I Love Ski a rencontré Jacques Arnoux, Maire de la commune nouvelle de Val Cenis dont il est à l’origine. Homme du pays, amoureux du ski, il nous confie ses passions et ses débuts dans la vie politique locale.

 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel et votre implication dans la vie publique ?

Jacques Arnoux : J’ai 67 ans, je suis originaire de Lanslebourg depuis plusieurs générations (mes parents et grands parents étaient natifs de Lanslebourg), l’une des communes déléguées de la nouvelle et grande commune de Val Cenis.

Après l’armée, je faisais mes études et j’ai demandé une place de surveillant dans un lycée. J’étais déjà titulaire du premier diplôme de moniteur de ski de l’époque, et j’avais demandé naturellement Saint-Jean-De-Maurienne. Finalement, on m’a proposé le lycée à Chamonix, un lycée qui était d’ailleurs en 1975 un lycée expérimental où les enfants ne travaillaient que le matin et l’après midi ils avaient des activités culturelles ou sportives. Avec un diplôme de moniteur de ski, cela les intéressait quelqu’un qui puisse encadrer les enfants. J’ai accepté et je me suis retrouvé à Chamonix où j’y suis resté 40 ans !!

Je suis rentré comme surveillant puis maitre auxiliaire. J’ai rapidement trouvé une place dans un établissement médico-social du plateau d’Assy ou j’ai fait toute ma carrière professionnelle. Tout d’abord comme formateur puis j’ai fini Directeur général des structures de cette association. Entre temps, j’ai refait une formation universitaire. J’ai aussi travaillé sur des fusions d’établissements médico-sociaux privés, à but non lucratif, à une époque où on commençait à restreindre les financements face aux déficits de la sécurité sociale. Je suis assez fier d’avoir créé l’une des plus grandes structures de la Haute-Savoie et j’ai pris ma retraite en 2014 avec l’intention de revenir au pays.

En 2014, le Maire de l’époque (Jean-Pierre Jorcin) m’a sollicité au mois de février pour créer une liste car il ne souhaitait plus de représenter. Personne ne bougeait trop sur la commune de Lanslebourg et il avait essayé d’organiser une liste sans y être, mais personne ne voulait se présenter comme tête de liste. J’avais déjà été adjoint précédemment sur la petite commune de Servoz, proche de Chamonix, faisant partie intégrante de la communauté de communes de la vallée de Chamonix.

Je n’ai pas hésité trop longtemps, j’adore cette vallée, je voulais participer à son développement.

Je pensais avoir certaines compétences et entre autres sur les projets de développement et la stratégie. J’avais également des notions de droit, de gestion. Aujourd’hui ce sont des choses très utiles pour la fonction de Maire, qui est une fonction parfois compliquée.

Dans les grandes communes, les maires sont très bien entourés. Dans les petites communes comme les nôtres, ce n’est pas aussi facile, surtout en fond de vallée où on ne trouve pas forcément le personnel le plus qualifié. Le Maire doit avoir une certaine vision, et aller chercher de l’information, des procédures pour faire des analyses fines, se renseigner, etc.

Je m’étais dit « je vais faire un mandat ». J’avais déjà 62 ans lorsque j’ai été élu en 2014. La première année n’était pas très simple avec beaucoup de déplacements entre mon lieu de travail et Lanslebourg. Au 1er janvier 2015, j’ai pris ma retraite dans la vallée, et je me suis consacré exclusivement à la Mairie de Lanslebourg. Aujourd’hui la nouvelle commune de Val Cenis compte 2126 habitants, la deuxième plus grande commune de France en superficie (454 km2), avec 40 % de son territoire qui constitue le cœur du Parc de la Vanoise. Nous sommes le plus gros contributeur au Parc de la Vanoise. Nous avons également 23 000 lits touristiques qui génèrent près de 1,5 millions de nuitées à l’année.

Notre limite communale va sur Pralognan et Tignes. Une partie du glacier de Tignes se situe sur la commune de Termignon. Dans le cadre du projet de rénovation des remontées mécaniques sur le glacier de Tignes, nous avons d’ailleurs été obligés de modifier notre Plan Local d’Urbanisme. Les règles d’urbanisme de Val Cenis prévalent sur celles de Tignes puisqu’ils sont sur le territoire administratif de la commune. Pour nous c’est intéressant car cela nous génère des revenus pour la commune.

Quelles sont vos motivations ? Pourquoi vous levez-vous le matin ?

Jacques Arnoux : Je suis un peu hyper-actif. Honnêtement, la retraite me faisait un peu peur. De toutes façons, si je n’avais pas été élu, j’avais déjà pris des contacts pour être consultant dans le médico-social, afin d’accompagner des établissements sur la mise en place de stratégies de développement, démarches qualité, etc.

Je ne me voyais pas sans rien faire. Je suis relativement sportif, je suis moniteur de ski, je faisais beaucoup de vélo mais je ne me voyais pas du matin au soir faire uniquement du ski et du vélo (rires).

C’est important de maintenir une activité intellectuelle. De temps en temps le mandat de Maire me pèse un peu parce que je ne passe pas beaucoup de temps à la maison. Mes enfants sont grands, j’ai un de mes deux fils qui a continué à habiter dans la vallée de Chamonix, et l’autre qui est dans la vallée de la Maurienne. J’ai également deux petits-enfants.

Je trouve que c’est quand même valorisant de pouvoir faire avancer une vallée. Dans quelques années, lorsque je ne serai plus trop loin du cimetière, je me dirai au moins que je n’ai pas perdu ma vie, j’aurais apporté ma contribution à quelque chose. Nous ne sommes pas sur Terre que pour se faire plaisir, nous y sommes aussi pour faire avancer les choses. Toute ma vie, je me suis occupé de personnes handicapées, je me suis toujours éclaté dans mon travail parce que je trouvais que l’on servait à quelque chose. Je me rappelle d’ailleurs d’une anecdote avec un Inspecteur des Impôts qui me disait « vous au moins vous avez une vraie valeur sociale » (rires).

Le matin, je suis bien content de voir ce paysage en face de moi, de voir que la station de Val Cenis fonctionne, que les gens sont contents, que nous continuons à développer des projets.

Nous nous entendons très avec Yves Dimier. Nous nous connaissions auparavant et nous avons bien les mêmes visions du développement de Val Cenis.

 

Quelles sont vos passions ?

Jacques Arnoux : Elles tournent beaucoup autour du sport et de la montagne. J’adore la montagne, j’ai fait la traversée des Alpes (Chamonix-Menton), une partie de la traversée des Pyrénées et de la Corse.

J’ai aussi la passion de me mettre au service des autres et de faire avancer des projets.

Si vous aviez une liste de 3 vœux pour la station de Val Cenis, quels seraient-ils ?

Jacques Arnoux : Premièrement qu’elle continue à se développer de manière équilibrée. Je ne souhaite pas pour Val Cenis un développement anarchique. Aujourd’hui la loi nous empêche de le faire. Mais si nous en avions la liberté, je pense qu’il faut savoir garder raison, continuer à développer de manière intelligente, maintenir l’agriculture. Ce ne serait pas une bonne chose que d’abandonner l’agriculture au profit des remontées mécaniques.

Ensuite, que Val Cenis apporte une qualité de vie à ses habitants et à la Haute-Maurienne. Je pense que la commune de Val Cenis apporte de la plus-value aux communes comme Bessans et Bonneval-sur-Arc. Il faut que l’on continue. Je n’ai pas de vision égoïste des choses. Les grandes communes doivent faire profiter les autres communes de leurs atouts. Nous ne pouvons pas imaginer le développement d’une commune en écrasant les autres.

Enfin, que Val Cenis soit reconnue comme une commune ayant un rôle social, ce serait bien.

 

On parle beaucoup de réchauffement climatique. Comment voyez-vous l’avenir du ski ?

Jacques Arnoux : Je constate avant tout que nous avons toujours de la neige. Cela baisse, c’est évident. Nous devons d’ores et déjà réfléchir à ce qui va se passer, dans 20-30 ans où l’activité ski va peut-être baisser. Mais nous ne pouvons pas, sous prétexte que dans 20-30 ans, il n’y aura peut-être plus de neige et plus de stations, s’arrêter dès aujourd’hui.

Dernièrement, un détracteur me disait : « cela ne sert à rien, dans 30 ans, vous êtes morts ». J’ai failli lui dire « mais vous aussi dans 30 ans vous serez mort, alors pourquoi vous n’arrêtez pas de manger ? ».

Nous avons 30 ans pour nous retourner. Et ce n’est pas en arrêtant toute activité aujourd’hui que nous trouverons les solutions, et des ressources financières, pour nous adapter à ce réchauffement climatique. Il s’agit d’une bataille de tous les jours, toutes les semaines, tous les mois, tous les ans, pour s’adapter en permanence. De toute façon, l’être humain, les animaux se sont toujours adaptés. Le propre de la vie est de s’adapter en permanence. Je pense que les stations continueront de s’adapter. Je n’imagine pas une adaptation brutale : arrêter le ski et proposer tout autre chose. Nous devons appréhender les projets à plus long terme.

Par exemple sur Termignon, nous envisageons de réaliser des constructions, et il faut envisager dès aujourd’hui de les faire un peu plus haut.

Il faut d’ores et déjà avoir cette vision, nous avons d’ailleurs réfléchi dans le SCOT (Schéma d’Orientation Territoriale) sur de nouveaux appareils : quel type d’appareil ? Où le mettre ? Pourront-ils êtres utilisés l’été ? Pour le vélo ? la randonnée ?

Peut-être que dans 30 ans, Val Cenis sera plus une station touristique qu’une station de ski.

Nous devons nous adapter au réchauffement climatique mais aussi aux évolutions de la société. Le réchauffement climatique peut mettre en péril les stations de ski mais la société aussi. On ne vit pas en 2020 comme en 1900. Et en 30 ans, les loisirs vont évoluer. Je ne sais pas si nous pourrons aller passer nos vacances à l’autre bout du monde avec autant de facilités…Nous devons évoluer vers un tourisme 4 saisons, où le ski n’est ne sera peut-être plus le seul moteur économique, mais allons-y progressivement. Adaptons-nous en permanence et apportons des solutions.

 

Quels sont les futurs projets ? 

Jacques Arnoux : La station de Val Cenis s’est créée en 1967, après la création du barrage du Mont Cenis. Le barrage a entraîné l’arrivée de nombreux habitants sur le territoire et la création de logements. Quand les travaux ont été terminés, la question s’est posée de savoir ce qu’ils allaient devenir ces hébergements. Le ski existait déjà, il y a avait déjà 2 ou 3 téléskis sur Lanslebourg et Lanslevillard. Le barrage avait amené de la richesse sur le territoire et les de jeunes élus de l’époque s’étaient entendus pour créer une station de ski (Val Cenis). C’était le plein boum. On pouvait créer des stations très facilement.

A cette époque, Bramant et Termignon n’avait pas pris le train en route. Termignon a créé une station de ski une dizaine d’années plus tard, sauf que leur station n’a jamais été viable rentable car elle était petite, avec peu d’hébergements. Très rapidement ils se sont retrouvés en difficulté. L’une des solutions a été d’intégrer le domaine skiable de Val Cenis, avec une liaison entre ces deux domaines pour jouer « gagnant-gagnant ». Aujourd’hui, le secteur de Termignon dispose encore des appareils initiaux qui ont aujourd’hui une trentaine d’années.

Le grand projet de ces prochaines années est de remplacer ces appareils sans trop d’extension du domaine skiable. C’est un très beau secteur de ski. L’idée est de rénover les appareils, avec peut-être une télécabine qui permette de rejoindre le secteur depuis Termignon et pourquoi pas la création de lits en altitude.

Nous avons également réfléchi à créer une liaison haute entre secteurs. Aujourd’hui lorsque vous êtes sur le secteur Termignon, pour rejoindre la zone du Mont Cenis il faut descendre à Lanslebourg puis remonter. Ce sont des projets que nous avons inscrits dans le SCOT avec quelques appareils pour assurer cette liaison haute.

Et toujours dans le SCOT, nous avons inscrit un projet de téléphérique pour limiter l’empreinte écologique (sans pylônes) qui partirait du sommet de la Ramasse pour rejoindre le sommet de la Tura où il y avait un fort à l’abandon. L’idée est de rénover ce fort pour un accueil touristique et profiter de cette vue incroyable sur le lac, la dent Parrachée, le massif de la Vanoise. L’arrivée se ferait à 2600-2700 mètres d’altitude, et c’est très facilement accessible. Le tout, avec des espaces d’interprétation de la faune et de la flore du site du Mont Cenis. Les visiteurs pourraient accéder en altitude pour du contemplatif mais aussi des activités d’été d’altitude : VTT notamment. Ce point là a d’ailleurs reçu un accueil favorable de la part du Commissaire Enquêteur du SCOT. Nous sommes dans de la diversification des activités.

Sur Termignon, nous avons pensé la même chose avec la mise en place d’une télécabine. Il s’agit d’une installation qui coute un peu plus cher mais qui permet d’être utilisée en été.

Notre ambition, avec Yves Dimier, est de faire progresser la station. Nous sommes aujourd’hui dans les 25 premières stations françaises. Nous ne visons pas la première place mais nous souhaiterions garder cette position et être dans les 20 premières stations de France car nous avons des atouts. Avec le réchauffement climatique, nous avons l’impression d’avoir plus de retours d’Est qu’il y a 15-20 ans et nous avons souvent de la neige très tôt en saison. En étant plein nord, nous gardons la neige très longtemps. L’an dernier, nous avions organisé le Challenge des Moniteurs de ski fin avril et les moniteurs français étaient surpris des conditions de neige hivernales à cette période de l’année, avec une vraie neige d’hiver sans phénomène de « soupe » où au dixième passage, il y a des ornières gigantesques (rires).

Je pense que nous avons des atouts et que nous pouvons continuer encore quelques décennies sans trop de souci, tout en étant attentifs aux évolutions climatiques et sociétales.