Le Crédit Agricole des Savoie, en partenariat avec G2A Consulting, a dévoilé son Observatoire 2024 des futurs désirables du tourisme. Ce rapport met en lumière des tendances et indicateurs clés permettant de mieux comprendre les enjeux du tourisme actuel, tout en traçant des perspectives pour un avenir plus durable. En s’appuyant sur des données précises et des analyses approfondies, cet Observatoire constitue un outil indispensable pour adapter les stratégies de développement touristique en montagne face aux défis environnementaux et sociaux.
Une économie touristique dépendante de l’hiver
L’Observatoire révèle que le tourisme représente 62 % des dépenses des deux départements savoyards, confirmant le rôle moteur de cette activité dans l’économie locale. Toutefois, cette dépendance est encore plus forte dans les zones de montagne : sur ces territoires de montagne, elles représentent 82% des dépenses touristiques, une situation qui fragilise les territoires face aux variations climatiques et à la diminution progressive des périodes enneigées.
Les stations de ski, qui reposent majoritairement sur l’activité hivernale, sont particulièrement exposées. Le rapport met en avant des projections de réchauffement climatique : d’ici 2070, les températures hivernales moyennes pourraient augmenter de 2 à 4 °C, rendant l’enneigement naturel de plus en plus incertain, notamment pour les stations à basse et moyenne altitude. Cette dépendance à l’hiver pose donc la question de la diversification de l’offre touristique et de la nécessité d’investir dans des activités non saisonnières.
« L’activité économique, pour l’instant, est sans commune mesure avec l’activité estivale ou hors saison. Il est clair que la majeure partie des dépenses touristiques en montagne se concentre sur l’hiver, avec tout ce que cela implique en termes de dépendance vis-à-vis du climat. Nous devons travailler sur la diversification des activités, mais cela soulève aussi la question de la rentabilité. Il ne suffit pas de diversifier, il faut aussi que cela puisse rembourser les investissements mais aussi pérenniser l’entreprise », nous explique Lionel Gruffat, Responsable du Pôle Tourisme du Crédit Agricole des Savoie.

Les nuitées hors hiver représentent désormais 32 % des nuitées totales dans les Savoie, un chiffre en croissance. Cette évolution offre des perspectives prometteuses pour un modèle touristique plus équilibré sur l’année, avec un potentiel accru pour les activités de plein air (randonnée, VTT, alpinisme) et les événements culturels, mais ces segments doivent encore être largement développés pour compenser les pertes hivernales potentielles.
Lionel Gruffat revient sur l’accompagnement financier des acteurs économiques face au changement climatique : « La première manière, même si nous ne sommes pas spécialistes en génie climatique, c’est de questionner et de faire cheminer pour que les acteurs économiques aient bien pris la dimension des enjeux sur leur territoire… Quand on nous présente des projets, nous challengeons les porteurs de projets pour bien dimensionner les investissements au regard des perspectives climatiques. Par exemple, pour les remontées mécaniques, nous nous assurons que les entreprises ont pris en compte la trajectoire climatique de la station avant de décider leurs investissements.»
Vers une réduction de l’impact carbone du tourisme ?
Si l’économie touristique est florissante, elle engendre également des impacts environnementaux majeurs. L’Observatoire indique qu’un touriste étranger génère en moyenne 64 kg de CO₂ par nuitée, soit 4 à 5 fois plus qu’un touriste français. Cette différence est en grande partie due aux modes de transport : les vols internationaux, particulièrement longs, alourdissent considérablement l’empreinte carbone des voyageurs.

La part des touristes internationaux dans les Savoie est en augmentation. Les visiteurs provenant d’Asie, d’Amérique et du Moyen-Orient représentent 13% des touristes étrangers, un segment en croissance de 51% en 2023. Si cette clientèle apporte une contribution économique significative, elle soulève des questions environnementales cruciales, notamment en termes d’émissions de gaz à effet de serre. En réponse, le secteur touristique doit impérativement repenser les modes de transport et encourager des pratiques plus durables, comme l’utilisation des trains à grande vitesse ou les véhicules électriques pour les déplacements locaux.
Lionel Gruffat revient sur ses enjeux : « Un visiteur qui vient de loin, par exemple des États-Unis ou d’Asie, va générer une empreinte carbone très importante, en grande partie à cause des déplacements aériens. Pourtant, ces visiteurs restent essentiels pour le modèle économique des stations. C’est tout l’enjeu : concilier une clientèle internationale avec des objectifs environnementaux de plus en plus stricts ».
La menace de l’artificialisation des sols
Un autre axe central de la durabilité concerne la limitation de l’artificialisation des sols. Comme le montre l’Observatoire, l’expansion des infrastructures touristiques a contribué à une augmentation de 14 % de la surface artificialisée en Tarentaise entre 2016 et 2023. Cette tendance est préoccupante, car elle met en péril les écosystèmes locaux et contribue à la dégradation des paysages naturels, pourtant au cœur de l’attractivité des stations de ski.

Grâce à l’utilisation de données satellitaires avancées, l’Observatoire a pu suivre l’évolution de cette urbanisation en temps quasi-réel. Ce type de technologie permet de cartographier les territoires de manière précise, en identifiant les zones particulièrement menacées par l’artificialisation et en mesurant l’impact sur la biodiversité locale.
« L’artificialisation des sols en montagne progresse rapidement, en particulier dans certaines zones. L’intégration à l’observatoire des données satellitaires permet de mesurer précisément l’impact de ces développements. L’enjeu majeur : trouver un équilibre entre le développement touristique et la préservation des espaces naturels. La solution passe notamment par la rénovation des infrastructures existantes plutôt que par une expansion continue », précise Lionel Gruffat.
L’aménagement durable des territoires montagnards passe également par une meilleure planification de l’urbanisation, en limitant la spéculation immobilière et en contrôlant l’implantation de nouvelles résidences secondaires pour préserver les terres agricoles et forestières, véritables atouts écologiques et économiques pour la région.
Le logement en montagne : un enjeu social et environnemental
Le rapport met également en lumière une problématique sociale d’envergure : la pénurie de logements pour les habitants permanents et les saisonniers. « Résoudre la problématique des résidences secondaires est un véritable défi. Dans certaines zones, les résidences principales ne représentent que 42 % du parc immobilier, ce qui engendre de fortes tensions sur le marché local, en particulier pour les habitants permanents et les saisonniers. Nous devons trouver des solutions innovantes pour offrir des logements accessibles toute l’année à ces populations, notamment à travers des projets soutenus par de l’argent public. Il ne s’agit pas de démolir les résidences secondaires, mais de créer des logements adaptés, avec un positionnement de prix plus abordable pour les travailleurs locaux et les habitants à l’année », indique Lionel Gruffat.
Ce déséquilibre entraîne une pression croissante sur le marché immobilier, rendant difficile l’accès au logement pour les locaux et aggravant les inégalités. Les travailleurs saisonniers, indispensables au bon fonctionnement des stations de ski, sont particulièrement touchés par cette situation. Pour pallier ce manque, le Crédit Agricole des Savoie soutien plusieurs initiatives, dont le développement de résidences semi-permanentes pour les saisonniers et l’incitation à la rénovation des logements existants pour optimiser leur utilisation tout au long de l’année.

Le tourisme durable passe également par la transition énergétique des infrastructures. L’Observatoire montre que de nombreux bâtiments, en particulier les résidences secondaires et les hôtels, sont encore énergivores. En 2023, près de 20 % des logements dans les zones de montagne sont classés F ou G sur l’échelle des diagnostics de performance énergétique (DPE), ce qui témoigne d’un retard en matière d’efficacité énergétique.
Pour remédier à cette situation, des financements ont été mobilisés pour accélérer la rénovation des infrastructures touristiques. Le Crédit Agricole des Savoie a consacré en 2023, 19,3 millions d’euros pour financer la rénovation énergétique de l’Habitat, permettant d’améliorer l’isolation des bâtiments, de réduire la consommation énergétique et d’installer des équipements plus performants (pompes à chaleur, panneaux solaires, etc.).
La forêt, un acteur clé de la durabilité des territoires montagnards
Les forêts, qui couvrent 383 000 hectares dans les Savoie, jouent un rôle primordial dans la régulation des écosystèmes montagnards. Elles constituent un puits de carbone essentiel, capturant chaque année une partie des émissions de gaz à effet de serre générées par les activités humaines. Cependant, ces forêts sont aujourd’hui menacées par le changement climatique et les crises sanitaires qui en découlent, notamment l’infestation par les scolytes, un insecte ravageur qui affecte les épicéas.

Le rapport souligne l’importance d’intégrer la gestion durable des forêts dans les stratégies de développement touristique. Préserver ces espaces boisés est essentiel non seulement pour lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi pour maintenir la biodiversité et protéger les ressources en eau. Le Crédit Agricole des Savoie réfléchit déjà à des initiatives visant à soutenir la restauration et la gestion durable des forêts locales.
Vers un tourisme durable : les futurs désirables à construire
L’Observatoire des futurs désirables du Crédit Agricole des Savoie offre une analyse approfondie des transformations nécessaires pour orienter le tourisme en montagne vers un modèle plus durable. L’objectif est de construire un avenir où les enjeux économiques, sociaux et environnementaux coexistent en harmonie, en intégrant des solutions à long terme basées sur des données concrètes. Plusieurs axes de transformation apparaissent essentiels pour atteindre ces objectifs.
« L’artificialisation des sols, la séquestration carbone… Ce sont des éléments nouveaux qui vont influencer nos priorités de financement. Nous souhaitons aller plus loin, notamment en créant des dispositifs innovants pour la rénovation énergétique et la reconstruction sur l’existant», ajoute Lionel Gruffat.
Décarboner la mobilité : un enjeu majeur pour le secteur touristique
L’une des priorités soulevées par l’Observatoire est la décarbonation de la mobilité dans les territoires touristiques. En 2023, les déplacements en voiture individuelle et en avion restent la principale source d’émissions de CO₂ dans le secteur touristique. Cela est particulièrement préoccupant dans les zones de montagne, où l’accès aux stations est souvent limité à des infrastructures routières, accentuant ainsi la dépendance à la voiture individuelle. Le rapport révèle que plus de 40% des émissions de gaz à effet de serre dans les Savoie proviennent des transports routiers.
L’Observatoire souligne également que l’accès aux stations reste largement dépendant du transport privé, faute d’alternatives viables comme des liaisons ferroviaires renforcées ou des solutions de transport collectif propres. Des solutions innovantes doivent être envisagées pour réduire l’empreinte carbone des visiteurs. Concernant le tourisme international, Lionel Gruffat revient sur l’impact carbone des touristes étrangers : « Le modèle économique du tourisme en montagne a besoin des étrangers, mais du point de vue environnemental, la mobilité pose en problème majeur. La filière hydrogène, encore naissante, pourra, lorsque la France aura développé sa production d’énergies renouvelables, devenir un réel accélérateur de décarbonation des mobilités lourdes.»
Encourager un tourisme à Haute Valeur Ajoutée Humaine
Au-delà des enjeux environnementaux, l’Observatoire souligne l’importance de réorienter l’offre touristique vers des expériences à haute valeur ajoutée humaine. Les attentes des visiteurs évoluent, avec une demande croissante pour un tourisme d’expérience qui valorise le patrimoine naturel et culturel, tout en favorisant des interactions authentiques avec les populations locales.
L’Observatoire montre que les stations de montagne doivent capitaliser sur cette demande pour attirer des clientèles qui privilégient la qualité de l’expérience plutôt que la quantité. Cela pourrait inclure des initiatives comme des ateliers de découverte de la nature, des parcours éducatifs sur la biodiversité locale, ou encore des offres de bien-être en pleine nature, loin des foules, pour un public à la recherche de ressourcement.
En diversifiant les activités proposées et en mettant l’accent sur l’authenticité et l’environnement, les stations pourront non seulement répondre aux nouvelles attentes des visiteurs, mais aussi réduire la pression sur les infrastructures traditionnelles comme les remontées mécaniques et les pistes de ski, tout en offrant une expérience touristique plus durable.
























