Né en Charentes en 1953, Bernard Abelard découvre la montagne en 1963 avec ses parents. Chaque année, ils font le déplacement dans les Pyrénées, le plus souvent vers Gavarnie ou Cauterets. A l’âge de 10 ans, il gravit le Taillon, son premier 3000m (15 août 1963), qu’il gravira par la suite près de 361 fois !
Après avoir étudié à la faculté de Sciences de Paris la Physique de l’Atmosphère, il se dirige vers l’Ecole Supérieure d’Electronique. Mais l’appel de la montagne est de plus en plus fort et il abandonne tout pour partir vivre dans les Pyrénées où il se mariera à une gavarnienne.
Sa reconversion se fait dans la distribution d’articles de ski et de montagne, la préparation et la personnalisation de matériels.
Il s’adonne à fond à ses passions, l’alpinisme et le ski sous toutes ses formes.
Au bout de 22 ans, il divorce et quitte les Pyrénées pour Grenoble, où il suit une formation à l’institut de formation aux métiers du Tourisme de Montagne (IFMT) et obtient un diplôme de manager en tourisme. Le cabinet grenoblois de recrutement Euro Montagne le propose à Dianege, qui l’embauche au poste de Directeur délégué de la station de Val Louron qu’il occupera dès le mois de mars 2001. En novembre 2001, il est recruté par la SEMG qui gère la station, en qualité de Directeur général.
Que pouvez-vous nous dire sur vos 16 années passées à la tête de la station de Val Louron ?
Val Louron est une station à part. Il s’agit d’une petite station de moyenne montagne, comportant un domaine skiable ou l’on trouve tous les niveaux de difficulté, et ou prédomine la clientèle familiale. La particularité de cette station, c’est que 80 % du chiffre d’affaire est réalisé durant les  6 semaines de vacances scolaires. Sa caractérisation de station pour débutants n’est certes pas usurpée, mais les riders et les amateurs de pistes techniques y trouvent leur terrain de jeu favori. L’autre attrait de Val Louron, c’est l’ambiance sereine et sympa quasiment cultivée par l’ensemble des partenaires de la station. Ici, on oublie le côté usine à ski et la considération apportée au client est récompensée par une bonne fidélité.
Ces quinze dernières années, la station a fait des efforts en matière d’équipements de neige de culture, mais il reste à faire. La station est accessible depuis la vallée du Louron mis aussi depuis la vallée d’Aure, et en 10 minutes, on a accès aux commerces et aux services valléens. La Vallée du Louron est exceptionnelle par ses paysages, la facilité de ses accès routiers et possède un équipement touristique énorme, dont le point culminant et Balnéa.
Je dois reconnaître que j’ai adoré mon métier, ma station et ma vallée. J’ai voulu faire ce métier pour vivre en montagne, pour quelque chose de différent, et rien de banal.
En tant que chef, il faut apporter des solutions rapides à des problèmes variés.
Val Louron, c’était un peu comme mon entreprise, avec cette volonté d’être sur le qui-vive 24h/24.
Quels sont vos meilleurs moments, vos meilleurs souvenirs durant ces 16 ans passés à ña tête de Val Louron ?
Je garde principalement en mémoire les beaux hivers (2005-2006 par exemple) avec un enneigement régulier, sans excès et sans manque. Un soulagement pour des petites stations comme Val Louron qui permettent de retrouver de la trésorerie.
Une autre satisfaction est la progression de toute l’équipe en terme de compétences, avec notamment l’obtention en 2003 de la certification Qualité ISO9001 et des objectifs largement atteints sur l’accueil et la satisfaction de la clientèle.
Je me rappelle également de la construction de nouvelles remontées mécaniques, structurantes pour la station : le Tapis du Trounquet qui voit passer chaque hiver 320.000 personnes en moyenne), le télésiège des Sapins qui a remplacé le téléski difficile du Lapadé, avec 2 angles). Sans oublier l’extension de neige de culture qui s’est faite en plusieurs étapes.
Enfin, je dois avouer qu’une grande satisfaction a également été de pouvoir apaiser le climat sur la station, notamment entre les différents partenaires , et que les relations sont allées au-delà du travail.
Quels ont été les moments les plus difficiles de votre carrière ?
Avant tout, la gestion de la route d’accès à la station durant l’hiver. Il faut rappeler que nous étions chargés de l’entretien et du déneigement de la route jusqu’en 2008.
Il y a de quoi faire un livre, tant les avatars, anecdotes et situations de crises ont été nombreux et variés.
Les comportements des conducteurs assez inconscients, particulièrement des chauffeurs de bus, ont souvent été sources d’ennuis et de prises de risques. Je me rappelle l’accident d’un Bus descendant sans chaines avec près de 50 enfants qui a effctué un tonneau, miraculeusement retenu par des arbres, accident qui a déclenché un Plan Rouge. Ce sont des moments très difficiles que l’on ne souhaite pas revivre.
Il y a eu également la tempête Xynthia qui a fait de véritables ravages sur la station, le domaine skiable, les parkings avec des arbres cassés : un moment apocalyptique ou j’ai essayé de prévenir les vacanciers de comportements à risques, et de préserver le plus possible les biens de la station. J’ai en mémoire le bruit des éléments déchainés et l’instant ou j’ai vu sur une rafale, 45 véhicules se faire exploser les vitres sous une mitraille de graviers.
Avez-vous des regrets aujourd’hui, en quittant Val Louron ?
Un de mes regrets sera certainement de ne pas avoir vu le remplacement du télésiège des Myrtilles, l’engin structurant de la station. L’objectif de ce remplacement sera de proposer un meilleur débit, éviter les files d’attente, et rationnaliser au mieux le parc des remontées mécaniques.
Un retour station par une piste bleue, de haut en bas de la station, équipée en neige de culture doperait l’offre ski.
Toute l’équipe I LOVE SKI souhaite une très belle continuation à Bernard Abelard qui devrait profiter de sa retraite méritée pour se consacrer à sa famille « souvent passée au deuxième plan » et à sa passion pour la photo animalière.