Depuis 1998 à Nagano–Japon, les Jeux Olympiques n’étaient pas revenus en Asie. 20 ans plus tard, le rendez-vous est donné en Corée du Sud, dans un contexte pour le moins morose et préoccupant, au cœur de l’actualité internationale.

Le président sud-coréen Moon Jae avait rappelé que le sport pouvait être un vecteur de paix, et avait déclaré lors de l’ouverture des Championnats du monde de taekwondo à Muju en juin dernier : «Je crois en la puissance du sport pour amener à négocier la paix». Moon Jae avait d’ailleurs officiellement invité la Corée du Nord aux Jeux Olympiques organisés dans son pays.

«Je crois en la puissance du sport pour amener à négocier la paix»

Tout juste trois semaines après le sixième essai nucléaire de son voisin de Corée du Nord, le gouvernement sud-coréen tente aujourd’hui de rassurer la population et la Communauté internationale en assurant que son pays, frontalier sur plus de 230 kilomètres avec la République populaire démocratique de Corée, n’est pas devenu plus dangereux pour autant.

Tensions en Asie : le sport pouvait être un vecteur de paix

La dictature du pays le plus militarisé au monde, et les sursauts d’orgueil de son Chef suprême Kim Jong-un représentent aujourd’hui un véritable frein au déplacement de populations internationales vers la Corée du Sud, et refroidissent considérablement les touristes étrangers.
Kim Jong-Un lors de l’ouverture de la station de ski du mont Masik, en Corée du Nord.

Pour tenter d’apaiser les esprits, Sung Baikyu, le porte-parole du comité d’organisation des JO 2018, déclarait il y a quelques jours à l’AFP :

« Indépendamment des gesticulations sur le programme nucléaire nord-coréen, les préparations vont se poursuivre pour assurer le succès de ces jeux Olympiques », a-t-il assuré, ajoutant que « la menace venue du nord est constante et l’ambiance ici est bien plus calme qu’elle ne peut paraître vu de l’étranger. »

Tout ceci était sans compter aussi sur le vaste scandale de corruption qui entache aujourd’hui la Corée du Sud avec Lee Jae-Yong, héritier de l’empire sud-coréen Samsung, premier fabricant mondial de smartphones, condamné à cinq ans de prison au terme de son procès pour trafic d’influence et qui a notamment entraîné la destitution de l’ex-présidente Park Geun-hye.

Et le ski est en train d’en payer les conséquences

Parmi les 1,18 million de places disponibles pour ces JO 2018, 70 % d’entre elles sont réservées aux Sud-coréens et les 30 % restantes sont destinées aux touristes étrangers et aux sponsors. Lors de l’ouverture des ventes de billets pour les prochains Jeux Olympiques d’hiver à Pyeongchang le 05 septembre dernier, la prévision des ventes avoisinait les 600.000 places, mais seulement 162.000 ont été vendues, rapporte l’AFP. Un résultat particulièrement faible, même si auparavant, 229.000 places avaient été vendues par divers canaux (selon le dernier bilan à la mi-juillet).

Les disciplines en relation directe avec le ski n’attirent pas les foules

Les billets pour assister aux épreuves de patinage de vitesse, de short-track et de patinage artistique ont été les plus vendus (car il s’agit de disciplines très prisées des sud-coréens). A l’inverse, les disciplines en relation directe avec le ski n’attirent pas les foules, dans un pays qui ne comptabilise que 21 stations de ski, dont la plus importante (YongPyong Resort) cumule 24,2 kilomètres, et où la culture des sports d’hiver est peu présente.

Malheureusement, les Jeux Olympiques d’hiver de Corée du Sud ne sont pas uniques en leur genre. Tout juste 4 ans après Pyeongchang, ce sera au tour de la Chine d’accueillir les Jeux Olympiques d’hiver. Le contexte toujours plus répressif en matière de droits de l’homme dont souffre la Chine, inscrit ces JO de 2022 dans une ambiance peu démocratique ; mais cet argument ne semble pas avoir fait obstacle à la décision du CIO d’organiser ces Jeux Olympiques d’hiver à Pékin-Chine.

On ne saurait trop que rappeler ici les valeurs du sport et des Jeux Olympiques en particulier, ces derniers étaient à l’origine dédiés aux dieux et organisés par des prêtres ; ils marquaient une trêve religieuse et sportive dans les conflits du moment : les guerres étaient alors suspendues pendant un mois, et personne ne devait entrer armé à Olympie. Chacun pouvait tenter sa chance après trente jours d’entraînement intense.

Un idéal de paix, souvent bafoué, et bien remis en question aujourd’hui avec les tensions et les conflits qui animent notre planète.