Skieur de haut niveau, Yves Dimier est un enfant du pays, originaire de la station de Val Cenis, dans la haute vallée de la Maurienne. Avec des parents non skieurs, il parvient à se faire un nom dans le monde du ski et à être aujourd’hui l’un des référents dans la gestion des stations de ski françaises.

 

I Love Ski : Pouvez-vous nous présenter votre carrière sportive et professionnelle ?

Yves Dimier : J’ai appris à skier avec l’école et je m’étais inscris au club des sports. Mes parents ne skiaient pas. J’adorai le sport en général. Je n’avais pas un très très bon niveau de ski, plutôt un niveau correct.

Ma passion du sport fait que je progresse petit à petit et je récupère le retard sur d’autres pour arriver en Équipe de France où je suis resté pendant 11 ans.

En terme de résultats sportifs, mes meilleures années ont été 1995 et 1996. A cette époque, je monte 3 fois sur le podium en Coupe du Monde, je participe aux Jeux Olympiques de Lillehammer. Je comptabilise 5 participations au Championnat du Monde où j’obtiens des places dans les 10 premiers et notamment en Combiné.

Yves Dimier en course promotionnelle avec Tomba, Stenmark et Krizaj

J’ai terminé ma carrière en 1999 car j’avais beaucoup de problème de dos, je commençais à être usé. Je décide de prendre un peu de recul et en accord avec la Fédération Française de Ski, je sors de l’Équipe de France pour m’entraîner tout seul.

Je commence à travailler pour le groupe Rossignol Dynastar, pour faire des essais et m’entraîner en même temps (durant tout un été).

Comment s’est passée votre reconversion professionnelle ?

Yves Dimier : A l’automne, alors que je devais réintégrer l’équipe de France comme prévu, le groupe me fait une proposition d’emploi. J’avais alors 30 ans. J’avais déjà été dans les meilleurs mondiaux, j’étais dans les 30 meilleurs mais je n’avais plus la motivation nécessaire pour faire tous les efforts dus notamment à mes problèmes de dos. Je devais me lever une heure avant tout le monde, faire des échauffements, cela devenait une vraie corvée et plus un plaisir. Je donc décidé d’arrêter et de prendre cette opportunité de job.

Après ma carrière sportive, j’intègre donc la société Rossignol / Dynastar, et plus précisément le service Courses. J’y ai occupé différentes fonctions pendant 7 ans, pour finalement occuper le poste de responsable du service Courses de Dynastar. J’y ai vécu de belles expériences comme la consécration de Jean-Pierre Vidal en tant que Champion Olympique, le norvégien Aamodt – Champion Olympique, Joël Chenal vice champion olympique… entre autres. Nous avons également travaillé avec les américains comme Bode Miller, Eric Schlopy.

Après 7 ans chez Dynastar, je suis contacté par la Fédération française de ski pour occuper un poste de directeur technique alpin. Je vais y rester 4 ans. Il s’agissait d’une période très difficile car la fédération était en redressement judiciaire. Il n’y avait plus de résultats sportifs, et je suis assez fier de ce que nous avons pu mettre en place. Au bout de 4 ans, en 2010, nous sommes redevenus une nation forte et dynamique, avec 15 à 16 podiums par saison alors qu’en 2006, c’était plutôt 2 ou 3. Nous avions par exemple formé le jeune Pinturault pour être sur les podiums mondiaux juniors, et maintenant on le retrouve sur les plus hautes marches des podiums internationaux.

En 2010, des élections à la fédération française de ski entraînent des changements d’orientations. Le poste de Directeur technique alpin est supprimé, et je me prépare à reprendre des études dans le milieu du management sportif en Suisse en lien avec le Comité Olympique International (CIO).

A ce moment-là une opportunité se présente d’aller travailler en Russie pour l’organisation des Jeux Olympiques de sochi.

Cela va très vite, un coup de fil à la Secrétaire Générale de la Fédération Internationale de Ski (FIS), un coup de fil au Responsable du Projet Sotchi pour le CIO (Jean-Claude Killy). En 3 jours, j’envoie mon CV, je vais en Russie, et je décide avec ma famille que c’est un beau projet professionnel et familial. Je passe 4 ans là bas, c’est une superbe expérience. Cela n’a pas toujours été facile de travailler dans ce milieu là, en Russie, mais j’en garde un très bon souvenir. Cela a été une riche expérience professionnelle et personnelle.

Yves Dimier – Jeux Olympiques de Sotchi (Russie)

Quelques mois avant la fin de ma mission là bas, j’ai rencontré les élus de Val Cenis qui cherchaient quelqu’un pour remplacer le directeur du domaine skiable qui partait à la retraite après 16 ans à la tête de la société. Ils m’ont fait confiance et m’ont aussi laissé la possibilité de finir ma mission en Russie.

Dès la fin des Jeux paralympiques au mois de mars 2014, j’arrive à Val Cenis en tant que Directeur du domaine skiable.

Un beau challenge ! Je connais le ski, je connais le management et la gestion des hommes mais je ne suis pas un spécialiste de la gestion des domaines skiables. Néanmoins j’ai beaucoup appris dans tout ce que j’ai pu faire en tant qu’athlète, en Russie mais aussi au niveau de la fédération française de ski.

J’ai plaisir à maintenir cette relation avec la Fédération Française de Ski. En tant que Président de la commission Communication Économie (Tableau de bord, Gestion des données économiques) de Domaines Skiables de France (DSF), je suis d’ailleurs l’un des deux représentants de DSF au Comité Directeur de la FFS.

Yves Dimier (au centre), en tant que Président de la commission Communication Économie de Domaines Skiables de France

Comment vous imaginez-vous dans quelques années ?

Yves Dimier : A ce jour, cela va bientôt faire 6 ans que je suis à ce poste. Je ne regrette pas une seconde, ce métier est très complet, le spectre est énorme, il y a de la technique, de la relation humaine, du management, du business, de la commercialisation, de la communication… Je me vois bien continuer encore de nombreuses années à ce poste.

Quelles sont les valeurs d’un sportif de haut niveau qui permettent d’en arriver là ?

Yves Dimier : La première valeur, lorsque l’on est sportif de haut niveau, est d’apprendre à rebondir de ses échecs, et à mettre en place des solutions qui vont nous permettre de réussir. Et apprendre à ne jamais lâcher. En tant que sportif de haut niveau, lorsque l’on est confronté à un échec, on se doit de rebondir, de toujours progresser. Et même en cas de victoire, il y a toujours des choses à améliorer.

Dans le milieu de l’entreprise, je pense que c’est vraiment un plus. Un athlète de haut niveau est habitué à faire ça 365 jours sur 365, c’est naturel. Alors que d’autres ne l’ont jamais vécu. Bien sûr, les professionnels ont des challenges, des objectifs mais ce n’est pas quelque chose qu’ils ont travaillé toute leur vie.

Il faut se fixer des objectifs et mettre en oeuvre tous les moyens pour y arriver, y compris savoir gérer les échecs pour rebondir.

 

Que conseilleriez-vous aux jeunes sportifs qui débutent leur carrière de haut niveau ?

  • Le premier conseil est déjà de vivre à fond leur carrière sportive. Ils ne doivent pas hésiter de mettre tous les moyens en place pour aller au bout de leur potentiel d’athlète de haut niveau. Il y en aura qui gagneront 20 Coupes du Monde, d’autres en gagneront une et d’autres qui n’en gagneront pas. L’important est d’aller au bout de son potentiel et de ses objectifs.

 

  • La deuxième chose, c’est de prendre le temps et le recul nécessaires pour penser à comment ce sera après. Il est important de faire des formations qui permettent en tant qu’athlète, de s’aérer l’esprit, de se donner d’autres atouts, et d’envisager l’après carrière avec plus de sérénité et sans pression. C’est souvent difficile à combiner quand on doit être à fond dans un objectif et se dire en même temps qu’il faut penser à “l’après”.

 

  • Enfin, ce que tout athlète doit retenir, c’est qu’une carrière de haut niveau est une excellente formation. Après la carrière de haut niveau, celui qui se donne les moyens, celui qui a un peu d’ambition, doit trouver de belles opportunités car il s’est formé mieux que celui qui a suivi un cursus d’études classiques. C’est un vrai atout. Cela ne va évidemment pas tomber du ciel, il ne faut pas penser que parce que l’on a été athlète de haut niveau, la société va t’ouvrir toutes les portes.

il faut penser qu’il a de vrais atouts. Il doit avoir confiance en lui car il a quelque chose que d’autres n’ont pas.

Yves Dimier (au centre) aux côtés de Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat au Tourisme