Directeur du domaine skiable de La Rosière depuis une décennie, Jean Regaldo nous partage, au fil de cette interview, son parcours, ses passions profondes et ses réflexions sur l’avenir des stations de ski. Homme de terrain et de défis, il incarne une vision moderne et engagée de la montagne. Il revient sur les grands moments de sa carrière, son amour pour la montagne en toutes saisons et sa conviction que la montagne doit évoluer pour rester vivante et durable tout au long de l’année.
Découvrez dans cet entretien exclusif un professionnel optimiste, passionné, animé par la dynamique humaine, la préservation de l’environnement, et une profonde volonté de faire rayonner la montagne sur les scènes nationale et internationale.
Jean REGALDO, pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Quelle a été votre formation, votre parcours personnel pour arriver là où vous êtes aujourd’hui ?
Jean Regaldo : J’ai 44 ans et je suis directeur du domaine skiable de La Rosière depuis maintenant dix ans. Avant cela, j’ai débuté ma carrière professionnelle dans le secteur du BTP (bâtiment et travaux publics), où j’ai travaillé pendant plusieurs années. Concernant mon parcours personnel, je suis né à Paris par le hasard des choses, mais je n’ai jamais réellement eu de lieu d’attache fixe. J’ai suivi les migrations professionnelles de ma famille à travers toute la France pendant mon enfance et j’ai effectué mes études d’ingénieur à Paris, à l’école ESTP, avant de débuter ma carrière dans le BTP, d’abord à Paris puis en Haute-Savoie.

Cela fait maintenant près de vingt ans que je vis en Pays de Savoie. De plus, je suis gérant de la filiale du domaine skiable, qui exploite notamment le golf de La Rosière ainsi qu’un restaurant d’altitude situé sur le golf. En parallèle de mes responsabilités actuelles, je suis également accompagnateur en moyenne montagne, bien que je n’exerce pas cette activité.
En complément de mes fonctions à La Rosière, je suis également membre du comité directeur de Domaines Skiables de France (DSF), depuis le congrès de Reims d’octobre 2024. Nous avons récemment créé un pôle RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) au sein de DSF, dirigée par Alexandre Merlin, qui occupe le poste de vice-président. Ce pôle se divise en trois commissions : Environnement, Solidarité et SST (Sécurité et Santé au Travail). Je serai en charge de présider la commission Environnement, qui traite de toutes les problématiques liées à l’aménagement durable des stations de ski.
Quelles sont vos passions ?
Jean Regaldo : Ma première passion, c’est bien sûr la montagne, en toutes saisons. Que ce soit en hiver ou en été, la montagne occupe une place centrale dans ma vie. Le ski, évidemment, est une composante essentielle de cette passion, et c’est d’ailleurs ce qui m’a conduit à exercer ce métier. Mais ma relation avec la montagne va bien au-delà du ski, car je la vis intensément tout au long de l’année.

Depuis quelques années, une autre de mes passions s’est intensifiée : le vélo. Cela ne se limite pas forcément à la montagne, mais c’est une activité qui complète bien mon mode de vie. Ces deux passions, la montagne et le sport, définissent une grande partie de mon quotidien.

En dehors du sport, j’ai aussi d’autres centres d’intérêt. La musique fait partie intégrante de ma vie, ainsi que la lecture. J’ai une belle collection de livres consacrés à la montagne, ce qui me permet de faire un lien entre plusieurs de mes passions.
Jean Regaldo, quelles sont vos principales motivations, pourquoi vous levez-vous le matin ?
Jean Regaldo : Il y a des matins où l’on se dit que l’on a beaucoup de chance de pouvoir évoluer dans un tel cadre professionnel, au sein d’un domaine skiable. Mais ce qui me motive encore davantage, c’est l’animation d’une équipe. En tant que directeur, il est extrêmement gratifiant de voir que l’on peut, tel un chef d’orchestre, guider collectivement une équipe vers un objectif commun, des résultats concrets, et des actions coordonnées.
La plus grande satisfaction vient de ce travail d’équipe, de l’ambiance que l’on réussit à créer, et de la mise en place d’espaces de travail collaboratif. Lorsque l’on voit le résultat final de tous ces efforts, on sait que l’on a accompli quelque chose d’important. Ce qui me motive au quotidien, c’est de croiser mes collègues le matin, de les aider à résoudre les problématiques qu’ils rencontrent, de les challenger sur de nouveaux objectifs. C’est cette dynamique humaine qui m’anime.

Je pense que sans cette relation humaine, je ne pourrais pas me contenter de travailler seul. Je ne pourrais pas être indépendant, croisant uniquement des clients ou des fournisseurs. J’ai besoin de collaborer avec une équipe qui partage les mêmes objectifs. Pour moi, la vie en entreprise et le management ressemblent beaucoup au sport collectif. Je me lève chaque matin avec l’idée d’animer une équipe, un peu comme un entraîneur de sport collectif, pour atteindre un objectif précis. C’est peut-être plus complexe que simplement gagner un match, mais c’est ce qui me pousse à avancer.
Quelle est votre plus grande satisfaction ?
Jean Regaldo : Au-delà du travail en lui-même, une de mes plus grandes satisfactions est d’avoir un environnement de travail extraordinaire. Mais si je devais en citer une en particulier, ce serait l’inauguration du Mont Valaisan. C’est un moment fort, marquant à la fois pour moi et pour La Rosière. Cette extension a permis d’atteindre un point culminant à 2800 mètres, ouvrant une nouvelle partie du domaine skiable, un projet inscrit dans les plans de la station depuis sa création. Ce projet s’est concrétisé alors que j’étais en poste, et même si je ne peux pas en revendiquer la pleine responsabilité, loin s’en faut, c’était un événement d’une grande portée, dépassant le simple cadre du domaine skiable. C’était véritablement un projet de station dans son ensemble.

Professionnellement, il y aura bien d’autres moments marquants, mais celui-ci restera particulier pour moi. Sur le plan personnel, c’est plus difficile de pointer des moments précis. Ma plus grande satisfaction est de parvenir à construire les vies personnelle et professionnelle qui me permettent d’être aligné avec moi-même. Vivre de et autour de ses passions est un énorme accomplissement.
Avez-vous des regrets ?
Jean Regaldo : De manière générale, je n’ai pas beaucoup de regrets, car je considère que les échecs sont une source d’apprentissage. Ils permettent de s’améliorer, et c’est souvent à travers ces expériences que l’on s’enrichit. Je ne vis donc pas un échec comme un échec pur, mais plutôt comme une opportunité d’apprentissage.
Cependant, à titre professionnel, il y a un regret qui me vient à l’esprit : l’année blanche due à la pandémie. Je ne comprends toujours pas comment nous avons pu en arriver à fermer les stations un hiver entier. Cette période a été extrêmement difficile pour notre profession et pour l’entreprise, et c’est quelque chose que je regrette profondément.

Sur le plan personnel, mon regret serait sans doute lié au temps qui passe. Je me rends compte qu’il y a des projets d’aventures sportives ou de voyages pour découvrir les montagnes des 4 coins du globe que je rêvais de réaliser et que, par manque de temps, ils deviennent de plus en plus difficiles à concrétiser. À 44 ans, dans un contexte professionnel intense, certains de ces projets, comme des voyages autour du monde ou des aventures telles que la traversée des Pyrénées (HRP), semblent de plus en plus hors de portée. Ce n’est jamais totalement impossible, mais je sais que je n’aurai probablement pas l’occasion de tous les accomplir. Tous ces rêves de voyages lointains, qui resteront inaccomplis, ne seraient de toute façon pas forcément compatibles avec ma volonté personnelle de contenir au mieux mon empreinte carbone.
Si vous aviez une liste de trois vœux pour la montagne, quels seraient-ils ?
Jean Regaldo : Mon premier vœu pour la montagne serait de voir des vallées plus vivantes tout au long de l’année. Aujourd’hui, la montagne est principalement touristique, très active en hiver et un peu en été, mais elle manque de dynamisme sur l’ensemble de l’année. Dans certaines régions de la montagne française, on trouve des villages avec une église, une place, un marché fonctionnant toute l’année, mais ce n’est pas la norme partout, contrairement à ce que l’on peut observer dans d’autres pays. J’aimerais que les vallées françaises soient plus animées en permanence, avec des commerces ouverts toute l’année, des collaborateurs en CDI plutôt qu’en contrats saisonniers, et une qualité de vie stable, au lieu d’une activité concentrée sur quatre mois l’hiver ou entre le 15 juillet et le 15 août.
Mon deuxième vœu serait de mettre fin au ‘ski bashing‘. Ce phénomène donne une image négative à certaines activités de la montagne, alors que la montagne continue de faire rêver et d’attirer. Les Jeux Olympiques de 2030 sont, pour moi, un exemple emblématique de ce rêve. J’ai été enthousiaste à l’idée que nous ayons l’opportunité d’accueillir cet événement majeur, surtout après le succès des JO de Paris. J’aimerais que les acteurs de la montagne se libèrent de cette image négative et embrassent davantage le rêve et le dynamisme que peut apporter un tel projet.

Mon troisième vœu concerne l’esprit de cordée en montagne. Aujourd’hui, cet esprit existe au sein de certaines corporations, comme à Domaines Skiables de France, où nous travaillons collectivement. Cependant, entre les différents acteurs de la montagne – les maires, les moniteurs de ski, les socioprofessionnels, les hébergeurs, les domaines skiables, la presse spécialisée – il arrive que chacun reste dans son couloir, dans son propre intérêt. De temps en temps, nos intérêts convergent vers un objectif commun, mais ce n’est pas toujours le cas. J’aimerais que l’écosystème montagne soit plus souvent animé d’un véritable esprit de cordée, avec une volonté collective de travailler ensemble pour le bien de la montagne française, et pas seulement en fonction des intérêts propres à chaque corporation.
Jean Regaldo, où vous voyez-vous dans 10 ou 15 ans ?
Jean Regaldo : Dans dix ou quinze ans, la seule certitude que j’ai, c’est que je me verrai toujours en montagne, nulle part ailleurs. Par contre, quant à savoir exactement où je serai ou ce que je ferai, je ne peux pas le dire, et je n’ai pas envie de répondre à cette question de manière figée. À 44 ans, je ne me vois pas avoir un plan précis à long terme. Ce n’est pas dans ma nature. Je préfère laisser de la place aux opportunités, aux défis et aux surprises que la vie peut offrir.
Je souhaite rester ouvert à toutes les opportunités qui se présenteront, et accueillir les surprises et les challenges inattendus. Donc, même si je n’ai pas de plan défini, une chose est certaine : je ne me vois pas vivre ailleurs qu’en montagne. C’est un cadre de vie qui m’est vital.

En regardant vers l’avenir, je me projette dans une montagne qui aura évolué, qui aura surmonté certains défis. Nous aurons vécu des événements majeurs, comme les Jeux Olympiques de 2030, et je suis convaincu que ce sera une réussite. Les discours pessimistes que l’on pouvait entendre dans les années 2020 ne se seront pas réalisés comme on le craignait. Nous aurons su relever les défis, et je pense que nous aurons de belles surprises dans les dix ou quinze prochaines années.
Sur le plan professionnel, au sein de Domaines Skiables de France (DSF), nous devons continuer à avancer sur les engagements environnementaux que nous avons pris. Bien que ces engagements aient été largement adoptés par les grandes stations, il reste encore beaucoup à faire pour soutenir les stations plus modestes, notamment sur les questions complexes liées à l’aménagement et à l’environnement. Il est essentiel que les grandes stations jouent un rôle de solidarité en aidant les plus petites, tout en apprenant elles-mêmes des stations de proximité. Ce travail collectif est indispensable pour assurer un avenir durable à toutes les stations.
Enfin, il est primordial de maintenir une communication claire et proactive sur nos actions, sans tomber dans le greenwashing, ni se laisser happer par les critiques. Nous devons être transparents sur ce que nous faisons bien, mais aussi sur ce que nous faisons mal et que nous devons absolument améliorer, afin de créer un discours authentique qui mobilise l’ensemble des acteurs de la montagne.


























