Piloter un drone est une activité qui se développe de plus en plus en montagne. Pour certains, cette activité est synonyme de divertissement et de prises de vues aériennes. Cependant, de nouvelles utilisations voient le jour et notamment la reconnaissance aérienne des domaines skiables, au service de la sécurité des usagers.

Télé-pilote amateur en zone montagne

I Love Ski a rencontré les deux fondateurs de la société PATROLAIR. Ces deux personnalités, issus du monde de l’aéronautique et de la défense, reviennent avec nous sur la nouvelle place que les drones occupent dans l’univers de la montagne et plus particulièrement le sauvetage.

Le pilotage de drone en montagne, un pur plaisir

Aujourd’hui, la plupart des drones en montagne est utilisée à des fins de loisirs. Au delà de l’incroyable sensation de vol que procure l’engin, le drone permet aujourd’hui de réaliser des prises de vues aériennes sensationnelles. Le drone offre la possibilité de produire des images aériennes qui jusqu’alors étaient réservées à l’hélicoptère. Plusieurs stations de ski l’utilisent d’ailleurs pour leur communication touristique et sur les réseaux sociaux.

Vue aérienne prise depuis un drone

Le drone est devenu un objet très désiré en montagne. Il est notamment possible de le programmer afin qu’il suive son propriétaire. Le drone est équipé d’une fonction de suivi automatique, capable d’identifier un sujet en mouvement (personne, animal, objet) et de le suivre en temps réel tout en le filmant. Grâce à un suivi GPS, l’engin auto-piloté repère la cible à partir d’un signal GPS émis par un émetteur (GSC ou Ground Station Controler) ou un simple téléphone portable (Smartphone) que la personne transporte avec elle.

Il est également possible d’utiliser la reconnaissance visuelle, grâce à une identification préalable de la cible. Le drone vous suit à la trace et permet d’immortaliser vos exploits sportifs avec des images de haute précision.

L’altimétrie peut être utilisée pour un suivi vertical, notamment pour des activités comme le ski ou l’escalade. Le drone se stabilise à l’altitude désirée et évolue à la même vitesse. Il peut également être programmé pour vous filmer selon un angle donné. Le célèbre Candide Thovex utilise généralement ces fonctions lors de ces tournages, comme le démontre la vidéo ci-dessous :

Cependant, leur utilisation dans certaines zones inaccessibles ou protégées (et notamment en montagne) peut générer certains conflits d’usage. Plusieurs zones géographiques (Parcs Nationaux ou zones de protection) interdisent le survol de drones et le pilote encourt des sanctions.

Problématiques et spécificités du pilotage de drone en montagne

Dans un premier temps, le bruit. Malgré les différents moteurs électriques composant le drone, il reste assez bruyant. Il est d’autant plus amplifié lors d’utilisations dans des endroits silencieux, tel que la montagne. Cette contradiction est problématique. Toute personne habitant ou venant à la montagne, recherche en premier lieu, la tranquillité et le silence. C’est aussi le cas des nombreux randonneurs partant en pleine montagne. Le bruit de l’engin est assimilé à un certain bourdonnement qui reste donc désagréable.

Puis, le drone, peut devenir un problème pour la biodiversité de la montagne. Leur taille, leur mouvement et leur bruit peuvent effrayer les différentes espèces présentes. Les oiseaux par exemple, peuvent se sentir en danger et quitter leur nid. Plusieurs espèces peuvent l’identifier comme étant un prédateur.

Par conséquent, l’utilisation de drones en montagne doit être contrôlée. C’est le rôle de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC). L’utilisation des drones demande une excellente maîtrise de la technologie, des procédures et de la réglementation en vigueur. C’est pourquoi, la DGAC a mit en place deux guides. Le premier concerne les usages de loisir et professionnels simplifiés des aéronefs sans équipage a bord (drones). Le deuxième se concentre uniquement sur les usages purement professionnels.

Réglementation des drones à des fins de loisir

Pour piloter un drone à des fins de loisir (vols en catégorie ouverte), il est important de bien prendre connaissance de la réglementation en vigueur et la respecter. Certains drones doivent être enregistrés pour effectuer ce type de vol. Un certain nombre de règles conditionnent leur pilotage. Des zones spécifiques sont interdites au vol et d’autres sont soumises à des restrictions. Ces réglementations sont différentes selon les caractéristiques du drone, notamment son poids et sa classe.
Télépilote amateur
En général, les drones de catégorie loisir sont des drones marqué CE qui permettent d’effectuer des vols en catégorie ouverte, c’est à dire à faible risque.
Les classes sont définies par le poids du drone : C0 – C1 – C2 – C3 – C4.
  • C0 : Moins de 250 grammes.
  • C1 : De 250 à 900 grammes et équipé d’une fonction d’identification directe à distance.
  • C2 :  De 900 grammes à 4 kilogrammes et équipé d’une fonction d’identification directe à distance et d’un mode basse vitesse.
  • C3 : De 4 à 25 kilogrammes et équipé d’une fonction d’identification directe à distance.
  • C4 : De 4 à 25 kilogrammes et équipé d’une fonction d’identification directe à distance.
Il est important de connaître ces règles pour toute personne ayant un drone. Le loisir doit rester un loisir.
À titre informatif, en cas de violation de la vie privée, vous encourez 1 an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.

Réglementation des drones à usage professionnel

Si vous faites l’acquisition d’un drone professionnel, il devra, dans un premier temps, être homologué et déclaré à la DGAC. Par la suite, il pourra intervenir dans différents scénarios de vol parmi les 4 existants. À savoir : S1 – S2 – S3 – S4.

  • S1 : Inférieur à 25 kilogrammes, nécessite aucune autorisation, vol à vue, hors zone peuplée et à maximum 200 mètres du télé-pilote.
  • S2 : Nécessite une autorisation de la DGAC et un module coupe-circuit. Vol limité à 50m de hauteur, sauf si le drone pèse moins de 2 kilogrammes, alors, vole autorisé jusqu’à 120 mètres, hors zone peuplée.
  • S3 : Autorisation spécifique de la DSAC (Direction de la Sécurité de l’Aviation Civil)/IR. Permet de voler dans les zones peuplées, à risques et en agglomération. Si le drone pèse de 4 à 8 kilogrammes, il doit être équipé d’un système de coupe circuit et d’un parachute avec une alimentation et un émetteur indépendant.
  • S4 : Scénario le plus spécifique. Aucune limite de distance horizontale mais distance verticale ne devant pas dépasser les 120 mètres en-dehors des agglomérations. Nécessite une formation, très peu de personne sont qualifiées et autorisées à réaliser ce type de vol. Généralement des aéronefs de type « avions » pour des missions de surveillance.
Vol d’un drone en zone de montagne

L’utilisation d’un drone homologué ne peut être réalisé que par un pilote professionnel, déclaré à la DGAC. Il doit être titulaire d’un numéro d’accusé de réception, d’une déclaration d’activité d’exploitant d’aéronefs circulant sans personne à bord, utilisés dans le cadre d’activités particulières et ayant obtenu toutes les autorisations de vol.

Quand l’aéronautique s’implique…

I Love Ski a rencontré les deux fondateurs de PATROLAIR, Thierry de Boivilliers et Antoine Fleischmann. Le premier est ingénieur, officier pilote d’hélicoptère d’attaque et chef instructeur combat. Il comptabilise 29 ans d’expérience dans les opérations aériennes et dans l’industrie aéronautique, chez AIRBUS. Le second, quant à lui, est ingénieur arts et métiers. Il a travaillé durant 37 ans dans l’industrie aéronautique, chez AIRBUS également.

Thierry de Boivilliers et Antoine Fleischmann, fondateurs de la société PATROLAIR – Salon Mountain Planet 2022

Tous deux ont fondé PATROLAIR, dans le but d’apporter une approche réglementaire poussée et une formation de haut niveau, en accord avec la DGAC. L’objectif est d’assurer le succès et la sécurité de toutes les opérations de drones. Pour ce faire, ils se sont basés sur trois piliers : le conseil, la formation et l’accompagnement dans la durée.

Le conseil

Le conseil passe avant tout par le choix du drone en fonction de la mission à réaliser. Il permet également de travailler à la rédaction de concepts opérationnels (CONOPS) ou la structuration de l’activité en respectant les normes aéronautiques.

La formation

Elle permet d’assurer la qualité et la sécurité des différentes opérations. Pour cela, PATROLAIR a mis en place plusieurs formations. En premier lieu, la formation théorique permet d’obtenir le Certificat d’Aptitude Théorique Télépilote (CATT). Cette formation est limitée à six mois et se déroule à distance.

Badge Télépilote promotion Géraud Parjadis

Ensuite, la deuxième concerne la pratique avec la possibilité d’une formation soit à Venelles (13770) ou directement sur le site du client. Elle dure une semaine de 35h avec, à la clé, une attestation de formation pratique télépilote drone.

La troisième formation est plus spécifique et elle se concentre sur différents modules. Le candidat a la possibilité de choisir ce sur quoi il veut être formé, à savoir, la thermographie, la photogrammétrie, les vols en montagne, de nuit ou encore la formation instructeur télépilote.

Et enfin, la dernière formation correspond aux missions. Parmi les missions possibles, citons par exemple la reconnaissance côtière ainsi que la SAR mer et montagne (recherche et sauvetage).

L’accompagnement dans la durée

Le logiciel UAVSAFE de PATROLAIR permet de gérer les télépilotes, les drones et les batteries des différents équipements, afin d’optimiser chaque mission. Il s’inscrit dans une suite numérique en cours de développement, couvrant les besoins de la mission à son reporting, tout en partageant un retour d’expérience entre utilisateurs. De plus, l’accompagnement passe par du « refreshing course », qui permet de revoir ou de mettre à jour les connaissances acquises durant les formations.

Mais concrètement, qu’est-ce qu’un drone est capable de faire en montagne ?

Le drone en montagne innove pour répondre aux attentes des stations

Grace au développement de la technologie, les drones sont devenus de vrais bijoux high-techs, capables de réaliser un grand nombre de missions.

Photo d’un drone et de ses équipements

De nouveaux équipements au service de la sécurité et de l’environnement

Lorsqu’une remontée mécanique tombe en panne, en survolant la zone, le drone sera capable de repérer d’éventuelles victimes bloquées au sein de celle-ci grâce notamment à la caméra de jour et son zoom x180. Cette dernière offre des détails pouvant aller jusqu’à 1km. Le pilote n’aura plus qu’à informer les numéros des sièges occupés afin d’optimiser l’arrivée des secours. De plus, ils peuvent devenir des véhicules aériens sans pilotes comme alternative aux remontées mécaniques.

Grace aux différents équipements qui ont été mis en place, les drones contribuent également à l’optimisation des missions de secours. Équipés de système de détection DVA (récepteur) et d’une caméra thermique, ils permettront de sauver de nombreuses vies en cas d’avalanche. Cependant, il est tout de même important de savoir quoi faire si vous êtes pris dans une avalanche.

Vol d’un drone de sauvetage en zone montagne

Face aux enjeux climatiques importants et à la nécessité d’optimiser la production de neige de culture, le drone propose de nouvelles fonctionnalités. Équipé de capteurs, de Lidar, le drone va permettre d’observer de façon précise les volumes de neige produits. Au même titre que le système Snowsat qui équipe les dameuses, le drone sera capable de mesurer l’épaisseur de neige produite et par conséquent de contribuer à l’optimisation de la production.

Il existe également des drones équipées de caméras thermiques. Grâce à elles, ils peuvent notamment observer les panneaux photovoltaïques qui produisent ou non de l’énergie verte et ainsi être réparés. Cela peut devenir une aubaine pour les stations qui s’engagent à devenir 100% autonomes énergiquement, ou pour les domaines skiables français qui annoncent une neutralité carbone d’ici 2037.

« Nous sommes encore loin d’imaginer tout ce que le drone va pouvoir faire »

, nous précise Antoine Fleischmann de la société PATROLAIR.

Le drone est un outil qui se développe de jour en jour et son utilisation va continuer à se développer. Les situations évoquées ci-dessus ne sont que de petits exemples.

Quelles sont les prix de ces merveilles de la technologie ?

Les drones professionnels, permettant de réaliser des choses impensables il y a quelques années, ont tout de même un prix. PATROLAIR nous les a dévoilés.

  • Prix du drone seul : Entre 10 000 € et 15 000 €.
  • Drone avec équipements (caméra de jour, thermique, télémétrie laser) : Entre 20 000 € et 25 000€.
  • Drone équipé de la technologie Lidar : minimum 30 000 €.

L’avenir du drone dans la sécurité et face aux enjeux environnementaux

« Il faut laisser le temps aux mentalités de s’adapter à ce nouveau vecteur qui cherche à s’insérer dans un écosystème qui est déjà bien existant »

, affirme Antoine Fleishmann.

Le drone est et sera, une réelle innovation dans le combat des enjeux environnementaux et le sauvetage de personnes en situation de danger.

PATROLAIR, en collaboration avec le Directeur du service des pistes de la vallée de Belleville, ont créé la première école de télépilote de drone en montagne, qui sera localisée sur la station des Ménuires. Elle ouvrira ses portes en septembre 2022.