L’hiver pointe le bout de son nez, et les stations de sports d’hiver s’activent pour composer leurs nouvelles équipes et offrir aux clients le meilleur service durant l’hiver. Mais derrière un nombre important de postes à pourvoir durant l’hiver, se cachent de nombreuses difficultés liées à la saisonnalité et aux conditions de travail en montagne.

Une durée de contrat peu attractive pour les saisonniers

3, 4 ou 5 mois. Telle est souvent la durée des contrats saisonniers proposés par les stations en cette période d’automne lorsque qu’elles débutent leur démarche de recrutement de saisonniers pour l’hiver.
Les domaines skiables sont confrontés à une activité saisonnière, directement liée à l’enneigement, qui les contraint à proposer des contrats de courte durée de moins en moins attrayants.
« Faire les saisons » a depuis toujours été une étape intéressante pour débuter dans la vie professionnelle, et parfois même une philosophie de vie. Mais aujourd’hui, faire la saison d’hiver peut s’avérer compliqué et surtout onéreux, compte tenu du coût de la vie et du prix de l’hébergement dans les stations en pleine saison touristique.
A l’occasion du Congrès annuel des Domaines Skiables de France qui s’est tenu à Paris les 01 et 02 octobre derniers, Olivier Erard, Directeur Général du domaine skiable de Métabief, qui compte environ 50 Equivalent Temps Plein indique « qu’il est aujourd’hui difficile de recruter du personnel à haute valeur ajoutée. La proximité de la station de Métabief avec la Suisse fait que de nombreux saisonniers préfèrent travailler en Suisse, compte tenu des salaires plus élevés ».
Des difficultés de recrutement pour les postes à haute valeur-ajoutée.
De son côté, Pascal de Thiersant, Directeur Général des 3 Vallées, se réjouit d’avoir une « longue liste de prétendants pour travailler dans les domaines skiables des 3 Vallées ». Il reconnaît néanmoins que sa société est elle-aussi confrontée à des difficultés de recrutement pour les postes à haute valeur-ajoutée.
Et pour parvenir à séduire de nouveaux collaborateurs, la société des 3 Vallées recherche des critères qui font la différence en tant qu’employeur. Parmi ces critères, la société des 3 Vallées valorise son engagement dans la préservation de son environnement.
Et cette démarche semble être en parfaite cohérence avec les nouvelles attentes des salariés. Bruno Castinne de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Savoie s’appuie notamment sur des études nationales qui indiquent que 60% des salariés sont plus motivés lorsque leur employeur prend en compte leurs conditions de travail et leur environnement.
Du côté de la station de Val Cenis, située en Haute-Maurienne, on assiste à un phénomène tout autre, avec un turnover qui dépasse guère les 10-15%, un chiffre qui fait de nombreux envieux dans la profession.
Yves Dimier, Directeur de la station nous explique que parmi les 175 personnes qui travaillent sur la station pendant l’hiver (correspondant à 80 Equivalent Temps Plein), près de 80% ont une double activité dans la vallée. 
« Notre faible turnover nous permet de bénéficier d’un personnel qualifié, chaque saison plus expérimenté. Néanmoins, on constate aussi que cela peut parfois poser des difficultés lorsqu’il s’agit de changer les habitudes ou de s’adapter à de nouvelles tendances ».
En ce qui concerne les postes à haute valeur ajoutée, il reconnaît qu’il est souvent difficile de séduire un salarié et sa famille et les inciter à venir s’installer en fond de vallée de montagne et s’impliquer dans le développement de la station. Mais il précise aussi que certains d’entre eux font des choix de vie et décident de quitter volontairement le milieu urbain au profit d’une meilleur qualité de vie, comme c’est le cas actuellement de 2 de ses proches collaborateurs originaires de Grenoble et Lyon (sur les 8 cadres dirigeants que compte la station). La station compte 23 permanents, 152 saisonniers l’hiver et entre 40 et 50 personnes durant l’été.

Les saisonniers en quête de logements

L’hébergement est également une difficulté importante rencontrée par les saisonniers et de plus en plus de stations travaillent conjointement avec les collectivités locales pour créer des hébergements totalement dédiés à la population saisonnière.
Il est en effet particulièrement compliqué pour un saisonnier de trouver un hébergement sur la station où il travaille, ce dernier étant souvent loué à la semaine durant la période hivernale. Au delà de la disponibilité de ces hébergements, le prix est également un frein majeur, le personnel saisonnier ne pouvant se permettre de louer un appartement au prix d’une location saisonnière. 
 
De plus en plus de saisonniers n’hésitent pas à installer leur fourgon sur les parkings de la station pour dormir sur place et pouvoir faire la saison en station. Ce phénomène pose aujourd’hui un certain nombre de problème, que ce soit d’hygiène, de conditions de vie mais aussi d’image pour la station. La station de La Clusaz avait d’ailleurs fait les frais de ce phénomème en 2013 lorsque 2 saisonniers avaient été retrouvés morts dans l’incendie de leur fourgon aménagé. Plus récemment en 2016, ce sont 2 saisonniers qui ont été retrouvés sans vie près de Chamonix suite à une intoxication au monoxyde de carbone, dans leur fourgon leur servant de domicile.
Plusieurs stations ont donc fait le choix de créer des logements totalement dédiés aux saisonniers afin d’attirer du personnel saisonnier sur la station et leur permettre de vivre dans des conditions dignes de confort. 
La mairie de Courchevel propose par exemple 330 logements pouvant accueillir près de 600 salariés saisonniers de la station.
Toujours du côté de Val Cenis, Yves Dimier précise que « lors du recrutement, à CV égal, nous sommes attentifs au lieu de résidence afin de privilégier les personnes ayant déjà une vie sociale dans la vallée et pouvant plus facilement être fidélisées ».