Le 8 mars, à l’occasion de la Journée Internationale des droits des Femmes, le monde s’arrête un instant pour célébrer les réalisations féminines et promouvoir l’égalité des sexes. Cette année, nous portons notre regard vers les sommets enneigés de l’Alpe d’Huez. Là-haut, des femmes exceptionnelles prennent la barre dans certains métiers dominés historiquement par les hommes.

Chrystelle Gallin-Martel, qui maîtrise les engins de damage comme une véritable artiste de la neige; Nathalie Tairraz, l’experte en analyse nivologique, dont la compréhension de la neige assure la sécurité des pistes; Aurélie Chosseler, chef de secteur des remontées mécaniques, veillant au bon déroulement des ascensions vers les sommets; et Sonia Papaveri, responsable de la commercialisation de la station auprès des partenaires professionnels.

Ces femmes, leaders dans leur domaine, nous ouvrent les portes de leur quotidien et partagent leurs parcours, mettant en lumière ce qui les a inspirées à embrasser une carrière en altitude. À travers leurs récits, nous découvrirons non seulement les défis qu’elles ont dû relever en tant que femmes dans un environnement montagnard exigeant, mais également les victoires personnelles et professionnelles qui ponctuent leurs carrières.

L’Alpe d’Huez : 4 femmes aux parcours inspirants

Gérer, apprendre, inspirer : le quotidien d’Aurélie CHOSSELER

Aurélie CHOSSELER

Aurélie représente à elle-seule l’évolution professionnelle au sein de l’industrie des domaines skiables. Saisonnière à la SATA en 2001, elle a gravi les échelons, prenant les rênes de diverses responsabilités avec un enthousiasme et une curiosité insatiables. De l’accueil des visiteurs à la conduite de téléskis, télésièges puis du DMC, la plus grosse installation de la station, chaque rôle lui a permis d’acquérir une expérience précieuse, la préparant à des défis plus importants.

Son ascension professionnelle prend une tournure remarquable en 2020 lorsqu’elle est promue au poste d’adjointe au chef de secteur des remontées mécaniques, une surprise bienvenue qui lui confie la responsabilité de coordonner environ 30 employés. Aurélie est fière de cette réalisation qui marque une première dans la station de l’Alpe d’Huez – jamais un saisonnier, et encore moins une femme, n’avait franchi ce seuil auparavant.

Une journée typique pour Aurélie est rythmée par la garantie que les installations fonctionnent correctement et la gestion de l’équipe – s’assurant du bien-être et de la performance du personnel ainsi que de la maintenance des remontées. Chaque jour est une opportunité d’apprentissage pour elle, assimilant de nouvelles compétences techniques, allant du simple changement de pneus aux interventions plus complexes. Elle consacre ses journées à la préparation des plannings, à la supervision des opérations et à la fermeture méthodique des installations, du sommet du domaine jusqu’à sa base.

Dans un domaine où les défis mécaniques sont monnaie courante, Aurélie embrasse son rôle avec audace, même si elle avoue que le dépannage représente encore pour elle un défi de taille. L’ambition d’être autonome dans ce domaine reste son objectif majeur, un challenge qu’elle est déterminée à relever grâce à son apprentissage continu sur le terrain.

La fierté d’Aurélie pour son parcours résonne dans ses paroles. Passer huit ans sur la remontée Alp’Auris, connue pour ses caprices techniques, lui a permis de relever l’un de ses plus gros défis professionnels. Sa capacité à apprendre et à s’adapter, tout en jonglant avec son rôle de mère solo, illustre parfaitement la résilience et la force des femmes dans les domaines skiables.

Aurélie est une source d’inspiration, démontrant que la persévérance et l’ouverture au savoir sont les clés d’une évolution professionnelle réussie, peu importe les sommets à atteindre.

Nathalie TAIRRAZ, plus de 30 ans au service des pistes de l’Alpe d’Huez

Nathalie TAIRRAZ

Nathalie est l’incarnation du dévouement et de la polyvalence au cœur de l’Alpe d’Huez. À 51 ans, elle revêt plusieurs casquettes : pisteuse secouriste, artificier, et observatrice météo. Originaire de l’Oisans, elle a tissé sa vie autour des montagnes, des sommets enneigés à la gestion d’un gîte dans le massif des Ecrins durant l’été. C’est en 1990 qu’elle a intégré la SATA, qui gère le domaine skiable de l’Alpe d’Huez.

Sa passion pour les montagnes et son engagement envers la sécurité des skieurs l’ont poussée à obtenir son diplôme de pisteur-secouriste en 1993, puis ses qualifications en tant qu’artificier et météorologie en 1996, suivies d’un deuxième degré en 2002. Son expertise s’étend sur plusieurs secteurs de la station, bien qu’aujourd’hui, elle ne soit pas attachée à un secteur spécifique.

Une journée type pour Nathalie commence par des relevés sur la station météorologique pour effectuer des observations précises et coder les informations pour Météo France. Ces données cruciales sur les conditions de neige, les températures et les risques d’avalanche sont ensuite transmises aux skieurs, assurant ainsi leur sécurité. La matinée peut également impliquer des opérations de déclenchement préventif d’avalanches, la sécurisation des routes, et la maintenance des pistes.

Les défis en tant que femme n’ont pas manqué, notamment il y a 30 ans où il fallait prouver sa capacité physique pour ne pas être un fardeau pour l’équipe. Les progrès technologiques ont allégé certains aspects physiques du métier (le poids des jalons notamment qui étaient en châtaigner à l’époque), permettant à davantage de femmes de rejoindre ce domaine d’activité.

Nathalie est fière de plusieurs aspects de sa carrière, en particulier du fait qu’elle ait pu sauver des vies, un aboutissement extrêmement gratifiant qui souligne l’importance de son rôle. Malgré les blessures et les défis, elle reste un exemple d’endurance et d’évolution constante, illustrant la trajectoire de quelqu’un qui reste fidèle à sa station et à sa passion pour les montagnes.

Chrystelle GALLIN-MARTEL, une passion pour le damage jamais égalée

Chrystelle GALLIN-MARTEL

Chrystelle est le pilier nocturne de l’Alpe d’Huez, où elle œuvre depuis 2005 à façonner les pistes pour le plaisir des skieurs du jour suivant. D’origine agricole, élevée entre les champs de noix près de Grenoble, elle a su transposer l’expertise des gros engins familiaux au service des pistes enneigées. Sa découverte du métier fut une révélation qui l’a conduite à ne jamais quitter les saisons d’hiver, enrichissant ses compétences avec des permis pour véhicules lourds et en explorant durant l’été les domaines skiables lointains jusqu’en Australie et au Chili.

Actuellement, Chrystelle conjugue son rôle sur les pistes avec celui de chauffeur de taxi en été, appréciant la sérénité en hiver d’une activité solitaire qui lui permet de rester proche de son foyer, où son compagnon travaille également dans le secteur et où ses enfants s’épanouissent en montagne. Elle parle de son « très beau bureau » avec passion, évoquant la plénitude nocturne et le confort croissant des machines qu’elle conduit.

Sa routine au crépuscule débute par un débriefing avec l’équipe du soir, où chacun reçoit son programme avant de prendre les commandes de sa grosse machine. Bien que le travail soit solitaire au sein de l’engin, elle souligne l’importance de la coordination d’équipe pour maintenir la qualité des pistes. Elle est responsable d’une dameuse équipée d’un treuil, un équipement essentiel pour les pistes pentues.

La technologie GPS et la formation à l’éco-conduite sont ses alliés pour optimiser la hauteur de neige et minimiser l’impact environnemental.

En tant que première femme conductrice d’engin de damage à l’Alpe d’Huez et aujourd’hui la seule parmi 50 dameurs, Chrystelle a défié les stéréotypes non pas par sa féminité, mais par son adaptation et sa maîtrise du métier. Son expérience en agriculture l’a préparée à cet univers masculin, et elle témoigne de la bienveillance de ses collègues qui ont favorisé son intégration et sa progression.

Les réalisations professionnelles de Chrystelle ne manquent pas, mais c’est le défi du damage sous un climat changeant qui l’enthousiasme le plus : contribuer à conserver la neige et préparer des pistes qui ravissent les skieurs est pour elle une source de fierté. Sa pratique personnelle du ski, sous toutes ses formes, enrichit sa perspective professionnelle et affine son travail nocturne.

Sonia PAPAVERI, Ambassadrice de l’Alpe d’Huez

Sonia PAPAVERI,

Sonia incarne la fusion de la passion pour le voyage, la diversité linguistique et l’amour de la montagne. Originaire d’Italie, elle a franchi les frontières dès 1999 à la recherche de nouvelles aventures et d’apprentissages linguistiques, démarrant son parcours en Angleterre en tant que fille au pair. Échangeant le ciel gris britannique contre le soleil et le désir d’explorer, elle a rejoint le Club Med en tant que G.O., un rôle qui lui a permis de parcourir le monde avant de poser ses valises à l’Alpe d’Huez en 2003.

Sonia s’est vite adaptée à la vie montagnarde, malgré les barrières linguistiques. Elle a reconnu l’atout que représentaient ses compétences en langues étrangères, ce qui lui a valu une position à la centrale de réservation de l’office de tourisme, avant de rejoindre en 2005 la SATA au service commercial BtoB (client professionnel). Aujourd’hui, elle célèbre 18 ans de carrière au sein du groupe, où elle a gravi les échelons pour devenir responsable de l’équipe commerciale, gérant quatre chargées d’affaires.

Sa journée typique est tout sauf monotone ; elle vit le dynamisme des saisons, entre voyages à l’international pour forger des liens avec des clients professionnels et la promotion de l’Alpe d’Huez bien au-delà des pistes de ski. Sonia décrit avec enthousiasme l’équilibre entre vivre dans une station et porter l’esprit de l’Alpe d’Huez à travers le monde, soulignant la singularité de son rôle qui s’étend bien plus loin que les remontées mécaniques pour englober l’hébergement, les activités et la promotion globale de la station.

Dans ce domaine souvent dirigé par une direction masculine, Sonia, surnommée affectueusement « la ritale » pour son héritage italien, a dû surmonter les défis de la différence culturelle et de la prédominance masculine. Mais avec un esprit d’équipe renforcé par sa propre intégration dans la communauté locale, elle a surmonté ces obstacles avec aisance et humour.

Elle regarde en arrière avec une fierté justifiée sur le chemin parcouru depuis son arrivée, sans maîtriser le français, jusqu’à devenir chef d’équipe. Mais ce qui la remplit le plus de fierté, c’est le plaisir indéfectible qu’elle trouve à vendre non seulement des vacances, mais un rêve. Un rêve incarné par la beauté immuable de l’Alpe d’Huez, où même après deux décennies, elle s’émerveille toujours devant le spectacle d’une mer de nuages à l’Alpe d’Huez, n’hésitant pas à immortaliser ce moment magique en photo.

Des femmes de plus en plus nombreuses à l’Alpe d’Huez

L’évolution de la place des femmes à l’Alpe d’Huez se dessine à travers le regard et les expériences de ces quatre femmes exceptionnelles, dont les parcours et visions illustrent la transformation progressive et les progrès réalisés dans cet univers montagnard traditionnellement masculin.

La transformation du paysage professionnel en montagne, particulièrement dans les métiers des domaines skiables, est « flagrante » selon Aurélie. Elle témoigne d’un changement rapide et significatif, passant d’une période où les opportunités d’avancement pour les femmes étaient rares, à une ère actuelle où elles investissent et excellent dans des rôles traditionnellement masculins. À l’Alpe d’Huez, par exemple, il est maintenant courant de voir des femmes aux commandes des remontées mécaniques.

Nathalie observe avec enthousiasme l’évolution de la présence féminine dans les métiers de la montagne et des domaines skiables, un changement marqué par une augmentation significative du nombre de femmes dans ces secteurs. Elle souligne que, là où autrefois les femmes étaient une rareté, elles sont désormais une force croissante, avec un bond de 3 à 15 femmes uniquement dans son service des pistes.

Sonia soulève un point important : l’écart entre les genres dans les rôles décisionnaires qui persiste encore. Néanmoins, elle reconnaît avec optimisme, les progrès accomplis depuis quelques années voyant les femmes adopter des rôles de plus en plus influents dans un secteur autrefois dominé par les hommes. Les avancées sont positives, la route vers l’égalité des hommes et des femmes progresse.

Quant à Chrystelle, cette progression vers une plus grande mixité la réjouit, bien qu’elle note une représentation toujours limitée des femmes dans le domaine du damage, une situation qu’elle est désireuse de mettre en lumière pour encourager l’accessibilité de ce métier aux femmes.

Pic Blanc. ®Lionel Royet / OT Alpe d’Huez

4 femmes – 4 mentors pour les jeunes générations

Lorsque l’on interroge ces 4 femmes sur les conseils qu’elles donneraient aux jeunes femmes aspirant à faire carrière en montagne, Sonia est catégorique : « la persévérance est clé ». Sonia encourage les nouvelles générations à saisir les opportunités uniques offertes par les stations de ski, où se mêlent diversité culturelle et possibilités d’apprentissage, promettant des carrières enrichissantes pour celles prêtes à s’engager et à grandir au sein de ce secteur palpitant.

Aurélie quant à elle, offre des conseils empreints d’encouragement : ne pas se laisser intimider par les stéréotypes de genre. Avec du matériel désormais adapté à tous, les femmes n’ont pas seulement leur place, elles peuvent aussi apporter des compétences organisationnelles précieuses, un trait qu’elle évoque avec un brin d’humour. Elle leur rappelle que la persévérance est essentielle pour briser les plafonds de verre et redéfinir les rôles traditionnels dans le secteur des sports d’hiver.

En tant que pisteur secouriste, Nathalie conseille à toutes celles qui souhaitent rejoindre l’aventure des domaines skiables, une solide préparation physique et une maîtrise du ski. Son métier peut impliquer de skier avec des charges lourdes ou de descendre des pistes avec des blessés. Outre l’endurance, elle met en avant l’importance d’une passion pour la montagne, le froid, et la neige, ainsi qu’une flexibilité de caractère pour s’adapter aux diverses situations rencontrées. Pour Nathalie, posséder un bon niveau de ski et une préparation physique adéquate sont essentiels pour réussir et assurer efficacement les secours dans ce milieu.

Enfin, Chrystelle incite vivement les femmes curieuses à explorer le domaine du damage, suggérant même de se présenter directement en station pour tester une expérience en machine. Son engagement à promouvoir cette profession s’est manifesté dernièrement lors d’une intervention dans l’école de ses enfants, où la discussion sur les métiers de la montagne a suscité un vif intérêt chez les jeunes élèves. Pour Chrystelle, encourager la curiosité et l’ouverture vers ces métiers dès le plus jeune âge est essentiel pour briser les stéréotypes et élargir les perspectives des futures générations.

 

Ces 4 parcours inspirants au cœur de l’Alpe d’Huez révèlent une réalité incontestable : la montagne, avec ses défis uniques et ses beautés sans égales, ne fait aucune distinction de genre. Les progrès accomplis vers une plus grande mixité et équité dans ces métiers montagnards sont palpables.

Chacune avec leurs histoires et passions, ces quatre femmes, sont des sources d’inspiration pour les générations futures, prouvant que les sommets les plus élevés, tant au sens propre qu’au figuré, sont accessibles à ceux qui osent rêver grand et travailler dur.

À l’occasion de la Journée Internationale des droits des Femmes, rappelons-nous que l’égalité des chances et la reconnaissance des compétences ne connaissent pas de limites. Le futur des domaines skiables ne peut être que meilleur, enrichi par la diversité et l’inclusion.


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