Nicolas Suanez, dameur à Valloire, est devenu une véritable star sur TikTok sous le pseudonyme « Nicosuan ». Avec plus de 155 000 abonnés et des vidéos cumulant plus de 3 millions de vues, il partage son quotidien au volant de sa dameuse, dès la tombée de la nuit. Ses vidéos montrent la beauté des paysages montagnards, comme des couchers et levers de soleil sur les pistes, tout en révélant les coulisses du métier de dameur, un travail souvent méconnu mais crucial pour les stations de ski. Il fait régulièrement des lives depuis sa dameuse, répondant en direct aux questions de sa communauté sur des aspects techniques et ses expériences professionnelles. Ses vidéos captivantes attirent autant les curieux que les passionnés de montagne.

Nous sommes partis à la rencontre de Nicolas, ce professionnel qui travaille essentiellement de nuit, loin des regards des skieurs, dans un environnement isolé, à l’intérieur d’une cabine d’une machine ultra puissante.

De l’ombre à la lumière

Le travail de damage, bien que crucial pour la qualité des pistes, passe souvent inaperçu, Contrairement à d’autres métiers de la montagne, le rôle du dameur est rarement mis en avant sur les réseaux sociaux, où le spectaculaire et l’immédiat sont souvent privilégiés. Nicolas revient avec nous sur la genèse de ses publications sur TkTok qui dévoilent des aspects techniques de son travail, mais aussi des moments du quotidien, de manière authentique et pédagogique.

Profil de Nicolas Suanez sur TikTok

Nicolas, qu’est-ce qui vous a motivé à partager votre quotidien de dameur sur TikTok, et comment avez-vous commencé ?

Nicolas Suanez : « J’ai 33 ans et je suis originaire de l’Ariège dans les Pyrénées. J’ai passé 20 ans dans les Alpes et je suis issu du milieu de la montagne. J’ai commencé à faire des vidéos assez simplement pendant le confinement, mais à l’époque, ce n’était pas sur le damage des pistes, c’était plutôt sur d’autres sujets, notamment les centrales électriques. Ensuite, je me suis dit que ce serait intéressant de partager mon métier, celui de dameur en montagne, et de faire découvrir cet univers que l’on ne voit pas forcément, car tout se passe la nuit.

Nicolas Suanez sur la station de Valloire

Les clients ne voient que des lumières, des machines dans la nuit, mais ils ne savent pas réellement ce qui se passe, ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons, avec quels moyens et quelles convictions. Mon but en partageant ces vidéos était vraiment de faire découvrir tout ça, en direct depuis la cabine, pour montrer le travail en temps réel. »

La démarche de Nicolas Suanez contribue à démystifier un métier souvent perçu comme purement technique et met en lumière une profession de l’ombre, essentielle au bon fonctionnement des stations de ski.

Nicolas, quels sont les aspects techniques les plus méconnus de votre métier que vous aimez mettre en avant dans vos vidéos ?

Nicolas Suanez : « J’ai souvent des questions très techniques sur la puissance des engins, le treuil ou encore la longueur du câble. En ce qui me concerne, je travaille avec une machine équipée d’un treuil, essentiel pour l’entretien des pistes rouges et noires. Ce dispositif permet à la machine d’avoir une bonne adhérence, et je me rends compte que cela intrigue beaucoup de gens.

Un autre aspect que j’aime mettre en avant, c’est la gestion de la neige. Quand les skieurs arrivent le matin, ils voient des pistes parfaitement lisses, mais derrière cette apparente simplicité, il y a un gros travail de réorganisation de la neige, effectué principalement la nuit. En fonction de l’usure des pistes, nous devons déplacer la neige pour la repositionner dans des endroits stratégiques, notamment là où les skieurs ont le plus usé la surface.

Ce travail est facilité par des technologies comme les GPS, qui équipent désormais nos machines et qui nous permettent de mesurer la hauteur de neige avec une précision de quelques centimètres. Grâce à ces outils, nous pouvons redistribuer la neige là où elle est le plus nécessaire. C’est un processus complexe, mais essentiel pour offrir des pistes en parfait état chaque matin, même si tout cela reste invisible pour la plupart des skieurs ».

Des lives en direct de sa dameuse

Le fait qu’un professionnel de ce secteur ait réussi à attirer l’attention de plus de 147.000 abonnés montre l’immense curiosité que suscite cette activité lorsqu’elle est bien mise en scène.

Nicolas, comment faites-vous pour gérer les lives sur TikTok tout en restant concentré sur le travail de la dameuse ?

Nicolas Suanez : « Pour gérer les lives sur TikTok tout en restant concentré sur mon travail de dameur, j’utilise un support de téléphone de la marque Quad Lock, un équipement spécialisé qui se fixe parfaitement dans la cabine de ma machine. En général, je place le téléphone sur le côté, derrière moi, de manière à pouvoir filmer la partie avant de la dameuse tout en continuant à travailler sans être distrait.

Posts de Nicolas Suanez sur TikTok

Lorsque je lance un live, le téléphone fonctionne de manière autonome. Par moments, je jette un coup d’œil à l’écran pour lire les commentaires et répondre aux questions que l’on me pose. J’explique alors ce que je fais, tout en restant concentré sur mes tâches. Le système me permet de partager en temps réel ce que je vis, sans que cela n’interfère avec mon travail. En fait, je continue de travailler comme si le téléphone n’était pas là. Cela me permet d’offrir une expérience immersive aux spectateurs tout en restant pleinement engagé dans mes missions ».

Quel a été l’impact de votre popularité sur TikTok, aussi bien au niveau personnel que professionnel ?

Nicolas Suanez : « L’impact de ma popularité sur TikTok a été assez important, à la fois sur le plan personnel et professionnel. D’un côté, j’entends régulièrement parler de mes vidéos, que ce soit au sein des stations ou en dehors, même en dehors de la saison d’hiver. Par exemple, il y a deux ans, France 3 est venue faire un reportage dans ma machine, et j’ai également été invité en studio à Grenoble pour une interview. D’autres médias, comme Le Dauphiné Libéré et France Bleu, ont également relayé mon parcours, et même le journal local d’Ariège a repris ces articles, car cela les intéressait de parler d’un « enfant du pays ».

 Sur le plan professionnel, mes collègues me reconnaissent souvent à travers mes vidéos, et certains me disent : « Ah, c’est toi, Nico, celui qui fait des vidéos sur TikTok ! ». Cela crée des échanges sympas et me permet d’avoir des retours positifs sur mon travail. Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils apprécient la manière dont j’explique mon métier, et certains estiment qu’ils ne pourraient pas faire ce que je fais, notamment gérer les lives tout en travaillant. Cela me fait toujours plaisir de savoir que mon contenu suscite de l’intérêt.

En même temps, cela valorise aussi les autres professionnels de la montagne, car mes vidéos permettent de faire découvrir un métier souvent méconnu. Cela crée une sorte de reconnaissance collective, ce qui est très gratifiant pour moi et pour mes collègues ».

Avez-vous reçu des retours de jeunes qui se sont intéressés au métier de dameur grâce à vos vidéos ?

Nicolas Suanez : « J’ai reçu énormément de retours de jeunes qui se sont intéressés au métier de dameur grâce à mes vidéos. Beaucoup m’ont contacté en message privé, que ce soit via TikTok ou d’autres plateformes comme Facebook. Ils me posent souvent des questions sur la manière de se lancer dans ce métier : quelles études suivre, quelle orientation choisir, et comment s’y prendre pour débuter.

En l’espace de deux ans, j’ai dû répondre à environ 150 à 200 demandes de ce genre. C’est toujours un plaisir de voir que mon travail suscite autant d’intérêt et permet de faire découvrir cette profession. Cela me donne l’occasion d’aiguiller ces jeunes, de leur expliquer les étapes à suivre, et de leur donner des conseils concrets. Il faut comprendre que ce métier est très particulier, et les places sont rares. Nous ne sommes qu’un peu plus de 400 dameurs en France, et chaque année, très peu de postes se libèrent.

Post de Nicolas Suanez sur TikTok et commentaires des utilisateurs de la plateforme

Je leur explique donc qu’il faut persévérer, envoyer des CV et des lettres de motivation régulièrement à différentes stations, et surtout ne pas se décourager si les réponses positives tardent à arriver. Cela peut prendre un an ou deux, mais avec de la détermination, c’est possible. C’est gratifiant pour moi de pouvoir partager mon expérience et de motiver la prochaine génération à poursuivre une carrière dans ce métier passionnant, mais exigeant ».

Comment envisagez-vous l’avenir de votre contenu sur TikTok et son rôle dans la promotion des métiers de la montagne ?

Nicolas Suanez : « Pour l’avenir de mon contenu sur TikTok, je compte continuer dans la même direction, en mettant en avant ce qui se passe la nuit sur les pistes, tout en présentant davantage de facettes des métiers de la montagne. J’avais déjà l’idée l’hiver dernier de diversifier un peu mon contenu, mais je ne l’ai pas encore réalisée. J’aimerais faire découvrir d’autres métiers, comme celui des pisteurs ou des techniciens des remontées mécaniques. Mon objectif est de proposer une sorte de « journée immersive » avec eux, afin de montrer des aspects du travail en montagne que les gens ne voient pas forcément.

Nicolas Suanez sur la station de Valloire

Bien sûr, mon contenu restera principalement centré sur le damage des pistes, car c’est ce qui constitue l’essence de mon compte. Mais je tiens à rappeler que nous ne sommes pas seuls à travailler sur la neige : les pisteurs, les équipes des remontées mécaniques et bien d’autres personnes jouent un rôle clé dans la gestion d’un domaine skiable. Ces métiers, tout comme celui des nivoculteurs, souvent oubliés, méritent d’être mis en lumière. Ils travaillent souvent de nuit, comme nous, dans l’ombre, et leur contribution est essentielle au bon fonctionnement des stations ».

J’aimerais aussi sensibiliser à l’impact environnemental de ces métiers, notamment en expliquant le cycle de l’eau et la manière dont la production de neige est gérée. En continuant à capitaliser sur ma notoriété, je souhaite non seulement partager mon métier, mais aussi valoriser tous ces acteurs de l’ombre qui rendent possible l’expérience des skieurs chaque jour ».

Ce qui rend la situation de Nicolas particulièrement unique, c’est la manière dont elle brouille les frontières entre le monde traditionnel de la montagne et la modernité des réseaux sociaux. Historiquement, les métiers de la montagne, comme celui de dameur, sont souvent associés à la discrétion, à un savoir-faire technique en retrait et à un environnement loin des projecteurs. En transformant son quotidien en contenu attrayant sur TikTok, Nicolas Suanez sort de l’ombre pour devenir un véritable ambassadeur de la montagne. Il ne se contente plus de préparer les pistes la nuit, il valorise et fait découvrir son métier à une large audience, rendant visible une profession habituellement invisible pour le grand public.

En faisant la lumière sur son métier plutôt méconnu, il contribue au prestige à toute une filière, ouvrant la voie à une reconnaissance nouvelle des métiers de la montagne dans l’espace digital.