L’écosystème de la montagne a été durement touché durant l’hiver 2020-2021. La crise planétaire du COVID-19 n’aura épargné personne, et encore moins le secteur de la montagne. Un Plan Montagne a été mis en place pour venir en aide aux stations, et accompagner la mise en place d’un tourisme plus vert.

Des aides d’urgence pour un secteur en crise

Face à cette pandémie qui a frappé le monde entier en 2020, et qui continue encore en 2021, un plan d’aide a été mis en place pour soutenir la montagne française. La Commission Européenne a autorisé l’indemnisation des exploitants de remontées mécaniques qui ont souffert de la fermeture des remontées mécaniques durant tout l’hiver. L’hiver 2020-2021 a été particulièrement destructeur pour le secteur montagnard. Seulement 10% des chiffres d’affaires habituels ont été perçus par la plupart des commerçants des stations de montagne.

Des résultats qui démontrent que sans le ski, le modèle économique des stations de montagne aménagées ne fonctionne pas.

Remontées Mécaniques en France © Philippe Desmazes / AFP

Aujourd’hui, le Gouvernement se place aux côtés des acteurs de la montagne. Des aides économiques ont déjà été mises en place, et de nouvelles devraient voir le jour prochainement.

Un hiver désastreux pour les stations françaises

En comparaison avec l’hiver 2019-20, la fréquentation des stations de ski a chuté de 48%. Les stations d’altitude ont bien plus souffert avec un taux d’occupation qui a baissé de près de 60%. Les stations de moyenne altitude s’en sortent un peu mieux avec un taux d’occupation en baisse de 40%.

Malgré le fait que la montagne ait été prisée durant les vacances scolaires françaises, l’absence de fonctionnement des remontées mécaniques s’est fait douloureusement ressentir cette année.

Remontées mécaniques fermées sur la station de Peyragudes (Hautes-Pyrénées)

“Dans une petite vallée d’à peine 1000 habitants et une station de sports d’hiver qui génère 10 millions d’euros de Chiffre d’Affaires et Balnéa qui génère 5 millions d’euros de CA, c’est une très grande perte”, explique Michel PELIEU, Président de la station de Peyragudes lors d’une intervention le 6 avril dernier sur les stations de montagne et le thermoludisme. “J’avais défendu l’idée de pouvoir faire glisser les plans d’investissements mais cela n’a pas été retenu. Les banques ont néanmoins bien joué le jeu. Mais remplacer du chiffre d’affaires par de la dette, ce n’est pas la solution la plus simple, il ne faudra pas le refaire trop souvent. Aujourd’hui on survit”.

Un Plan Montagne, à la rescousse des stations de sports d’hiver

Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État chargé du Tourisme, et toujours très proche des acteurs de la montagne, s’est rendu au chevet des différents massifs. A l’annonce du Plan Montagne, il s’est déplacé dans plusieurs massifs français et a affirmé : “l’État est là, aux côtés des acteurs de la montagne, face à cette avalanche de difficultés. Je mesure l’impact de cette saison blanche. Je viens évoquer avec les élus, avec les acteurs du tourisme de montagne le plan de soutien, fort du décret qui vient d’être publié quant au dispositif de soutien et d’indemnisation des stations. Ce dispositif exceptionnel vise à couvrir les charges fixes à hauteur de 49 % du chiffre d’affaires annuel, en incluant les missions de sécurisation des domaines skiables.”

Jean-Baptiste Lemoyne en visite à Piau-Engaly et le maire d’Aragnouet © Laurent Dard

Le secrétaire d’État s’est déplacé en visite officielle non seulement pour parler du Plan Montagne, mais aussi pour découvrir les projets de certaines stations de ski des Hautes-Pyrénées, notamment dans les vallées d’Aure et du Louron.

Plan Montagne : un soutien et des mesures économiques renforcées pour les stations

“Ce sont près de 4 milliards d’euros d’aides aux entreprises et aux salariés qui ont été déjà mobilisés : plus de deux milliards de prêts garantis par l’État, 600M€ de fonds de solidarité, 500M€ d’activité partielle, 300 M€ pour le dispositif ad hoc pour les remontées mécaniques, et encore 200M€ d’exonérations de cotisations employeurs et d’aide au paiement des cotisations salariales”, assure le Gouvernement.

Depuis le 11 mars, ce plan a été mis en place et devrait être abouti à la fin du mois d’avril 2021. Ce plan complétera les aides déjà apportées au secteur des sports d’hiver, tel le remboursement de 70% des coûts fixes pour les exploitants de remontées mécaniques.

Station de ski de Val Thorens

De fait, les subventions couvriront jusqu’à 49 % de la perte de chiffre d’affaires estimée. Les autorités françaises vérifieront également qu’il n’y a pas de surcompensation sur la base des pertes nettes subies du fait de la pandémie.

Plan Montagne : vers un tourisme de montagne plus vert

Matignon a également annoncé le lancement au printemps d’un plan d’investissement qui «réponde aux défis structurels que sont la transition écologique, la diversification des activités de montagne et la compétitivité de l’offre touristique».

Le plan d’investissement montagne “permettra de proposer dans les années à venir une offre plus verte, plus diversifiée et plus compétitive” du tourisme en montagne, avait indiqué début février le Premier ministre Jean Castex lors de l’annonce d’un renforcement de l’assistance de l’Etat à l’économie alpine.

Le “vert” volera t’il la vedette au “blanc” ?

Tout laisse croire aujourd’hui que le “blanc” a encore de beaux jours devant lui. Un hiver sans ski comme celui qui vient de s’écouler, démontre clairement que le ski reste encore l’élément d’attractivité majeur de la montagne en hiver.

Le ski est, et restera encore le produit d’appel de la montagne pour encore deux ou trois décennies.

Mais le “vert” pourrait bien occuper une place plus importante en montagne. On observe en effet une éco-responsabilité des stations de ski dans les futurs investissements. De nombreuses remontées sont par exemple démontées au profit de remontées plus modernes. Aujourd’hui, on n’installe pratiquement plus de téléskis mais des télésièges et des tapis pour ne plus avoir à enneiger des pistes de montée. Une manière simple et efficace d’éviter un double enneigement, et permettant d’optimiser les investissements. Un argument de poids d’autant que les investissements dans la neige sont de plus en plus redoutés par les financeurs.

Enfin, les projets de diversification de l’offre, menés depuis de nombreuses années, se poursuivent et prennent de plus en plus d’ampleur en montagne. La non-ouverture des remontées mécaniques cet hiver a accéléré la croissance de certaines activités et la mise en oeuvre de nouveaux projets orientés “4 saisons”.

Vers de nouveaux modèles de gouvernance ?

La situation historique actuelle oblige la montagne à une remise en question collective. Alors ne doit-on pas profiter de cette crise pour aller plus loin ? Aujourd’hui, l’heure est à la diversification des activités mais aussi à la mutualisation de moyens. La montagne a fait preuve d’une extrême solidarité à l’échelle nationale pour affronter cette crise sans précédent. Le secteur du ski a besoin de nouveaux modèles de gestion (privés, semi-publics…), avec des sociétés fortement capitalisées localement, pour faire face à tous les aléas climatiques et gagner la confiance des financeurs.

Cette crise sanitaire mais aussi économique et historique pour la montagne française, ne va t’elle pas accélérer cette remise en cause de certains modèles économiques ?


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