levez-vous le matin?

Christian Frison-Roche : Ce qui me motive profondément chaque matin, c’est avant tout l’engagement et la responsabilité que j’ai vis-à-vis de la commune de Beaufort. En tant que maire, je suis conscient des attentes des habitants, et mon objectif quotidien est d’améliorer leur qualité de vie tout en protégeant ce cadre exceptionnel dans lequel nous avons la chance de vivre. La tâche n’est pas toujours aisée ; elle implique de nombreuses décisions difficiles et parfois impopulaires. Mais c’est précisément dans cette complexité que je puise une partie de ma motivation : la conviction de faire ce qui est juste et nécessaire pour notre territoire et ses habitants.

Par ailleurs, une motivation essentielle pour moi est d’aller au bout des projets que je commence. Je n’aime pas laisser les choses inachevées. Chaque matin, c’est cette volonté d’accomplissement qui me pousse à avancer, à surmonter les difficultés et à rechercher sans cesse le compromis nécessaire à la réalisation concrète des projets communaux et intercommunaux.

Vue générale d'Arêches-Beaufort en été - ®Paloma Striby
Vue générale d’Arêches-Beaufort en été – ®Paloma Striby

Je suis également motivé par la relation directe avec les habitants, la possibilité d’être à leur écoute, de comprendre leurs préoccupations et d’y répondre concrètement. C’est une forme de devoir moral qui me tient à cœur, une manière de rendre ce que ce territoire m’a offert depuis ma naissance.

Quelle est votre plus grande satisfaction ?

Christian Frison-Roche : Ma plus grande satisfaction, c’est d’avoir mené la vie que j’ai menée. Ayant été opéré du cœur à 19 ans, alors que quelques années auparavant j’étais un skieur de fond, j’ai pu passer de l’autre côté de la barrière à seulement 22 ans, en intégrant Salomon. Ce que je n’ai pas pu accomplir moi-même en tant qu’athlète, je l’ai vécu pleinement en accompagnant de nombreux skieurs à devenir les grands champions qu’ils sont aujourd’hui. Certains d’entre eux sont devenus des amis très proches, quasiment comme des membres de ma famille. Par exemple, Marc Girardelli est devenu le parrain de mon fils. Il a passé beaucoup de temps chez moi, à Beaufort, à apprendre le français et travailler à mes côtés au bureau. Nous avions seulement huit ans d’écart, et pourtant, c’était comme un frère pour moi.

Christian Frison-Roche avec Marc Girardelli
Christian Frison-Roche avec Marc Girardelli

Au-delà des succès sportifs, j’ai été très fier d’avoir pu assister à l’évolution spectaculaire de Salomon, passant d’une entreprise familiale dirigée par François Salomon à un groupe international reconnu dans le secteur. Parmi mes plus beaux souvenirs figurent aussi mes premiers Jeux Olympiques à Lake Placid en 1980, les victoires marquantes de Franck picard, Carole Merle, Florence Masnada et les doublés historiques lors des Championnats du Monde de Marioka en 1993 et de Vail en 2015. Avoir pu contribuer à ces grandes réussites et à toutes ces expériences humaines et professionnelles est une véritable leçon de vie.

Avoir pu contribuer à la réussite de ces athlètes et vivre toutes ces expériences humaines et professionnelles est une véritable leçon de vie. C’est vraiment ce que je retiens comme la plus grande satisfaction de mon parcours.

Christian Frison-Roche, avez-vous des regrets aujourd’hui ?

Christian Frison-Roche : Honnêtement, je n’ai pas vraiment de regret. J’ai eu énormément de chance dans ma vie, surtout compte tenu d’où je viens, d’une famille de onze enfants. J’ai pu réaliser beaucoup de choses sur le plan professionnel et personnel, et j’ai aujourd’hui une belle famille avec trois enfants. J’ai vécu pleinement mon parcours, voyagé partout dans le monde, rencontré des personnes extraordinaires, et accompagné des champions exceptionnels. Donc non, je ne ressens aucun regret particulier ; au contraire, je suis très reconnaissant pour tout ce que j’ai pu vivre et accomplir.

Christian Frison-Roche et Blanca Fernandez Ochoa
Christian Frison-Roche et Blanca Fernandez Ochoa en 1984

Si vous aviez une liste de trois vœux pour la montagne, quels seraient-ils ?

Christian Frison-Roche : Tout d’abord, mon premier vœu serait que la montagne reste telle qu’elle est aujourd’hui. Il faut absolument préserver son authenticité, protéger ce patrimoine naturel exceptionnel, sans céder à une folie des grandeurs. Je pense qu’on peut parfaitement concilier modernisation et préservation de notre territoire.

Ensuite, mon deuxième vœu concerne l’équilibre entre les activités traditionnelles comme le pastoralisme, l’agriculture, avec notamment l’exploitation du Beaufort, et le tourisme qui fait vivre notre région hiver comme été. Il est essentiel de maintenir ces deux poumons économiques, sans jamais sacrifier l’un au profit de l’autre.

Enfin, mon troisième vœu serait de réussir à garder nos jeunes ici, dans le Beaufortain. Cela signifie leur offrir des perspectives d’avenir, préserver l’emploi local, et continuer à développer les infrastructures nécessaires tout en respectant notre environnement. Voir autant de jeunes reprendre les exploitations familiales ou s’investir dans des métiers manuels ici est une véritable chance qu’il faut préserver à tout prix.

Comment voyez-vous la suite ?

Christian Frison-Roche: Pour la suite, je n’ai pas encore pris de décision définitive. À la fin de mon mandat de maire en 2026, j’aurai 71 ans, et j’avais toujours dit que si je n’étais pas réélu, ou si je ne souhaitais pas poursuivre, je prendrais mon sac à dos pour refaire un tour du monde, aller voir mes copains un peu partout : au Japon, aux États-Unis, en Amérique du Sud, tous ces endroits où j’ai noué des amitiés durant ma carrière. J’ai beaucoup voyagé professionnellement, mais souvent je n’ai vu que des aéroports, des hôtels et des pistes de ski. Aujourd’hui, j’aimerais vraiment en profiter autrement.

Christian Frison-Roche
Christian Frison-Roche

Mais d’un autre côté, il y a les Jeux Olympiques de 2030 qui se profilent. Compte tenu de mon expérience dans l’organisation de grands événements sportifs internationaux, cela pourrait m’intéresser. Toutefois, je suis conscient du niveau d’engagement, de stress et des responsabilités que cela implique.

Donc, pour être honnête, je n’ai pas encore décidé clairement de ce que je ferai après la mairie. Peut-être voyager tranquillement pour revoir mes amis à travers le monde, ou bien éventuellement participer à la préparation des Jeux Olympiques, si l’opportunité se présente. Mais rien n’est encore fixé pour l’instant.