Selon la légende, plus on grimpe en altitude, et plus l’air est pur. Les effets liés à l’altitude sont indéniables. La montagne est un lieu privilégié pour les asthmatiques et les allergiques, car les pollens sont bien plus rares en altitude, et les acariens ne survivent pas au-delà de 1200m.
En 2015, les zones alpines d’Isère, Savoie et Haute-Savoie n’ont enregistré que 3 à 5 jours de pollution contre 44 dans les Bouches-du-Rhône et 25 dans le Var. Mais de quelle pollution parle t’on ?
Il existe deux grands types de pollution liée aux activités humaines que sont les transports, l’industrie, l’agriculture, les chantiers ou encore le chauffage : la première est l’ozone et la seconde les particules. Les particules se décomposent en particules primaires et particules secondaires.
Les particules primaires sont principalement issues du transport, et notamment l’utilisation des moteurs diesel, du chauffage au bois, des centrales thermiques et des chantiers. Les particules secondaires se forment à partir de réactions chimiques entre différents gaz comme les nitrates, le sulfate, l’ammonium, etc. explique Jean-Baptiste RENARD, Directeur de recherche au CNRS, à l’occasion de la 14ème édition des Rencontres Climat Météo Montagne qui s’est tenue aux Menuires en décembre dernier.
« Vous avez une grande variété de formes et d’origines parmi les particules fines, ce qui pose des problèmes de terminologie pour définir leur taille. » a signalé Jean-Baptiste RENARD. La référence aux particules selon les normes européennes relatives à la pollution, vise principalement les particules les plus lourdes. Or les particules fines inférieures à 1 micromètre, qui sont les plus nocives, ne pèsent rien et leur masse cumulée s’avère relativement faible. Cette unité de mesure par la masse est donc susceptible de passer à côté d’épisodes de pollution importants.

Des pics de pollution en Hiver

La pollution est partout et tout au long de l’année. Les émissions de polluants sont permanentes, mais on constate néanmoins des variations selon les saisons. En hiver, les pics de pollution les plus importants sont liés au chauffage, notamment le chauffage au bois. « Il n’y a rien de plus toxique et dangereux que le chauffage au bois, et ce pour un rendement très faible. Vous produisez énormément de particules fines qui correspondent à plusieurs dizaines de camions. » a alerté Jean-Baptiste RENARD.
Au printemps, les pics sont associés à des aérosols secondaires liés aux activités agricoles et à de l’import de pollution. En été, l’ensoleillement influe grandement sur la pollution. Le taux de pollution dépend également des conditions météorologiques, le vent la dispersant, la pluie, etc.
A une échelle locale, dès qu’il y a une activité industrielle forte, des grands axes de transport, des maisons chauffées au bois et un relief défavorable (vallée ou cuvette), des points chauds de pollution se créent. 
La Vallée de l’Arve aussi polluée que le périphérique parisien (en nombre de jours de PM10)
Aujourd’hui en France, le suivi de la pollution est assuré par des réseaux indépendants de qualité de l’air qui réalisent des mesures normatives, comme par exemple la société Atmo Auvergne-Rhône-Alpes dans les Alpes.
En montagne, on dispose de peu de stations de mesure. Les relevés réalisés sont ponctuels, au moyen de stations mobiles, le plus souvent en été, ce qui ne permet pas de lever les incertitudes et de réaliser un état des lieux précis de ce qui se passe en altitude durant l’hiver.
Un suivi a été réalisé dans la vallée de l’Arve, une vallée alpine située dans le département de la Haute-Savoie, où s’écoule la rivière l’Arve. Elle correspond à une petite région naturelle, l’une des six régions historiques de la Savoie.
Sur cette zone géographique très précise, Jean-Baptiste RENARD a démontré qu’en moyenne sur une année, la pollution aux particules fines provient essentiellement du secteur résidentiel, donc du chauffage. Les véhicules légers représentent quant à eux 20 % de la pollution. Qui plus est, en hiver, 70 % des particules fines proviennent du chauffage au bois. En été, la contribution majoritaire est celle des aérosols naturels.
Au regard du nombre de jours de pollution en PM10 enregistrés sur une année, il s’avère que la vallée de l’Arve est aussi impactée que le périphérique parisien. Il est à noter une tendance à la baisse du NO2 et des particules fines depuis 2011. Cependant, les valeurs demeurent trop élevées pour ne pas avoir de conséquences sanitaires.

La pollution épargne t’elle les stations de sports d’hiver ?

Comme indiqué précédemment, il n’existe pas de mesures précises sur ces zones géographiques et il est donc difficile de se prononcer.
Jean-Baptiste Renard, tire néanmoins la sonnette d’alarme aux vues des activités qui se déroulent en montagne : « Nous pensons qu’il y a un peu d’ozone en été et sans doute des particules fines liées au trafic routier, au chauffage au bois, etc. »
L’activité économique engendrée par les stations de sports d’hiver, les flux de véhicules lors des journées de départ et d’arrivée des vacanciers sont quelques unes des activités génératrices de pollution. Il est aujourd’hui essentiel de mettre en place des outils de mesure des campagnes de recherche avec des appareils capables de résister aux conditions locales, afin de pouvoir analyser la situation et prendre des mesures adaptées.
Source : Rencontres Climat Météo Montagne – Les Ménuires