Isabelle Bouleau, nouvelle présidente du Cluster Montagne, aborde ce rôle avec une vision résolument tournée vers l’avenir, avec 30 années d’expérience dans ce secteur en constante évolution. Entre l’importance de l’intelligence collective, l’accompagnement des entreprises dans leur transition technologique et environnementale, et la volonté de renforcer la collaboration entre les territoires, Isabelle Bouleau partage dans cette interview exclusive ses ambitions pour l’écosystème montagnard français. Elle évoque les défis à venir, les opportunités d’innovation, ainsi que l’héritage qu’elle souhaite laisser, tout en mettant en lumière l’importance de maintenir une approche durable et collaborative à l’horizon 2030
Isabelle BOULEAU, vous prenez la tête du Cluster Montagne après un parcours riche dans l’industrie de la montagne. Qu’est-ce qui vous a motivée à accepter cette nouvelle fonction ?
Isabelle Bouleau : Ce qui m’a réellement motivée, c’est le collectif. J’y tiens énormément. Cette décision s’inscrit dans une continuité, ayant participé aux deux précédentes mandatures, et en lien avec la vision et les actions du Cluster Montagne.
Cette démarche s’aligne aussi avec le positionnement de mon entreprise, qui me permet de dégager du temps pour m’investir dans ce nouveau rôle.
Le collectif et la force qu’il représente sont des éléments qui m’inspirent profondément.
Je ne savais pas si j’étais prête à assumer ce rôle. Il y a aussi, une touche féminine dans cette réflexion, ce « syndrome de l’imposteur » que l’on ressent parfois : suis-je à la hauteur ? Mais avec humilité, je me suis dit : pourquoi pas ? Après plus de 30 ans à travailler en montagne, j’ai acquis une certaine vision, non seulement personnelle mais aussi orientée vers mes clients et la manière dont les choses évoluent. J’ai vu la montagne se transformer, que ce soit dans les pratiques ou dans la manière de promouvoir nos activités.
J’ai également la chance d’être bien entourée, avec une équipe formidable de VP et opérationnelle, qui sont toujours à mes côtés. Une équipe d’experts et très motivés avec une volonté partagée d’être plus disruptifs afin de travailler davantage sur la transversalité des sujets. Tous les enjeux sont aujourd’hui interconnectés, et il est crucial que cela se reflète dans notre approche.
Nous avons fait un travail en profondeur sur notre raison d’être et nos ambitions, et nos missions. Nous sommes maintenant dans la mise en oeuvre de notre feuille de route. Il est essentiel de continuer à avancer, éviter les effets d’annonce pour ne pas décevoir. C’est pourquoi, les actions doivent être mises en œuvre rapidement et efficacement.
Vous succédez à une présidence marquée par de nombreux projets de transformation. Quelle empreinte personnelle souhaitez-vous laisser sur l’avenir du Cluster Montagne ?
Isabelle Bouleau : Ce que j’aimerais beaucoup, c’est que nous développions une vision plus large et nationale de la montagne. Très souvent, lorsqu’on parle de la montagne, on pense principalement aux Alpes, mais la France a la chance d’avoir une incroyable diversité de territoires et d’acteurs. C’est ce qui fait véritablement notre richesse.

Je n’ai pas d’ambition personnelle à laisser une empreinte spécifique, mais je souhaite plutôt encourager un esprit collectif, basé sur l’intelligence collective. Mon ambition est que le Cluster devienne un acteur, un lieu de connexion pour tous les territoires, entreprises, innovations et savoirs. Nous devons élargir notre vision de l’écosystème montagnard, en dépassant les seules préoccupations liées à l’aménagement pour inclure la vie en montagne, les habitants, et les industries locales. La montagne ne se résume pas qu’au tourisme.
Nous vivons une époque fascinante, nous sommes à un tournant. Même si cela peut être anxiogène pour certains, cela ouvre aussi le champ à de nombreuses innovations et opportunités.
En termes d’objectifs, le Cluster a établi une nouvelle feuille de route avec quatre missions principales : connecter, inspirer, valoriser et accompagner.
Ces missions reflètent l’ADN historique du Cluster, qui visent : à animer notre réseaux d’entrepreneur, à favoriser les collaborations en France et à l’international; à comprendre les tendances et porter une vison prospective en acculturant les acteurs de notre écosystème aux enjeux de transitions; à promouvoir les bonnes pratiques et les innovations et les métiers de notre filière économique et enfin faire émerger les nouveaux projets, favoriser les transitions sociale et environnementales et soutenir l’emploi et l’évolution de nos métiers.Notre priorité est de connecter ces éléments entre eux de manière concrète, avec des résultats tangibles pour nos adhérents et l’ensemble de notre écosystème. Il est essentiel d’être à l’écoute de notre réseau et de nos membres afin de concentrer nos efforts, il faudra peut-être renoncer pour être plus efficaces. L’une de nos forces est notre capacité à être dans l’action, et c’est exactement ce que nous comptons faire.
L’innovation technologique est essentielle dans la transformation de la montagne. Pouvez-vous nous parler des projets ou partenariats que le Cluster Montagne envisage pour moderniser les infrastructures tout en respectant l’environnement ?
Isabelle Bouleau : L’innovation au sein du Cluster Montagne revêt plusieurs dimensions. Tout d’abord, chaque membre propose et développe sa propre innovation. Nous considérons que l’innovation ne se limite pas à la technologie ou aux aspects purement techniques, mais englobe une diversité de solutions. Cette diversité est d’ailleurs l’une de nos forces, nos membres sont tous des experts dans leur domaine et cela permet l’évolution de l’écosystème montagnard et le développement d’une filière d’excellence.
Le Cluster Montagne joue un rôle d’accompagnement de nos entreprises ou des start-ups. Nous travaillons à l’émergence de nouveaux projets en lançant régulièrement des appels à projets, nous permettant de détecter de nouvelles pépites. En soutenant le développement des entreprises nous allons plus loin dans les innovantes. Pour cela nous travaillons également avec « des territoires d’innovation » afin de tester et de mettre en oeuvre de nouvelles idées in situ. Cette collaboration entre entreprises et territoires permet d’accélérer les collaboration et les innovations.
Bien que le Cluster ne soit pas lui-même un incubateur, nous offrons un cadre favorable en lien avec nos partenaires.

Cependant, l’innovation n’est pas uniquement technique. Elle peut aussi être intellectuelle, relevant de la prospective. Cette approche consiste à réfléchir collectivement à l’avenir de nos territoires et à envisager, avec humilité, ce à quoi ‘demain’ pourrait ressembler. Nous intégrons toutes ces réflexions dans notre cahier des tendances. Nous avons la chance de travailler étroite collaboration notre partenaire Crédit Agricole des Savoie, qui dispose également d’un observatoire spécialisé dans l’analyse de bon nombre de données, étayant nos réflexions prospectives. Ce travail commun aboutit souvent à des idées ou des innovations concrètes, que les entreprises peuvent ensuite s’approprier.
Il ne s’agit pas d’une seule innovation, mais bien d’un ensemble d’innovations, issues de la collaboration entre les acteurs de notre écosystème.
Le Cluster Montagne joue un rôle clé dans la promotion du savoir-faire français à l’international. Quelles sont vos priorités en matière de développement international ?
Isabelle Bouleau : En raison de la pandémie de COVID, nous avons tous beaucoup moins voyagé ces dernières années. Nous avons davantage concentré nos efforts sur le marché français. Cette demande de rester sur le territoire national est également venue de nos adhérents. Nous avons donc développé des initiatives plus ciblées sur nos massifs français, avec « les journées terrain » et « les rencontres massifs », afin de mieux connaitre et découvrir ce qui se passe sur nos territoires au-delà des Alpes. Bien sûr, nous n’avons jamais délaissé l’international, nous sommes tournés vers nos voisins européens, plus proches. Ce sont aujourd’hui des marchés dynamiques avec de nombreuses opportunités.
Un peu plus loin, le marché nord américain, est en pleine expansion, avec une activité particulièrement intense. Nous y avons mené des missions de benchmark pour suivre l’évolution du marché et qui nous permettent de rester connectés avec les acteurs clés. Il est essentiel pour nous de conserver notre réseau international, résultat d’un travail historique et conséquent mené par toute l’équipe du Cluster. Promouvoir le savoir-faire français à l’étranger fait partie intégrante de notre ADN.
La France est sans conteste un acteur mondial majeur dans le domaine de la montagne touristique. Mais nous devons rester vigilants, être à l’affût des nouvelles technologies, des évolutions des marchés internationaux et des innovations développées dans d’autres pays. Ces marchés évoluent et il est crucial d’adapter nos offres en conséquence.
C’est tout le travail mené par le Cluster Montagne avec nos délégations à l’étranger, et en retour, avec l ‘accueil de délégations internationales comme lors d’événements comme Montain Planet. Grâce à nos entreprises, nous jouissons aujourd’hui d’une présence mondiale forte. C’est grâce à leur expertise que nous pouvons continuer à exporter notre savoir-faire et le mettre en œuvre à l’échelle internationale.
En vous projetant dans quelques années, quel héritage souhaitez-vous laisser en tant que présidente du Cluster Montagne, et comment imaginez-vous l’évolution de l’écosystème montagnard français à l’horizon 2030 ?
Isabelle Bouleau : C’est une question difficile ! J’aimerais bien avoir une boule de cristal. Nous vivons actuellement une période unique, à la croisée des chemins, où tout semble possible tout en étant freiné par de nombreux obstacles.

De mon point de vue, il faut être visionnaire, comme l’étaient les pionniers de la montagne. Il faut se dire que tout est possible, mais en encadrant cela par des préoccupations environnementales, sociétales et politiques. Nous devons être forces de proposition pour nos territoires et nos décideurs, et également jouer un rôle clé dans la mise en œuvre d’actions concrètes. L’entrepreneuriat, dans notre secteur et dans d’autres, sera un moteur essentiel pour façonner la société de demain, et il est crucial de ne pas avoir peur de tracer de nouvelles voies.
Nous sommes face à des enjeux immenses, il y a de grandes attentes autour d’un modèle précis qui, pour l’instant, n’a pas de solution évidente. Comment transformer ce modèle ? C’est un défi à la fois sociétal et politique, et cela nécessitera de travailler main dans la main avec tous les acteurs concernés.
Une perspective excitante pour 2030 est la candidature française aux Jeux Olympiques d’hiver. Tout le monde est très fier de cette candidature.
La montagne, avec un grand ‘M’, représente des défis variés et complexes. Mais je reste optimiste quant à la capacité de l’Humain à surmonter ces défis, même si parfois les actualités nous montrent le contraire.
Je crois en la résilience de l’Homme, et je suis convaincue que nous réussirons.
Nous vivons une nouvelle révolution, il est important de bien en avoir conscience. Certains continueront à évoluer à un rythme plus lent, tandis que d’autres iront beaucoup plus vite. Il nous faudra trouver la bonne articulation entre ces dynamiques. Nous avons beaucoup à apprendre d’autres secteurs d’activités, d’autres formes de tourisme et d’autres pays qui ont su transformer des contraintes en forces.
Cela dit, le temps presse. Il est crucial d’avancer rapidement, mais en prenant aussi le temps nécessaire pour bien faire les choses. C’est cette tension entre urgence et réflexion qui rend la période complexe, mais aussi excitante. Nous devons travailler étroitement avec nos politiques et nos territoires pour leur insuffler notre vision, notre expertise, et surtout, proposer des solutions positives.
Dans les années à venir, je souhaite que nous continuions à accompagner et à rassembler les différents acteurs de la montagne. Le Cluster Montagne est là pour montrer tout ce que nous pouvons accomplir ensemble, en mettant en avant notre savoir-faire, nos entrepreneurs et nos territoires.
Je suis très optimiste quant à l’avenir, et je suis convaincue que nous avons les moyens de relever ces défis avec succès.

























