Dans notre série « Face to Face », nous vous emmenons à la rencontre de Lionel GRUFFAT, le dynamique Directeur du Pôle Tourisme du Crédit Agricole des Savoie. Originaire de la vallée de l’Arve en Haute-Savoie, Lionel a grandi entre l’industrie robuste et les panoramas époustouflants des montagnes. C’est là, dans ces contrastes, qu’il a forgé son chemin vers le leadership. Au-delà de son parcours professionnel, Lionel nous ouvre la porte sur les passions qui rythment son quotidien, de l’agronomie à l’innovation bancaire. Découvrez comment les racines et les valeurs de cet homme influencent aujourd’hui le visage du tourisme en Savoie.

Lionel GRUFFAT, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Lionel GRUFFAT: J’ai 38 ans, je suis Directeur du pôle Tourisme du Crédit Agricole des Savoie depuis six mois. J’ai grandi dans la vallée de l’Arve, en Haute-Savoie, une région riche de diversités industrielles et naturelles. D’une part, une partie de ma famille était engagée dans l’industrie de la vallée du décolletage, réputée pour sa précision technique, et d’autre part, une autre branche de ma famille venait de la vallée de Chamonix, connue pour ses paysages de haute montagne. Cette dualité m’a doté d’une perspective unique sur la Haute-Savoie, combinant à la fois l’aspect industriel et la majesté alpine.

J’ai fait mes études dans la vallée de l’Arve, et après mon bac et une classe préparatoire à Lyon, je me suis orienté vers l’agronomie avec des études à l’École Nationale d’Agronomie de Toulouse qui était une manière de continuer le lien avec la biologie et les sciences du vivant que j’affectionnais particulièrement.

Lors de ces 3 années d’études à Toulouse je me suis orienté vers l’Environnement, sans précisément savoir quel métier je voulais exercer. C’est à cette époque-là, que l’idée de participer à l’aménagement de nos territoires de montagne a germé.

J’ai suivi une spécialisation pendant six mois à Vienne (Autriche) en aménagement du territoire dans les Alpes en lien avec mon idée de départ. Là bas j’y ai vu un autre modèle que celui que je connaissais en Haute-Savoie, notamment dans le Tyrol avec un système rural, plus familial ; du moins donnant l’impression d’être bien coordonné dans la mise en avant d’un territoire.

J’ai commencé ma carrière à la SAFER (Société d’Aménagement Rural et d’Etablissement Foncier) de Franche-Comté. Mon quotidien était de parcourir le Jura et de me charger de l’acquisition et la vente d’exploitations agricoles dans une zone rurale, que je ne connaissais pas du tout. J’y ai découvert des stations de plus petite taille, et des exploitations agricoles souvent familiales et peu mécanisées. Nous travaillions sur le nerf de la guerre en agriculture, à savoir le foncier. La transmission d’entreprises m’intéressait beaucoup : j’ai découvert des exploitants agricoles qui souhaitaient céder leur ferme, certains sachant anticiper d’autres n’ayant pas intégré l’enjeu humain, social ou économique pour réussir à trouver le projet de transmission qui leur convenait.

J’ai travaillé pendant trois ans à la SAFER tout en gardant en tête qu’il fallait que j’aille un peu plus loin sur le volet aménagement du territoire.

En 2010, j’ai vu passer une opportunité au Crédit Agricole de Savoie pour devenir non pas celui qui estime la valeur des exploitations agricoles, mais celui qui finance celui qui les rachète. J’étais chargé des relations avec les jeunes agriculteurs c’est à dire de la validation des business plans des futurs agriculteurs qui souhaitaient reprendre une exploitation. Je continuais sur cette partie technique du dialogue avec les exploitations, mais j’entrais sur la sphère bancaire à laquelle je n’étais pas familiarisé.

Lionel Gruffat (à droite) au Salon de l’Agriculture de Paris 2019, Concours de la race Tarine

Entre 2010 et 2020, j’ai occupé différents métiers, et notamment la responsabilité du service crédits à l’Agriculture. C’est ce qu’on appelle dans le domaine bancaire le rôle de « double regard ». Concrètement le conseiller peut décider jusqu’à un certain niveau et au delà d’un certain seuil, c’est le service Crédit qui valide le financement d’un projet.

J’avais la responsabilité de cette équipe de six experts du financement pour connaître et évaluer l’état de santé des exploitations mais aussi pour former et aider les conseillers agricoles sur le terrain. Il était important pour moi de suivre, dans la durée, une exploitation agricole pour que lorsque tout va bien, nous puissions l’accompagner dans son développement, et que lorsqu’il y a des périodes plus difficiles, nous puissions l’aider à passer l’ornière. En agriculture comme en montagne, la météo est la clé de la capacité à réussir une nouvelle saison.

En 2017, nous avons créé un centre d’affaires, dans lequel nous avons regroupé les chargés d’entreprises agricoles des deux Savoie, dans une seule et même équipe pour améliorer la cohésion et la compétence des conseillers. Aujourd’hui le centre d’affaires reste une référence nationale sur la satisfaction des agriculteurs.

La particularité du Crédit Agricole est son statut d’organisme professionnel agricole. Nous participons aux débats de la profession agricole et nous construisons avec eux l’avenir de l’agriculture en Savoie.

En 2020, j’ai rendu cette casquette de « patron de l’Agriculture ». La chance que j’ai dans une entreprise comme la nôtre, c’est que l’on m’a proposé de travailler sur un autre périmètre qui était le pôle Territoire. Ce dernier est rattaché à la Banque du Territoire et des Entreprises, qui traite d’entités de plus de 3 millions d’euros de budget ou chiffre d’affaires. Il s’agit d’un centre d’affaires spécialisé dans lequel on traite les marchés des collectivités locales, de la santé, du médico-social et des associations. Nos actions portent sur l’accompagnement de ces acteurs dans la construction de leurs prévisionnels, leurs investissements, leurs placements mais aussi tous les services dont ils ont besoin (ingénierie sociale, cessions, retraite, assurances).

Lancement de Energie des Savoie 01/2023

Nous avons créé à ce moment-là une équipe Transition Écologique pour à la fois accompagner le développement des énergies renouvelables en Savoie (projets solaires, hydroélectriques ou méthanisation), mais aussi en accompagnant nos entreprises dans leur propre stratégie de transition.

Petit à petit, nous avons bâti un réseau de partenaires qui nous a permis de comprendre où en est l’entreprise dans sa transition et flécher selon son niveau de maturité et ses besoins, vers un partenaire expert du sujet, que ce soit sur l’efficacité énergétique, la mobilité, le bilan carbone, ou la stratégie énergétique.

Dans ce pôle Territoire, j’ai aussi découvert le monde de l’innovation avec notre Village de l’innovation qui est un accélérateur de start-up.

Depuis octobre 2023, je suis responsable du pôle Tourisme et des Collectivités Locales composé d’une dizaine de collaborateurs spécialisés. 

Quelles sont vos passions ?

Lionel GRUFFAT : Quand j’étais enfant, j’ai pratiqué différents sports. Mais j’ai vraiment découvert une passion le jour où j’ai démarré le tir à l’arc. C’est ma seule vraie passion qui me prend le peu de temps qu’il me reste entre ma famille et mon travail. Cela m’occupe 5 à 10 h par semaine Ce qui me plaît, c’est de faire de la compétition et pas n’importe quelle compétition : j’ai eu la chance de faire partie d’un collectif d’archers de niveau national, dans une discipline qu’on appelle le tir en campagne (qui ressemble un peu au golf, sauf qu’au lieu des trous, ce sont des cibles de tir à l’arc). Il s’agit d’un parcours de quatre à cinq kilomètres et 24 cibles qui se suivent avec des distances variées. Je pratique le tir à l’arc depuis 27 ans, et je n’ai pas encore pu me résoudre à arrêter !

Lionel Gruffat lors du championnat de France de tir à l’arc 2023 à Lans en Vercors

Lionel GRUFFAT, quelles sont vos motivations ? Pourquoi vous levez-vous le matin ?

Lionel GRUFFAT : Ce qui me passionne dans mon métier, c’est avant tout la possibilité de rendre service et d’être utile aux autres. Je trouve gratifiant de créer des interactions, de réfléchir à la situation ou aux aspirations de la personne en face de moi, et de mettre en perspective mes connaissances du marché pour offrir des conseils pertinents : avertir mon interlocuteur des risques potentiels ou l’aider à créer des connexions utiles.

Au sein du secteur bancaire, qui valorise l’interaction humaine, il s’agit de créer des ponts entre ceux qui épargnent et ceux qui ont besoin de financements.

Pourtant, au sein d’une grande entreprise comme le Crédit Agricole, on pourrait imaginer que ces relations humaines se diluent, qu’on peut se sentir noyé parmi les 2500 collaborateurs sans véritables liens entre les femmes et les hommes. Au contraire, je cultive les liens en interne et je crois fermement en l’importance des relations humaines durables. Malgré les évolutions de carrière, les liens que nous bâtissons avec nos clients, particulièrement en Savoie et en Haute-Savoie où l’ancrage territorial est fort, restent fondamentaux. Ces interactions ne se limitent pas à la relation individuelle avec son conseiller mais s’étendent à la marque, à la banque dans son ensemble, et contribuent à la valeur globale de l’entreprise.

Pour moi, c’est cette capacité à tisser des liens durables et significatifs qui enrichissent mon expérience professionnelle et rendent mon métier véritablement passionnant.

Quelle est votre plus grande satisfaction ou votre plus grande réussite ?

Lionel GRUFFAT : Sur le plan personnel, ce qui m’apporte le plus de joie est sans aucun doute ma petite fille de trois ans. Rentrer à la maison et retrouver sa vitalité, c’est vraiment revigorant. Elle est pleine de vie, avec un grand « V » (rires).

D’un point de vue professionnel, il y a de nombreux projets passionnants sur lesquels nous travaillons actuellement. Ce que je trouve particulièrement gratifiant, c’est de retrouver d’anciens collègues ou clients avec qui j’ai collaboré il y a cinq, dix ans, ou même plus. Voir leur contentement lorsqu’ils me revoient et constater les progrès accomplis sur leurs projets est extrêmement satisfaisant. C’est en revisitant avec intérêt, nostalgie ou satisfaction les réalisations communes, qu’il s’agisse de développements humains avec mes collègues ou de succès avec certains clients, que je mesure l’impact réel de notre travail.

Lionel Gruffat et l’équipe du Crédit Agricole des Savoie au Salon des Maires 2022

Quel est votre plus grand regret, s’il y en un ?

Lionel GRUFFAT: Il y a certainement des choses que je n’ai pas encore réalisées, parmi lesquelles figurent mes nombreux voyages, qui s’entrelacent avec mes passions. J’apprécie beaucoup voyager, mais souvent, la gestion du temps se présente comme un obstacle majeur, m’empêchant de faire tout ce que je désire. C’est principalement le manque de capacité à « arrêter le temps » qui me freine, à prendre un moment pour moi, ou à rendre visite à des personnes que je souhaite voir depuis longtemps. Ce week-end par exemple, j’ai enfin visité quelqu’un que je m’étais promis de voir, mettant fin à une longue période de procrastination. Cette capacité à prendre du temps pour soi, ou pour rencontrer des gens avec qui l’on souhaite partager un moment, est essentielle.

Dans le cadre de mes fonctions managériales, il y a aussi des situations humaines que j’aurais aimé gérer différemment. Parfois, j’ai accordé ma confiance un peu tôt, ou d’autres fois je n’ai pas su trouver les bons mots dans certaines situations relationnelles. Et sinon comme tout banquier, il y a forcément des dossiers que j’ai choisi de refuser alors que j’aurais dû les accepter, et inversement. Heureusement, ces situations restent peu fréquentes.

Si vous aviez une liste de 3 vœux pour la montagne, quels seraient-ils ?

Lionel GRUFFAT: Si j’avais une liste de trois vœux pour la montagne, mes souhaits seraient les suivants :

Premièrement, je pense qu’il faut identifier DES montagnes. Il est crucial d’adopter des scénarios spécifiquement adaptés à chaque territoire montagneux. Il est impératif de reconnaître que chaque montagne, avec ses particularités, nécessite une approche sur mesure en termes de planification et d’aménagement. Imposer un modèle unique de développement, comme un plan neige générique, ne fonctionnerait pas car cela ne prend pas en compte les spécificités locales ni les besoins des acteurs et des territoires.

Lionel Gruffat au Critérium de la 1ère Neige 2023 à Val d’Isère

Deuxièmement, mon vœu serait que les habitants de ces régions montagneuses renforcent leur communication et leur écoute mutuelle. Les montagnes, terres de passions et d’histoires, sont souvent le théâtre de conflits locaux, comme les guerres de clocher entre villages. Améliorer le dialogue est essentiel pour surmonter ces divisions et pour bâtir ensemble des modèles de développement durable.

Enfin, je souhaite que les différents acteurs de la montagne aient réellement la volonté de collaborer. La question n’est pas seulement de discuter, mais de parvenir à intégrer différentes perspectives et à respecter les contributions de chacun pour progresser vers des solutions communes. Cela implique de reconnaître et de valoriser les efforts de ceux qui œuvrent sur le terrain, en tenant compte des suggestions et des critiques pour améliorer constamment les pratiques.

Ces vœux reflètent ma vision d’un avenir montagnard où la collaboration, l’adaptation et le respect mutuel sont au cœur des initiatives de développement.

Lionel GRUFFAT, comment voyez-vous la montagne de demain ?

Lionel GRUFFAT: Il y a trois ans, nous avons entamé une réflexion sur les futurs désirables du tourisme dans les Savoie afin de synthétiser avec humilité des initiatives, des idées, et des réflexions qui avaient du sens dans un contexte professionnel.

Nous avons impliqué une partie de nos élus, qui sont aussi nos sociétaires et qui gouvernent la caisse régionale, ainsi que nos dirigeants, pour définir les engagements que nous pouvons prendre dès maintenant. Cela inclut des engagements économiques, telle que la gestion du secteur du ski, reconnue comme un moteur économique important pour les montagnes mais qui nécessite une réflexion sur son évolution pour le rendre plus accessible et abordable.

Nous avons également travaillé sur un « pavé économique », ainsi que sur les aspects sociaux et environnementaux de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Cela nous a amenés à questionner nos dirigeants sur la manière dont ils intègrent ces dimensions dans leurs projets, une démarche qui va au-delà des considérations purement économiques qui prévalaient auparavant.

En parallèle, nous avons mis en place un observatoire pour suivre les dépenses en Savoie, non seulement dans les zones montagneuses mais aussi autour des lacs et dans les zones rurales et agricoles. Cet observatoire compile des données issues du cœur de l’activité bancaire et nous permet de prendre des « photos » régulières des territoires pour observer les évolutions du tourisme et d’autres activités économiques.

Nous avons également introduit de nouveaux indicateurs, tels que l’âge des skieurs et l’équivalent CO2 d’une nuitée en Savoie, pour affiner notre compréhension des impacts et des tendances. L’objectif est de suivre ces indicateurs de manière structurée et neutre pour mieux comprendre et potentiellement influencer le développement du tourisme dans les Savoie.