Selon Laurent Reynaud, malgré les efforts pour atteindre la parité en France, au sein des domaines skiables de France, les femmes représentent 29% de l’ensemble des travailleurs du secteur. Parmi les 18 000 salariés, il y avait 5 220 femmes en 2018-2019. De plus, les femmes ont tendance à occuper des postes administratifs et des activités services plutôt sédentaires. Le pourcentage de femmes sur le terrain est d’environ 20%, tandis que dans les bureaux, elles représentent 80% des employés.
Célia Ducros, responsable administrative et responsable de la formation à ANENA, nous confirme ces chiffres de terrain. En 2018-2019, le pourcentage de femmes inscrites à la formation de Pisteur secouristes – spécialité artificier n’était que de 13%. Petit détail, mais non des moindres, le taux d’approbation de ces dernières était de 100%.
 
Au delà de ce constat, les femmes occupent généralement des postes à moindre responsabilité. En effet, sur les 325 domaines skiables de France, seuls cinq sont gérés par des femmes. Elles dirigent les stations de les Rousses, Groelières les Neiges, Rouge Gazon, Val Louron et le Grand Tourmalet. Selon Laurent Reynaud, ceci est étroitement lié au fait que les postes de direction ont culturellement été occupés par des ingénieurs et que les femmes ont naturellement tendance à moins étudier dans des filières techniques.

I love Ski : Laurent Reynaud, pourquoi, selon vous, y a t’il encore si peu de femmes à la tête des stations ?

 
Laurent Reynaud : Les métiers de directeurs de domaines skiables sont des métiers culturellement d’ingénieurs, et les écoles d’ingénieurs connaissent un taux de féminisation de l’ordre de 15%. C’est un taux que l’on retrouve également dans les classes préparatoires. Les domaines skiables sont le résultat des faibles taux de féminisation des filières techniques. 
Il s’agit d’un handicap que ces postes soient perçus comme des métiers techniques et non pas de services. Dans le futur, il nous faut progresser sur ce point. Aujourd’hui, nous essayons d’attirer les femmes dans les métiers de services, qu’il s’agisse du digital, de l’expérience client, ou du Community Management. Ce sont des secteurs dans lesquels nous avons plus de marge de progression.

I love Ski : Que peut-on faire pour changer cela ?

Laurent Reynaud : La féminisation des métiers de terrain passe avant tout par l’amélioration du quotidien de ces dernières. Nous avons par exemple du mal à promouvoir des sanitaires pour les femmes sur les domaines skiables. Cela peut paraître un détail, mais lorsque vous êtes conductrice d’une remontée mécanique, cela est plus compliqué et nous nous devons aujourd’hui de nous intéresser à ces contraintes.
De manière générale, on constate peu de distorsion en terme de salaire, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. En terme de condition d’exercice du métier, cela est plus difficile. Nous sommes tributaires de la production en sortie de toutes les écoles qui produisent des techniciens, et qui mécaniquement se retrouvent dans les domaines skiables et font baisser le taux de féminisation.

I love Ski : Selon vous, qu’apportent les femmes au niveau des domaines skiables ?

Laurent Reynaud : Sans aucun doute, les femmes contribuent à la dynamique des équipes, et c’est clairement essentiel. Lorsqu’une femme intègre une équipe, le dialogue qui s’instaure n’est pas le même. Nous le constatons notamment sur un sujet comme la sécurité au travail. Les hommes ont un sens de l’engagement et de la performance beaucoup plus marqué que les femmes à tel point que cela peut parfois être contreproductif.
Travailler à l’intempérie, monter à un pylône avec un équipement de protection individuelle, etc. Les risques liés au métier sont parfois sous estimés par les hommes alors que le regard des femmes permet que la notion de risque dans le travail soit plus facilement identifiée, partagée et analysée. La dynamique et le dialogue changent, grâce au regard différent qu’apporte les femmes.
Photo : Laurent Reynaud. Crédit Sylvain Colombet