Interview de Marion Luigi, Directrice de la station de Gréolières les Neiges

Pourquoi y a t’il encore si peu de femmes à la tête des stations ?

 Marion Luigi : Je pense que c’est un métier qui demande beaucoup d’engagement personnel, et que cela n’est pas forcément compatible avec une vie de famille. De par la saisonnalité, la richesse et la diversification des activités, ce métier nécessite une extrême présence.
Ce n’est pas évident pour une femme d’être à la tête d’une station, il faut s’engager complètement : aujourd’hui « mes stations » sont ma maison, ma famille. J’ai une petite fille de 9 ans qui vit avec moi mon métier au quotidien, elle adore la montagne. De mon côté, j’ai grandi là dedans, ma famille était dans ce milieu et j’ai vécu la montagne et grandi au rythme des stations et des saisons.

Marion Luigi, l’absence de femmes dans les formations techniques est considérée comme un frein à la présence des femmes à la tête des stations. Vous qui avez un cursus sciences po, qu’en pensez-vous ?

 
Marion Luigi : Le métier va évoluer, il était peut-être perçu comme très technique et sans doute il y a encore une mauvaise perception du métier par les femmes. Ce métier est d’abord un métier de gestion d‘entreprises en lien avec son territoire, ses acteurs et ses élus. Lorsque je regarde les offres d’emplois dans ce secteur, elles ne sont pas forcément adressées à des ingénieurs : ce sont des emplois de gestionnaires avec un gros volume de management, il faut être très polyvalent. Le volet gestion est très important et les femmes ont toute leur place.
La clé de la réussite est d’avoir une bonne connaissance du terrain, du milieu, des différents métiers qui composent notre profession, être passionnée par son quotidien pour être crédible et reconnue.

Que peut-on faire pour changer cela ?

Marion Luigi : Cela passe par de la communication, en dressant des portraits comme celui-ci, en montrant que c’est possible. Toutes les stations de ski sont différentes en fonction de leur domaine skiable et de leurs territoires. Dans mon cas, nous sommes des stations de moyenne altitude, et nous souffrons du manque de neige, de ce fait nous avons une approche plus en lien avec les territoires.
Il est important de bien connaître le territoire, les acteurs, et leurs  problématiques.
Sur les 2 stations, nous avons environ 50 saisonniers qui travaillent durant l’hiver, et nous avons la parité, voire une majorité de femmes conductrices de remontées mécaniques certaines saisons. Le Directeur d’exploitation et notre service des pistes ont une grande bienveillance envers les femmes. Par exemple, nous sommes souples au niveau des remplacements. En général elles s’organisent très bien (presque mieux que les hommes) dans leur prise de poste. Ce n’est absolument pas contraignant d’avoir des femmes dans ces métiers.
Cette représentation féminine au sein de nos stations peut aussi s’expliquer par le fait que l’accès à l’emploi n’est pas si facile pour elles en montagne et qu’elles sont plus en attente et disponibles.

Marion Luigi, quelle valeur ajoutée peut apporter une femme dans une station de ski ?

Marion Luigi : Je pense que nous sommes peut-être plus dans l’écoute et la bienveillance. Au niveau des stations, nous avons une obligation de nous diversifier. On se doit de sortir du cadre de la station, de l’entreprise, je réfléchis plus à l’échelle du territoire. Je pense que les femmes apportent une vision nouvelle, et ont tendance à s’ouvrir plus facilement …
Dans le secteur de la montagne, on s’oppose parfois entre professionnels. Lorsque l’on est une femme, on passe outre les clivages professionnels : notre approche «mère de famille» fait que nous mettons notre égo de côté pour s’assurer du bien-être de chacun et faire en sorte que chacun puisse se nourrir et s’épanouir de nos ressources !