I Love Ski est parti à la découverte du parcours atypique de Patrick Grand’Eury, un professionnel chevronné dont l’action s’inscrit dans le dynamisme et l’innovation. Originaire de Hyères dans le Var, Patrick Grand’Eury a vécu une enfance marquée par de nombreux déménagements, une expérience qui lui a inculqué agilité et adaptabilité. Sa carrière débute véritablement en 1986 à Grenoble, où il découvre les domaines du marketing et de la stratégie d’entreprise, puis rapidement l’entrepreneuriat.

Au-delà de ses réussites professionnelles, Patrick Grand’Eury est un homme de passions et de convictions. Il évoque ses motivations, fondées sur le désir de s’engager dans des projets significatifs et de contribuer positivement à son entourage.

À la tête du Cluster Montagne depuis 2018, il aspire à impacter durablement l’économie de la montagne et à transmettre sa vision et son expertise. Sa plus grande fierté ? Sa famille, mais aussi son parcours entrepreneurial riche. Avec humour, il regrette de ne pas être plus jeune pour relever d’autres défis, tout en exprimant ses souhaits pour l’avenir de la montagne. Ce portrait dévoile un individu énergique aux multiples facettes, guidé par l’innovation, la passion et un profond engagement envers sa communauté et son environnement. 

Patrick Grand’Eury, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

J’ai 63 ans, je suis né à Hyères (Var) et mes racines sont au Lavandou, où habitaient mes grands-parents. Mon père était pilote de chasse (leader de la Patrouille de France en 64 et 65) et à 18 ans j’avais fait déjà 20 déménagements ! La mobilité, l’agilité et la prise de risques, je connais un petit peu (rires).

En 1986, j’avais 26 ans et des opportunités de travail à Paris (Publicis) et en région. J’ai opté pour la région de Grenoble, dans une agence où j’ai appris ce qu’étaient le marketing et la stratégie d’entreprise. J’étais chargé de clientèle et responsable du pôle vidéo/événementiel. C’était super intéressant et, comme disent les québécois, « je suis tombé en amour » pour les entreprises et pour le fonctionnement des organisations et la stratégie d’entreprise. Cette passion guidera ensuite tout mon parcours professionnel.

En 1991, j’ai co-créé ADN communication à Grenoble, une agence qui existe toujours (ADN COM). Nous étions l’une des 2 grosses agences B to B, avec des clients prestigieux et fidèles. Nous étions très créatifs et notamment pionniers en matière de multimédia, avant même l’arrivée d’internet ! Mais une croissance un peu trop rapide associée à la première bulle Internet (1999) a eu raison de notre enthousiasme ! Cela a été compliqué à vivre ; nous avons dû réduire la voilure, nous sommes passés de 34 à 17 personnes avec un plan de continuation. Ça secoue pas mal, mais ça permet d’apprendre beaucoup de choses. Bien aidé par ma famille, mon épouse notamment, et des amis, j’ai compris que la vie ne s’arrêtait pas à l’entreprise. Quand on a connu le succès pendant 10 ans et que l’on se prend les pieds dans le tapis, il faut le gérer. En France l’échec n’est pas vécu comme aux USA !

Patrick Grand’Eury

Et puis j’ai rebondi, j’ai alors eu envie de transmettre cette entreprise et de faire autre chose. Je voulais me concentrer sur le développement et la stratégie d’entreprise. J’ai rejoint un ami sur Annecy, Michel Courtois (créateur du réseau national de consultants WIKANE). Nous accompagnions des dirigeants de PME avec des méthodes que l’on mettait nous-mêmes au point. Ma spécialité était d’adapter les outils des grands cabinets, pour les mettre à la portée des TPE-PME dont les dirigeants veulent des approches très concrètes, pragmatiques.

Puis en 2004 j’ai créé une nouvelle société de conseil, Kalgoorlie, en France et en Suisse. Je faisais de l’accompagnement sur mesure de dirigeants (stratégie, croissance, innovation).

En 2003, j’avais commencé une mission avec la gouvernance de Méribel, à l’initiative de Meribel Alpina sur l’optimisation du collectif ; un peu les prémices de ce que l’on vit aujourd’hui. J’ai accompagné pendant 3 ans Méribel Alpina, l’Office du tourisme et les socio-pro. Nous avons créé, par exemple, la notion de Village Economique et aussi un Label spécifique pour les meublés de tourisme, propre à Méribel. Je pense que la passion de la montagne “économique“ m’a attrapé à ce moment-là, mais je ne le savais pas encore. Quelques années plus tard, en 2007, je croise Jacques Daniel, le fondateur de Lumiplan. Il s’interroge sur le devenir de son activité Montagne. Après quelques mois d’exploration en commun, je lui propose de continuer l’aventure et de recentrer la stratégie non pas autour d’une technologie, mais autour du concept de Système d’Information de la Station. Il m’a fait confiance et m’a ouvert le capital.

Pour les 50 ans de Lumiplan avec Carole Montillet et les skis spécialement réalisés pour l’événement

On a lancé de nouveaux développements, les premières applis mobiles des stations, c’était avec l’iPhone 3 en 2009. J’avais embauché un jeune ingénieur très talentueux qui est toujours dans le domaine : Stéphane Albrecht. Nous étions bourrés d’énergie, l’équipe était hyper motivée. Nous avons intégré de nouveaux métiers. Le succès a été au rendez-vous. Avec les 3 Vallées, nous avons développé le premier masque de ski avec de l’information temps-réel embarquée. Ce sont des années où nous avons très fortement accéléré l’innovation. Nous étions 40 à l’époque chez Lumiplan, dont 6 à la montagne ; Le groupe Lumiplan compte aujourd’hui 270 collaborateurs.

Je suis également Président du Cluster Montagne et j’arriverai en juin 2024 au terme de mon second mandat de 3 ans. J’étais déjà au Bureau de l’association, sous la présidence de Xavier Gallot-Lavallée, en charge de la communication/promotion/événements depuis la création de l’association en 2012. Lorsqu’en 2018, j’ai accepté de prendre la présidence, je n’imaginais pas les crises que nous allions affronter. C’est une aventure humaine incroyable ! Je rappelle qu’il s’agit d’un rôle bénévole. Je ne peux faire ça que parce que j’ai des relais super efficaces chez Lumiplan et que mes associés sont en phase avec ce projet.

Patrick Grand’Eury, quelles sont vos passions ?

J’ai 3 enfants (2 garçons et 1 fille) qui sont grands maintenant : 30 ans, 27 ans et 23 ans pour la dernière. Ce sont un peu des baroudeurs eux aussi. Mon épouse est passionnée de voyages et de désert, elle a vécu aux États-Unis. Nous avons beaucoup voyagé ensemble.

Étant né les pieds dans l’eau, j’ai beaucoup navigué également et toute la famille se retrouve en mer régulièrement. Mon épouse a fait pendant 10 ans le rallye des Gazelles, qu’elle a d’ailleurs gagné en 2018. J’ai fait beaucoup de moto, des voyages et plus récemment du rallye-raid dans le désert, plaisir que je partage depuis 2 ans avec un de mes fils. Ce n’est plus très à la mode de dire qu’on aime les sports mécaniques, mais je l’assume.

Patrick Grand’Eury en moto

Nous aimons également nous retrouver en famille à la montagne, soit en pratiquant le ski ou la rando, et dans des environnements un peu plus sauvages ou isolés.

Enfin, avec un ami artisan, je viens de terminer la construction d’une maison de montagne dans les Hautes Alpes, à 1500 m d’altitude. Je vais pouvoir m’attaquer à la rénovation de la maison de mes grands-parents dans le Sud. Vous voyez, je ne m’ennuie pas ! (rires)

Quelles sont vos motivations ? Pourquoi nous levez-vous le matin ?

J’ai plusieurs moteurs. Déjà, j’ai la chance d’avoir toujours eu la passion de mon métier. C’est une vraie chance. Pour moi le but de la vie est de se lever avec des projets, l’envie de faire des choses. Dans ma vie professionnelle comme privée, j’aime explorer, me laisser surprendre, découvrir des choses qui engagent, même s’il y a parfois une part de risque.

Le Cluster Montagne est aussi un engagement, au service d’une filière. J’ai toujours ce besoin de réaliser des choses qui ont du sens, je suis capable de travailler beaucoup mais aussi de me détacher complètement.

Les enfants aussi c’est un engagement, il faut les aider à se construire, les guider et les accompagner jusque vers leur vie d’adulte, sans les surprotéger.

Patrick Grand’Eury

Quelle est votre plus belle réalisation ou votre plus grande réussite ?

C’est difficile d’en choisir une, mais très certainement la famille. Je suis marié depuis 32ans et nous avons des enfants super et cela donne vraiment du sens à la vie.

Professionnellement, l’une de mes plus grandes satisfactions est d’avoir accompagné durablement des dizaines de dirigeants et d’avoir des rappels 10 ans ou 15 ans après. Il ya eu aussi des installations avec Lumiplan dont j’ai été très fier en France et à l’étranger.

Avez-vous des regrets aujourd’hui ?

Ne pas avoir 20 ans de moins aujourd’hui ! (rires), sinon je pense que je me serais aligné sur un Dakar, à moto.

On peut toujours refaire l’histoire, mais fondamentalement je n’ai pas de regret. J’ai juste encore beaucoup d’envies !

Si vous aviez une liste de 3 vœux pour la montagne, quels seraient-ils ?

1 / Engager les changements nécessaires avec l’ensemble des acteurs des territoires et de la société, dans un climat un peu plus solidaire et bienveillant. Où l’économie a sa place au côté de l’écologie.

2 / Construire la montagne touristique des 20 ans qui viennent, avec toujours du ski en hiver et beaucoup d’autres offres aussi, toute l’année.

3 / Comme nous l’avons décrit dans la Raison d’Être du Cluster Montagne, “Agir Collectivement pour une Montagne Vivante et Partagée“, c’est-à-dire en lien avec tous ceux qui y vivent, des vallées aux sommets.

Notre “terrain de jeu“ est tellement extraordinaire, prenons-en soin !