Interview de Jean-Marc Silva, Directeur de France Montagnes

Pourquoi, selon vous, y a t’il encore si peu de femmes à la tête des stations ?

Jean-Marc Silva : Nous assistons enfin à un changement de regard du monde sur la parité homme/femmes.  Aujourd’hui, ce n’est heureusement plus une particularité, c’est une réalité. D’autant plus dans un contexte de Coupe du monde féminine de football, qui est très intéressant actuellement et qui valorise à juste titre les sports féminins.
Personnellement, je pense que la place de la femme dans la montagne a toujours été : Catherine Destivel, Christine Janin, Live Sansoz ont d’ailleurs marqué de leur nom l’histoire de la montagne, de l’alpinisme et de l’escalade.
Lorsque le ski s’est démocratisé avec le plan neige, les premières stations de ski ont été créées par des pionniers, très majoritairement des hommes : à cette époque, les femmes assuraient travail et pour un grand nombre un rôle de mère et de gestionnaire de la famille. Cela doit expliquer en partie pourquoi il y avait peu de femmes parmi eux.
On évoquait souvent les stations de ski en utilisant les termes de sports d’hiver et  « remontées mécaniques », nous étions dans une industrie très mécanique. Un des premiers changements visibles est intervenu lorsque le Syndicat National des Téléphériques de France (SNTF) est devenu Domaines Skiables de France (DSF) : c’était un signe fort. Nous sommes passés sur une offre plus globale de services et une plus grande prise en compte de la clientèle et de ses besoins.
Aujourd’hui, la montagne est encore assez masculine, il y a de la mixité mais pas encore de parité partout. Je crois pouvoir dire qu’il n’y a plus aucun métier qui ne soit pas occupé par une femme. Une des premières femmes pisteurs secouristes en France a été Dominique Alés, à l’Alpe d’Huez, et c’était il y a déjà 40 ans (autour de 1979). Aujourd’hui, on trouve des femmes à tous les postes dans les stations de ski mais leur nombre reste encore marginal dans certain métier.  C’est assez lent, trop lent, aux hommes d’accélérer ce mouvement en créant les conditions nécessaires d’accessibilité.
Paradoxalement, dans la branche de la communication envers le grand public, nous essayons de nous adresser aux femmes, car ce sont les premières organisatrices de vacances, et les plus sensibles à nos messages. Selon les toutes dernières études, 53% des femmes décident pour les vacances. Nous avons intérêt, tout intérêt, à ce qu’il y ait plus de femmes dans les postes de direction car elles amènent aussi ce côté parfois moins sportif, ou moins compétitif, pouvant être plus attentives aux aspects sociétaux, et souvent plus sensibles à « l’art de vivre ».
Nous nous devons maintenant de montrer une montagne qui n’est pas genrée et qui s’adresse à tous. Ce sont les femmes qui vont donner envie aux autres femmes de venir travailler dans ce secteur. Nous ne devons pas rester dans de l’exceptionnel, du jamais vu, du phénoménal, avec le travail des femmes en station car nos jeunes auront du mal à s’identifier et considèreront que ceci est trop exceptionnel ou anecdotique pour pouvoir accéder à ces postes entre autre  de directrices de domaines skiables.

Selon vous, Jean-Marc Silva, que peut-on faire pour changer cela ?

Jean-Marc Silva : Nous avons intérêt à avoir une communication très paritaire de nos métiers. Cela devrait être évident. Les métiers de dirigeants de stations de ski ne sont plus réservés aux écoles d’ingénieurs mais aussi par exemple à des profils d’écoles de commerce. Certes, ce sont des métiers qui sont confrontés à beaucoup de contraintes physiques, météorologiques, à du personnel d’exploitation majoritairement masculin, mais il faut encourager celles qui y sont, et qu’elles soient force d’exemple pour les autres. Elles ne doivent pas rester des exceptions mais des exemples à suivre, il faut accélérer le phénomène.
La montagne française a tout à gagner à avoir plus de femmes dans les postes de direction. Et puis il faut que les domaines skiables et la montagne soient le reflet de la société. Il faut encourager ces mouvements car la montagne n’est pas un territoire réservé aux hommes.
Plus il y aura de parité, et moins il y aura de sexisme. Cela permet d’avoir des niveaux d’échanges variés et complémentaires, avec une vision complète sur les sujets et enjeux de la société.

Selon vous, qu’apportent les femmes au niveau des domaines skiables ?

Jean-Marc Silva : Spontanément, de nombreuses femmes vont avoir cette vision  bienveillante. De manière générale, ce sont plutôt elles qui auront une vision objective sur les vacances, et qui vont chercher le bonheur de toute leur tribu. A l’inverse, on entend souvent qu’un homme va plutôt généralement satisfaire ses propres besoins ou envies de sport ou de dépassement de soi.
On retrouve d’ailleurs de nombreuses femmes dans les métiers de la communication, des relations presse, l’accueil client, le digital…
A titre d’exemple, à France Montagnes, 70% de l’équipe est féminine (8 filles et 3 garçons)
D’un point de vue station, services et aménagement, les femmes majoritairement ont un regard plus affuté, plus intuitif sur certains sujets : la vision cocooning, le confort, le design, la diversité des services stations qu’il est important de développer en France pour pouvoir être attractif internationalement.  La France est l’une des plus grandes puissances mondiales du ski et que ce soit la France, l’Autriche, l’Italie, la Suisse… ces pays ont à peu près tous le même niveau d’aménagement ; la différence va se jouer sur des détails et les femmes apporteront une vraie valeur ajoutée. La quête du beau n’est pas une exclusivité féminine, mais c’est un aspect que les femmes pourraient développer en station de montagne afin d’optimiser notre offre « Montagne Française ».