Célébrant six décennies d’existence, le téléphérique du Pic Blanc à l’Alpe d’Huez reste une icône indétrônable du panorama alpin français. Depuis son inauguration en 1963, cette merveille d’ingénierie a transformé l’accès au sommet des Grandes Rousses, ouvrant les portes d’un monde enneigé à des milliers d’adeptes de la montagne. Son histoire, marquée par des défis audacieux, des innovations techniques et une persévérance communautaire remarquable, témoigne de la vision avant-gardiste de ses initiateurs.

En retraçant le parcours du téléphérique, de l’émergence des premières idées dans les années 1930 jusqu’à la réalisation du tunnel visionnaire de Georges Rajon, nous redécouvrons l’esprit pionnier qui a façonné l’Alpe d’Huez.

Le Pic Blanc, plus qu’un simple téléphérique, est le récit d’une aventure humaine et technique qui révèle une page fascinante de l’histoire du ski et de la montagne.

Du rêve à la réalité : la naissance du téléphérique du Pic Blanc

Dans les années 1930, l’Alpe d’Huez devint le terrain de jeu des skieurs avant-gardistes et des adeptes des peaux de phoque. L’économie locale commença à s’adapter à la demande croissante pour les sports d’hiver dès 1935 avec l’apparition d’hôtels, de magasins de sport et d’autres commerces. L’idée de relier la station au sommet spectaculaire du Pic Blanc, conquis dans les années 1870, germa rapidement dans l’esprit des acteurs locaux. Certes l’idée était séduisante mais les investissements nécessaires étaient colossaux.

Téléphérique du PIc Blanc avant 1962. ®Jacques Bory

C’était sans compter sur l’enthousiasme d’une communauté locale qui s’est rassemblée avec des hôteliers et commerçants qui ont créé une société pour trouver des financements et un constructeur pour initier les travaux des deux premiers tronçons du téléphérique.

Face à de nombreux problèmes techniques et du chiffre d’affaires qui n’était pas au rendez-vous, le concessionnaire a du renoncer. C’est alors que les commerçants et hôteliers locaux unirent leurs forces pour créer la Société d’aménagement touristique de l’Alpe d’Huez (SATA) en 1959, rachetant la concession et prenant le relais pour continuer l’aventure.

L’ambition ne s’arrêta pas là. La vision était de compléter le dernier tronçon permettant d’accéder au sommet du Pic Blanc.

Travaux sur le téléphérique du Pic Blanc. ®Jacques Bory

En 1960, la visite d’un membre du ministère des finances, M. Martin, fut cruciale pour obtenir le financement nécessaire. Après des travaux semés d’embûches et retardés par les éléments à plus de 3000m d’altitude, le téléphérique fut enfin prêt pour la saison 1962-1963, permettant un accès rapide au point culminant des Grandes Rousses.

Travaux et défis à 3330m d’altitude

La construction a été un parcours semé d’embûches, mais les efforts ont porté leurs fruits à l’ouverture de la saison 1962-1963.

“À cette époque, en haute altitude, les moyens dont nous disposions pour transporter le matériel et tirer les câbles étaient bien plus complexes qu’aujourd’hui. Ce n’est d’ailleurs que dans les années 2000, que nous avons mis en place une piste d’accès permettant d’atteindre les 3330 mètres.

La gare d’arrivée est suspendue dans le vide et maintenue en place par des haubans. À l’intérieur de cette gare, se trouvent les deux câbles porteurs du téléphérique, sur lesquels les cabines sont suspendues, enroulés sur une tome d’ancrage. Chacun de ces câbles porteurs supporte environ 100 tonnes de tension.

Les contrepoids des câbles porteurs se situent au bas de la remontée. Ces câbles porteurs sont attachés à deux contrepoids de 90 tonnes chacun. En fonction du déplacement de la cabine sur la ligne, ces contrepoids ajustent la tension des câbles », nous explique Lionel GAUTHIER, Directeur adjoint d’exploitation SATA Group – Alpe d’Huez et responsable maintenance.

Pic Blanc. ®Musée d’Huez et de l’Oisans

Malgré le succès du téléphérique dès sa construction, la descente restait un problème majeur. Les itinéraires existants étant loin d’être idéals pour les skieurs. Le seul itinéraire viable passait par le glacier de Sarenne, obligeant les skieurs à une remontée laborieuse.

La proposition audacieuse de Georges Rajon de creuser un tunnel à travers la montagne a initialement rencontré une opposition. Malgré ces résistances initiales dues aux coûts et aux craintes liées aux courants d’air dans le tunnel, l’intervention d’Émile Allais, champion de ski, en 1963, permit de convaincre le conseil d’administration de la viabilité du projet de tunnel. Ce tunnel allait ouvrir un accès direct au versant de l’Alpe d’Huez, marquant une étape majeure dans l’histoire du téléphérique du Pic Blanc.



Comment l’innovation a redéfini l’expérience du téléphérique du Pic Blanc

L’innovation a joué un rôle important dans l’évolution du téléphérique du Pic Blanc. Plusieurs modernisations notables ont été apportées au fil des ans. « C’est un appareil dont les structures sont rénovées en permanence. La machinerie a été rénovée en 1980, ce qui a permis d’augmenter la capacité des cabines à 80 personnes. La gare située à 3000 mètres d’altitude est restée inchangée, à l’exception des poulies qui ont été remplacées. En 2010, une rénovation complète de l’architecture électrique a été entreprise, avec l’installation d’un système automatisé de nouvelle génération comprenant de nouvelles armoires de commande et de puissance. En 2015, le câble principal a été remplacé, permettant notamment l’installation de la fibre optique.

Pour 2025, un projet de rénovation des cabines est prévu, bien que celles-ci aient déjà fait l’objet d’un relooking il y a quelques années. De plus, nous prévoyons de réaménager entièrement les installations d’accueil à 3000 mètres, en y ajoutant des services supplémentaires. Ce projet suscite de nombreuses idées et innovations à explorer », nous explique Lionel GAUTHIER.

Pic Blanc. ®Lionel Royet / OT Alpe d’Huez

S’agissant de l’exploitation, une équipe dédiée, composée d’un conducteur, de deux cabiniers, et d’un surveillant de gare retour qui reste posté à 3330 mètres d’altitude, assure en permanence la sécurité et l’accueil des usagers. “En ce qui concerne l’équipe technique, nous disposons toujours d’un électricien, d’un mécanicien et d’un chef de secteur ».

Le vent représente un paramètre important pour le bon fonctionnement de la remontée mécanique. Nous surveillons en continu la position des câbles. Ces équipements sont soumis à des conditions météorologiques difficiles, notamment le givre”, nous indique Lionel GAUTHIER.

Un joyau alpin : 60 ans de succès et de panoramas époustouflants

Depuis son inauguration en 1963, le téléphérique du Pic Blanc est devenu une attraction incontournable de l’Alpe d’Huez. Il offre un accès rapide à un panorama exceptionnel de haute montagne, classé 3 étoiles au guide Michelin et aux deux pistes mythiques de la station : Sarenne et le Tunnel.

“Lorsque l’on atteint le sommet, une vue exceptionnelle se dévoile, avec le Mont Blanc, les Grandes Jorasses, la face nord de la Meije, le glacier des 2 Alpes, et le Massif des Écrins, le Mont Ventoux, le lac du Bourget ou le Mont Viso en Italie, qui s’étendent devant nos yeux. Cette vue englobe près d’un cinquième du territoire français. L’accès à ce domaine en haute altitude est une expérience exceptionnelle, surtout pour ceux qui n’en ont pas l’habitude. La voir en personne et la vivre en direct est une expérience à ne pas manquer, que ce soit en hiver ou en été”, nous explique Lionel GAUTHIER.

Arrivée du Pic Blanc, point culminant de la station de ski de l’Alpe d’Huez. L. Salino®

Dominant majestueusement le paysage alpin à 3 330 m d’altitude, le Pic Blanc se distingue comme le plus haut sommet du Domaine de l’Alpe d’Huez, offrant aux visiteurs une fenêtre ouverte sur l’immensité des reliefs montagneux. Une table d’orientation y est installée pour guider les regards curieux à travers cette fresque naturelle, identifiant des sommets lointains tels que la Grande Casse de Pralognan, la Grande Motte de Tignes, ou encore le Grand Paradis en Italie. Le Pic Blanc, bien plus qu’un sommet, est une véritable passerelle entre ciel et terre, une invitation à contempler l’infini des cimes.

Célébrant son 60e anniversaire, le téléphérique du Pic Blanc témoigne de l’histoire riche et des évolutions techniques qui ont marqué la station de l’Alpe d’Huez, continuant d’enchanter les amateurs de ski et de montagne.