Après la douche froide de mardi soir suite à l’annonce du Président Emmanuel Macron de ne pas ouvrir les stations de ski à Noël, le couperet est tombé ce matin avec la déclaration du premier Ministre Jean Castex qui confirme que les remontées mécaniques n’ouvriront pas à Noël.

Les remontées mécaniques resteront fermées

“Bien entendu, il sera loisible à chacun (…) de se rendre dans [les stations de ski] pour profiter de l’air pur de nos belles montagnes, des commerces – hors bars et restaurants – qui seront ouverts. Simplement, toutes les remontées mécaniques et les équipements collectifs seront fermés au public”, a déclaré le Premier ministre français.

“Quelle que soit l’importance des efforts que sont prêts à consentir les gestionnaires et les responsables de stations, il ne serait en effet pas prudent de laisser se rassembler des flux très importants de population avec des activités susceptibles de solliciter par ailleurs les services hospitaliers”, a-t-il justifié.

Les stations et les domaines skiables de France mobilisés dès le premier instant

L’annonce du Président de la République avait eu l’effet d’une douche froide pour tous les professionnels de la montagne, et à juste titre. Tout juste 24 heures avant d’annoncer de la non-ouverture des stations de ski françaises à Noël, les élus et partenaires de la Montagne étaient reçus par Matignon. Cette réunion avait pour vocation d’examiner les conditions d’ouverture des stations, et de proposer des solutions responsables conciliant les impératifs sanitaires et la sauvegarde économique de leurs territoires.

Suite à l’annonce du Président, de nombreux acteurs s’étaient mobilisés pour faire entendre la voix de la montagne. En tête de file, les Domaines Skiables de France s’étaient fait le relai d’une pétition pour convaincre le gouvernement de revoir sa position. Ces derniers, au travers de leur président Alexandre Maulin, s’étaient même dits « prêts à attendre jusqu’au 15 décembre ».

« Il n’y a aucune raison crédible à ne pas ouvrir la saison de ski dès les vacances de Noël ».

« Toutes les parties prenantes se sont préparées à l’ouverture, les stations sont prêtes et les équipes sont embauchées. Les professionnels ont tenu le plus grand compte de la crise sanitaire que nous traversons, d’abord par civisme mais aussi parce que c’est leur intérêt bien compris d’offrir aux visiteurs un environnement qui les rassure et leur permette de passer des vacances en toute sérénité.

Ils comprennent qu’eu égard au contexte, des décisions d’ouverture ne puissent pas encore être prises et à cet égard l’évolution des prochaines semaines sera décisive, il ne faut pas se précipiter, une décision mi-décembre permettrait encore de démarrer la saison dans de bonnes conditions », déclarent les fondateurs de cette pétition.

De son côté, Xavier Roseren Député En Marche de Haute-Savoie, a interpellé ce mercredi le Gouvernement et mobilisé plusieurs députés de la majorité : Xavier BATUT Xavier, Danielle BRULEBOIS, Typhanie DEGOIS, Loïc DOMBREVAL, Laurence GAYTE, Frédérique LARDET, Marion LENNE, Stéphane MAZARS, Véronique RIOTTON, Jean-Bernard SEMPASTOUS et Huguette TIEGNA :

« Nous sommes intimement convaincus qu’il est possible d’ouvrir les stations de ski, tout en prenant toutes les précautions nécessaires pour limiter la propagation du virus ».

« Ainsi, nous vous sollicitons afin que le Gouvernement maintienne l’hypothèse d’une ouverture des stations pour les vacances de Noël et poursuive le dialogue avec les représentants du secteur de la montagne pour qu’une décision soit prise, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire, lors de la deuxième phase du déconfinement qui aura lieu le 15 décembre », conclut Xavier Roseren.

Une incompréhension légitime

Du côté des « rouges », le Syndicat National des Moniteurs de Ski Français avait demandé une révision des mesures annoncées par le Président Emmanuel Macron ce mardi 24 novembre.
Plusieurs questions sont d’ailleurs soulevées par ces professionnels qui voient dans cette annonce une certaine incompréhension légitime :

  • « Le Président de la République annonce l’ouverture des commerces et des activités de plein air pour le périscolaire à partir du 28 novembre.
  • Dans le même temps, il se prononce pour une impossibilité de privilégier une ouverture des stations de ski pour les fêtes de fin d’année
  • La montagne n’est-elle pas une activité de plein air ? Les grands espaces qu’offrent pourtant la montagne favorisent « spontanément » l’air pur, la mise en place des indispensables gestes barrières et la distanciation sociale.
  • Le Président annonce la possibilité à partir du 15 décembre de libre circuler pour partager ces moments en famille
  • Qu’allons-nous proposer aux nombreuses personnes qui se rendront en montagne et voudront profiter de l’air pur pour des sorties en randonnée, en ski nordique…
  • Depuis le printemps dernier, tous les acteurs de la Montagne travaillent à la mise en place de protocoles sanitaires très stricts afin de garantir un accueil le plus sécurisé possible, dont la rédaction finale a été déléguée au Préfet de la Savoie, Préfet coordinateur de la Montagne.
  • Est-il plus difficile d’accueillir des français sur un domaine skiable plutôt qu’en ville ou en bord de mer ?
  • A l’heure où l’on parle de l’alignement des pays européens, que penser de l’annonce des Suisses, Espagnols ou Andorrans sur l’ouverture de leurs stations de ski, pourtant frontalières aux nôtres et qui accueilleront dans ces conditions nos clients ? »

Décision de fermeture des remontées mécaniques à Noël : tout est allé très vite… trop vite ?

Réunion à Matignon lundi, annonce du Président de la République mardi soir, déclaration du Premier Ministre jeudi matin. Tout est allé très vite et certainement trop vite pour laisser le temps et le soin aux professionnels de la montagne de se retourner et de pouvoir argumenter leur position.

Dans une tribune publiée ce jeudi, les professionnels de la montagne estimaient qu’il n’y avait « aucune raison crédible à ne pas rouvrir » dès les vacances de Noël, d’autant que ces dernières représentent entre 20 et 25% de leurs recettes. Selon eux, il y a « un enjeu économique et social majeur pour une filière qui représente plus de 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, 2 milliards d’euros d’exportations » et qui « fait vivre un tissu d’entreprises locales, qui emploie plus de 120.000 personnes dans des territoires dont l’économie locale repose souvent pour l’essentiel sur ce secteur ».

On ne peut aujourd’hui que regretter cette prise de position rapide et qui aurait certainement méritée d’être à nouveau étudiée dans quelques jours ou quelques semaines en fonction de la situation épidémiologique. D’autant que les arguments évoqués se basent sur des décisions prises par certains pays européens (Allemagne notamment) et sur la pression des hôpitaux en « Auvergne Rhône Alpes » et « Bourgogne- Franche Comté ».

Mais faut-il une nouvelle fois rappeler que la France est composée de 6 massifs montagneux et que des dispositions par régions auraient probablement permis d’éviter à certains massifs comme les Alpes du Sud, les Pyrénées, le Massif Central ou la Corse de subir cette décision nationale lourde de conséquence pour toute un économie de montagne ?

 


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