Interview de Christine Massoure, Directrice Générale du groupe N’PY Nouvelles Pyrénées.

Pourquoi y a t’il encore si peu de femmes à la tête des stations ? 

Christine MASSOURE : Le temps n’est pas loin où l’on recrutait généralement des ingénieurs. Le cœur de métier reposait sur la technique et l’environnement était tellement hostile que l’on ne pensait pas à une femme.
Le milieu des stations de ski est encore un milieu très masculin et les rares femmes qui sont présentes depuis un certain nombre d’années dans ce milieu, doivent encore s’imposer aujourd’hui par leurs compétences, mais aussi leur compréhension des contraintes techniques.
L’absence de femmes aux postes de Directeur de domaine skiable n’est pas un problème de capacité, c’est plus un problème d’exigences du poste, et de contraintes liées à l’activité qui font que ce métier est difficilement compatible avec la vie de famille. Ces sont des exigences à prendre en compte pour le futur, car je ne suis pas sûre que les nouvelles générations aient envie de consacrer leur vie à leur travail comme nous avons pu le faire dans notre génération. Et cela est encore plus vrai sur des stations moyennes comme celles des Pyrénées.
Lorsqu’un poste de Directeur se libère, il n’y a pas de demande de la part de femmes. Cela est regrettable car en ce qui concerne le recrutement, à compétences égales, je pense que nous essayerions plutôt de choisir une femme.

Christine Massoure, que peut-on faire pour changer cela ? 

Christine MASSOURE : Je pense que les choses changent sur des postes de direction générale. Aujourd’hui, la fonction de direction générale est moins technique, il n’a plus besoin d’être en permanence sur le terrain et bénéficie de relais techniques avec des collaborateurs sur le terrain, on a besoin de profils plus standards qui travaillent sur l’avenir et les équilibres économiques indispensables à la viabilité des entreprises. A mon sens ce type de poste sera de plus en plus ouvert à des femmes.
Aujourd’hui, les femmes directrices de stations restent des profils atypiques, des personnes passionnées par le milieu. Même si l’on proposait ce type de poste à des ingénieurs femmes, je pense qu’elles ne postuleraient pas au regard des contraintes et des responsabilités de ce métier. C’est l’évolution des fonctions qui permettront aux femmes d’être plus présentes. Dans ce contexte, peu importe le genre, c’est avant tout l’adéquation personne et projet.

Quelle valeur ajoutée peut apporter une femme dans une station de ski ? 

Christine MASSOURE : Une femme apporte une autre sensibilité et un regard bienveillant sur l’entreprise mais aussi sur le service.
Nos salariés contribuent totalement au produit, au rendu au client. Dans la gestion des ressources humaines, l’appréhension d’une femme est souvent plus humaine, avec plus de considération. Et il y a le pendant pour le client : une femme apporte une sensibilité du service, y compris dans les détails. Je pense notamment aux toilettes : une femme appréhende naturellement cette problématique pour elle mais aussi pour ses enfants. Il en est de même pour les zones d’apprentissage.
Le regard d’une femme est complémentaire à celui d’un homme. Il est nécessaire d’avoir ces deux visions dans la gestion d’un domaine skiable, où nos équipes sont généralement très masculines.
L’évolution de la place des femmes dans les domaines skiables ou les regroupements de stations, dépend de l’évolution des fonctions à responsabilités : avec le développement de postes de Directeur (trice) général(e), il n’y aura progressivement plus cette barrière technique, y compris psychologique.
Il y a 15 ans, j’étais personnellement plus sur le terrain et j’avais des préoccupations de terrain. Aujourd’hui, mes préoccupations sont plus financières, à la recherche de financements et nouveaux modes de gestion.