ADN se distingue dans l’univers du ski par son engagement envers la durabilité environnementale, en développant une approche éco-conçue de la fabrication des skis. Cette initiative est née d’une prise de conscience de l’impact écologique du matériel de sport d’hiver, notamment des skis, qui sont souvent mis au rebut de manière non durable. Camille Lambert, fondatrice d’ADN GROUP, nous a confié la genèse de ce projet ambitieux et innovant lors d’une interview, partageant sa vision pour un futur plus respectueux de l’environnement dans l’industrie du ski.

ADN : la genèse d’une passion et d’une prise de conscience

Camille Lambert, fondatrice d’ADN, a grandi dans les montagnes de Haute-Savoie, où le ski faisait partie intégrante de sa vie quotidienne. Originaire de Thonon-les-Bains, elle raconte : « On m’a mis sur des skis à l’âge de deux ans et c’était ma passion. » Dès son plus jeune âge, elle est immergée dans le monde de la compétition, même si elle précise avec modestie qu’elle n’a jamais atteint le niveau des championnats de France. Cependant, cette passion pour le ski ne l’a jamais quittée, façonnant son amour pour la montagne et les sports d’hiver.

C’est au cours de ses études supérieures que Camille prend conscience de l’impact écologique caché de son sport de prédilection. En réalisant une étude sur l’impact environnemental du matériel de ski, elle découvre que les skis, une fois en fin de vie, sont broyés et enfouis dans des décharges, contribuant ainsi à une pollution non négligeable. « Aujourd’hui, les skis sont broyés et enfouis, ce qui représente 1500 tonnes de déchets par an, soit 260 000 paires de skis, » explique-t-elle. Cette révélation provoque un choc chez Camille, qui n’avait jusqu’alors pas réalisé l’ampleur du problème environnemental lié à la fabrication et à l’élimination des skis.

À partir de ce moment, une question simple, mais cruciale s’impose à elle : pourquoi les skis ne sont-ils pas recyclables ? Cette interrogation devient le point de départ de ce qui allait devenir le projet ADN. Déterminée à trouver une solution, Camille décide de lancer un projet d’ingénierie, malgré ses études qui ne l’avaient pas prédestinée à un tel parcours. Son idée : créer un ski entièrement recyclable, capable de répondre aux défis écologiques tout en maintenant des performances optimales.

Camille Lambert, en deuxième position sur la photo, en compagnie de l’équipe ADN

C’est avec cette passion pour le ski et cette prise de conscience écologique que Camille a décidé de transformer son amour pour la montagne en un engagement environnemental concret. Elle a su s’entourer d’experts et mobiliser des ressources pour concrétiser son idée. « Même si je ne suis pas ingénieure de formation, je me suis lancée dans ce projet. Et après quatre ans, je me suis vraiment investie à fond, » précise-t-elle. De cette passion naîtra une innovation majeure pour l’industrie du ski.

Un concept révolutionnaire : l’éco-conception

Le cœur du projet ADN SKIS repose sur une innovation majeure : concevoir des skis entièrement recyclables grâce à une éco-conception réfléchie. Ce concept repose sur une modification en profondeur des matériaux et des procédés de fabrication pour limiter au maximum l’impact environnemental des skis tout au long de leur cycle de vie, de la production à la fin de vie. Camille Lambert, fondatrice du projet, a rapidement identifié que le problème principal résidait dans la résine utilisée pour assembler les différents matériaux d’un ski. Cette résine traditionnelle, appelée intermédiaire sup, est un plastique thermodurcissable qui ne peut pas être fondu ni réutilisé, rendant impossible le recyclage des skis usagés.

Grâce à une résine « thermoset », les skis peuvent être désassemblés en fin de vie, une première dans l’industrie. Camille explique : « Lorsqu’on met cette résine en contact avec de l’acide acétique, c’est comme un millefeuille : tous les matériaux se démantèlent, couche par couche. » Ce procédé permet de dissoudre la résine sans endommager les autres matériaux, qui peuvent alors être récupérés sans avoir besoin d’être broyés. Cette innovation est une avancée considérable car elle permet de revaloriser les matériaux constitutifs du ski, tels que le bois, la fibre de verre et les semelles, au lieu de les jeter.

Mais la vision d’ADN ne s’arrête pas là. Le but de cette éco-conception est aussi d’analyser la durabilité des matériaux après plusieurs années d’utilisation, notamment dans le cadre de la location de skis. « Quand on démantèle des skis après plusieurs années de location, cela nous permet d’analyser la qualité des matériaux et de savoir s’ils peuvent être réutilisés ou doivent être recyclés, » explique Camille. Ce système de suivi et de revalorisation des matériaux est essentiel pour prolonger la durée de vie des composants et minimiser les déchets.

L’éco-conception d’ADN va au-delà de la simple idée d’un produit recyclable. Non seulement les matériaux sont choisis pour leurs performances et leur durabilité, mais ils sont aussi sélectionnés pour leur faible impact environnemental. Par exemple, ADN utilise une semelle composée à 98 % de matériaux recyclés, du bois local pour les noyaux des skis, et de la fibre de verre produite en France, limitant ainsi l’empreinte carbone liée aux transports et à la fabrication.

ADN ®paul-besson

Cette démarche vise à allier performance, durabilité et accessibilité. Camille Lambert insiste sur le fait que cette innovation ne doit pas représenter un coût supplémentaire pour les fabricants. « Nous avons voulu que notre technologie soit accessible à toute l’industrie du ski sans révolutionner leurs procédés de production. Le processus reste quasiment identique, seuls les matériaux changent, » précise-t-elle.

Un développement d’ADN soutenu par l’innovation scientifique

Le développement d’ADN n’aurait pas été possible sans le soutien de partenaires scientifiques et techniques de renom. Dès le début de son projet, Camille Lambert s’est entourée de spécialistes et d’écoles d’ingénieurs pour perfectionner son concept et surmonter les défis techniques liés à l’éco-conception des skis. « J’ai parlé du projet autour de moi et des écoles d’ingénieurs, comme l’Institut des Arts et Métiers de Chambéry, sont venues m’aider », se souvient-elle. Ces collaborations ont permis de valider et d’affiner les premières étapes de la conception des skis, en intégrant des matériaux durables et recyclables tout en garantissant des performances optimales.

Un tournant décisif dans le projet a été atteint grâce à la collaboration avec le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), une référence en matière de recherche scientifique en France. Ce partenariat a ouvre la voie à l’industrialisation du processus de démantèlement des skis en fin de vie, grâce à une technologie innovante : les fluides supercritiques. Cette technologie, utilisée à l’origine pour décaféiner le café, est capable de dissoudre la résine qui lie les différents matériaux sans générer de déchets supplémentaires ou consommer de grandes quantités d’eau. Camille explique : « J’ai découvert cette technologie dans une vidéo YouTube et j’ai contacté le CNRS pour tester son application sur les skis. Ils ont trouvé que ça pouvait fonctionner et financent à presque 50 % l’étude. »

L’objectif de ce partenariat est d’identifier la possibilité de démanteler des skis écoconçus mais également traditionnel avec les fluides supercritiques. A terme, ADN aimerait mettre au point une machine de démantèlement capable de traiter à grande échelle les skis en fin de vie et de séparer les différents matériaux sans les broyer, ce qui est une première dans l’industrie du ski. Cette machine sera industrialisée d’ici 2025-2026 et permettra aux recycleurs de traiter les skis de manière plus écologique, en réduisant la consommation d’eau et les émissions liées à l’incinération des déchets. Le soutien du CNRS a permet de valider la faisabilité technique de ce procédé, mais également d’envisager son application dans d’autres industries.

La technologie des fluides supercritiques n’est pas seulement utile pour les skis. Camille Lambert et ses partenaires envisagent déjà son utilisation pour d’autres produits composites, comme les batteries de voitures électriques, qui posent aujourd’hui un défi de recyclage similaire. Cette vision à long terme montre à quel point ADN GROUP ne se contente pas de révolutionner l’industrie du ski, mais entend également proposer des solutions durables pour d’autres secteurs polluants.

L’innovation ne se limite pas au processus de démantèlement. ADN continue d’investir dans la recherche et le développement pour tester différentes combinaisons de matériaux et de structures afin d’optimiser la recyclabilité et performance des skis. Chaque composant est étudié avec soin pour garantir qu’il soit à la fois performant sur les pistes et facilement revalorisable. Par exemple, les tests actuels se concentrent sur les résines, les fibres et les semelles afin d’identifier la meilleure composition pour un ski à faible impact environnemental. « Nous testons différentes structures et compositions pour voir laquelle est la plus idéale pour le recyclage et en termes d’impact », explique Camille Lambert.

ADN : un futur axé sur l’expansion et l’impact global

Un modèle d’affaires à impact global

ADN s’apprête à franchir un nouveau cap en commercialisant ses technologies sous forme de licences. Les marques de skis comme Salomon et Rossignol pourront ainsi bénéficier de cette éco-conception brevetée, qui permet de fabriquer des skis plus durables sans bouleverser les procédés industriels existants. « Nous avons voulu faire un cahier des charges accessible pour l’industrie », précise Camille, soulignant l’importance de proposer une solution clé en main pour les fabricants.

Parallèlement, ADN compte déployer la machine de démantèlement auprès des recycleurs, offrant ainsi une nouvelle source de revenus aux entreprises de recyclage tout en renforçant la circularité des matériaux. « Cela permet de remettre dans une chaîne de production des matériaux, et donc de faire de l’éco-circularité, ce qui n’était pas possible avant », ajoute Camille Lambert.

Si ADN se concentre actuellement sur le marché du ski, l’ambition de Camille Lambert est claire : promouvoir l’éco-conception dans d’autres industries polluantes, comme celle des batteries de voitures, ouvrant ainsi la voie à des solutions globales pour lutter contre la pollution.

Grâce à des collaborations scientifiques et industrielles de pointe, l’entreprise s’inscrit dans une démarche durable et circulaire, ouvrant la voie à un avenir plus responsable pour les sports d’hiver et bien au-delà.