I Love Ski : Est ce que vous pouvez nous présenter votre parcours professionnel et dans la vie publique ?
Jean-Philippe Monfort : J’ai 40 ans et je suis directeur de la Seml La Clusaz depuis le 18 mars 2019.
Il s’agit de ma première expérience dans une station, même si j’ai beaucoup travaillé avec des stations et pour des stations qu’elles soient françaises ou étrangères. 
Mon parcours est un petit peu atypique, je suis né à Barcelonnette dans les Alpes du Sud. J’ai été éduqué dans une famille militaire et sportive et on m’a transmis assez rapidement la passion pour la montagne.
J’ai pu découvrir très jeune, le ski et la pratique de la montagne sous toutes ses formes. J’ai habité en Afrique, j’ai passé mon bac au Cameroun, ce fût une expérience assez incroyable surtout lorsque l’on a 18 ans. Cela m’a influencé dans le choix de mes études. A l’époque, je n’avais qu’une idée en tête : retourner travailler au Camerounm, dans l’exploitation du bois. Je partais au fin fond de la forêt primaire avec des amis, proche de la frontière avec le Gabon, c’était l’aventure. J’ai décidé de rentrer en France pour faire des études courtes, dans la logistique internationale et retourner m’installer au Cameroun.
Pendant mes études, l’amour est passé par là. Notre diplôme en poche en 2000 nous sommes partis 8 mois faire un voyage initiatique en Amérique du sud et en Asie avec ma copine (qui est devenue ma femme). A notre retour, elle a poursuivis ces études sur Annecy et je l’ai suivi. J’ai travaillé dans la logistique et le commerce international dans une grande entreprise à Genève. A cette époque, j’ai découvert le ski et la montagne dans les Aravis et à La Clusaz. J’ai connu cette station en tant que client. 
Ensuite j’ai voulu mettre en adéquation mes loisirs (escalade, ski de randonnée, ski) avec mon activité professionnelle. J’ai repris des études pour faire une licence à l’école de commerce de Chambéry. J’ai intégré cette licence orientée sur les métiers du sport et de la montagne et j’ai travaillé dans l’escalade et l’outdoor pour une petite entreprise qui fabriquait du matériel d’escalade où j’étais en charge du développement international.
J’avais mis en phase mon métier et mes loisirs et à cette époque là, je m’intéressais à l’économie de la montagne, comment elle s’était constituée, comment des territoires isolés pauvres avaient réussis à assurer une transition avec une vraie économie autour du tourisme.
En 2007, j’ai rejoint Benoît Robert à France Neige International (qui est toujours le directeur du Cluster Montagne) et je suis rentré dans cette association qui avait pour objectif d’accompagner les pays étrangers à développer leur offre touristique en montagne.
Entre 2007 et 2019, j’ai passé 12 ans à parcourir le monde, à décrypter les marchés et identifier des projets de développement, à répondre à des sollicitations d’acteurs publics ou privés en montagne, à analyser leurs attentes et assurer la mise en réseau avec nos institutions, notre écosystème dont les nos entreprises, adhérentes du Cluster Montagne (bureaux d’études, équipementiers comme Poma, exploitants comme la Compagnie des Alpes, spécialistes du Digital, de la diversification touristiques…).
Avec cette expérience, je me suis aperçu que les marchés matures (Arc alpin, Scandinavie, Amérique du Nord) ou les marchés émergeants ont bien souvent les mêmes problématiques, les mêmes enjeux et les mêmes objectifs que nous.
Suite à ces 12 années, à 40 ans, cela avait du sens de mettre en pratique mon expertise. C’était important pour moi de mettre à profit cette expérience professionnelle au service de mes montagnes. Je ne suis pas originaire des Aravis et de La Clusaz mais je considère que je suis un produit de la montagne. 
I Love Ski : Quel est votre cheval de bataille, pourquoi vous levez-vous le matin ?
Jean-Philippe Monfort : Aujourd’hui, de par mon expérience, je suis convaincu que les destinations de montagne comme La Clusaz ont un bel avenir. Avant d’être une station de ski (comme c’est le cas de nombreuses stations de la Tarentaise qui sont nées du plan neige), La Clusaz est un village de montagne avant d’être une station avec un vrai patrimoine naturel, culturel, gastronomique, architectural et un héritage sportif solide qui lui permet d’être une terre de champions. Je voulais m’engager pour un territoire qui selon ma vision du développement touristique en montagne, correspond aux attentes de la clientèle d’aujourd’hui et de demain. 
Au-delà des activités sportives comme le ski, le vtt, la randonnée ou la découverte de notre terrain de jeu, il y a une expérience authentique. Les clients ont besoin de trouver des destinations refuges où il y a des valeurs, un état d’esprit et une ambiance singulière. Les acteurs du territoire (restaurateurs, hôteliers, commerçants, guides et moniteurs, …) sont des familles, des gens avec une histoire à raconter. Lorsque les clients arrivent, ils identifient très rapidement que les gens qu’ils ont en face d’eux sont des enfants du village, que le reblochon de la tartiflette est fabriqué ici. C’est un trésor et je suis très attaché à ces aspects. Je pense très sincèrement que cela fera partie de plus en plus des facteurs de décision de notre clientèle française ou internationale.
Photo : station de ski de La Clusaz
I Love Ski : A 40 ans, quel est votre plus bel accomplissement professionnel ?

Jean-Philippe Monfort : Mes plus belles expériences sont forcément liées à de l’humain. Ce que j’apporte à la Clusaz, ce qui a été retenu, c’est ma vision large du tourisme en montagne, c’est mon réseau d’acteurs institutionnels, économiques et académiques en France et à l’international, et enfin des qualités relationnelles et humaines indispensables pour fédérer et construire des actions collectives. Les valeurs humaines sont fondamentales : la montagne et le tourisme de montagne s’est construit grâce à des hommes et des femmes. J’ai voyagé dans plus d’une quarantaine de pays de montagne, j’ai fait plus de 130 voyages professionnels (Andes, Sibérie, Caucase, Rocheuses, Carpates, Atlas, Himalaya, …) et mes plus beaux succès sont liés à des rencontres où finalement, sans parler la même langue, on arrivait à se comprendre, nous étions des montagnards et nous voulions le meilleur pour nos territoires.
J’ai apprécié tout le travail réalisé en Amérique du Sud (Chili, Argentine, Colombie) sur des territoires de montagne comme la Patagonie, la Terre de Feu, qui cherchaient à développer leurs activités sur un modèle PPP (Partenariat Public Privé).
J’ai favorisé le développement du ski dans le Caucase sur la période avant JO de Sotchi en Russie et en Géorgie dès 2009 avec une coopération très forte entre les Alpes et le Caucase Sud. J’ai rencontré des gens extraordinaires qui souhaitaient construire une économie non pas comme nous l’avions fait par le passé mais plutôt comme nous voudrions le faire aujourd’hui si on pouvait remodeler nos montagnes. Cela oblige à innover et s’adapter. C’était le cas dans la vallée de Mestia. 
J’ai eu la chance d’accompagner la Compagnie des Alpes, dans le cadre de leur développement à l’international, avec des personnes comme Jean-Marc Farini et Frédéric Marion.  J’ai participé à leurs premières missions pour relancer le marché du ski au Japon à partir de 2011. Le rapprochement entre la France et la Chine dans le domaine du ski et du tourisme en montagne a été aussi très enrichissant que ce soit dans le Sichuan ou dans la Province de Hebeï autour de Pékin avec les JO. Mes collaborations avec les stations scandinaves dans le domaine du tourisme durable et le développement estival ont été aussi très instructives. Ces actions ont permis à des experts du VTT français tel que Bike Solutions de se positionner sur ce marché. Je suis aussi très fier des synergies mise en place avec le marché nord-américain. Même si nos modèles sont différents, les éductours et les missions de benchmark ont apporté beaucoup d’enseignements aux stations des deux côtés de l’atlantique.
En France, nous avons des savoir-faire incroyables, au niveau de notre gouvernance, de nos entreprises, de nos professionnels sur le terrain.  Une de mes grandes satisfactions a été de mettre en réseau, d’animer tous ces acteurs à l’occasion de temps forts comme Mountain Planet, où nous avons fait venir plus de 200 représentants de stations, exploitants, élus ou professionnels du tourisme. J’ai par exemple une photo de responsables d’une station américaine aux côtés d’une station de ski iranienne, cette capacité des hommes et des femmes de la montagne à passer outre des situations et de se dire que nous sommes tous acteurs du ski à l’international. Ces rencontres sont des moments très forts. Même si nous n’avons pas la même langue, on partage cette volonté : faire que nos stations se développent et que cette industrie perdure.
I Love Ski : Vous êtes défenseur du développement de la montagne. Aujourd’hui, que dites-vous aux détracteurs de l’aménagement de la montagne, et en particulier du ski ? Comment voyez-vous l’avenir du ski ?

Jean-Philippe Monfort : Pour parler de La Clusaz, avec un cœur de village à 1000m d’altitude, on peut considérer que la station sera soumise à des changements climatiques plus importants que d’autres stations d’altitude. Néanmoins, je suis confiant car le massif des Aravis à des caractéristiques intrinsèques bien particulières (orientation, expositions, …) qui nous permettent d’être bien enneigé. Au-delà du ski nous avons de nombreux atouts sur les 4 saisons. Il y a des études menées auprès des jeunes qui démontrent qu’il y a un attrait pour la montagne et la clientèle choisira sa destination en fonction de critères qui sont l’accessibilité, l’authenticité, la diversité, la créativité et les services. Je crois beaucoup à l’approche des stations nord-américaines et l’importance qu’elles donnent aux services. Nous allons y travailler de manière collective à La Clusaz : l’écoute, l’accueil et la fidélisation clients, savoir quelles sont ses attentes et s’adapter. Les montagnards ont prouvé dans leur histoire leur capacité d’adaptation et d’innovation et la montagne française sera relever le défi.