L’inégalité dans le monde du travail, et dans le ski

Malgré la force acquise par le mouvement féministe ces dernières années, le constat reste le même : nous sommes encore loin de la parité hommes/femmes. Cela est particulièrement évident dans certains secteurs d’activités, et l’industrie de la neige en est un exemple clair.

La France, grande puissance mondiale du ski, où de nombreux efforts ont été déployés au niveau législatif pour promouvoir l’accès des femmes aux postes à responsabilités, ne comptabilise que 29% de femmes dans l’ensemble de ses effectifs (5 220 femmes sur un effectif total de 18 000 personnes – source Domaines Skiables de France. Juin 2019).
Lorsque l’on s’intéresse au nombre de femmes dirigeantes de domaines skiables français, ces dernières se comptent sur les doigts des 2 mains.

En outre, selon le dernier rapport annuel d’ONU Femmes, l’écart salarial dans le monde reste de 23% et le taux d’activité des femmes est de 63%, tandis que celui des hommes est de 94%. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour laquelle les femmes se sont mobilisées à nouveau le 14 juin en Suisse, dans le cadre d’une grande manifestation tout à fait historique dans le pays. Le problème persiste dans les pays les plus avancés comme la Suisse qui commémorait ce jour-là la manifestation qui avait eu lieu à la même date en 1991.

Le poids des stéréotypes dans le ski

Alors comment est-on arrivé à cette situation ? Aujourd’hui, les stéréotypes semblent encore peser très lourd sur les femmes, et plus particulièrement dans le ski :

– Manque de modèles féminins auxquelles elles peuvent s’identifier dès l’enfance, générant un sentiment d’illégitimité pour gravir certains échelons.

– La société fait porter la responsabilité du ménage sur les femmes. Elles doivent souvent faire face à la gestion des tâches ménagères et l’éducation des enfants (sentiment de culpabilité, qui serait d’ailleurs le premier frein à leur carrière). Les postes hiérarchiquement très élevés impliquent des temps de travail très longs qui sont difficilement conciliables avec une vie de famille qui est souvent à la charge des femmes.

– L’ambition et l’autorité ne sont pas vues comme des qualités chez une femme.

Un premier blocage au niveau du recrutement

Lorsqu’il s’agit d’une direction de domaines skiables, les professionnels du secteur s’accordent tous sur un point : les femmes candidatent moins que les hommes à ce poste. Mais pourquoi ? Il semblerait que l’on assiste à une anticipation d’une discrimination de la part des femmes qui ne se risquent pas à postuler. D’autres expliquent que les femmes auraient un moindre goût pour la compétition et l’autorité.

Si de manière générale, les femmes ont déjà beaucoup plus de difficulté que les hommes à trouver un bon travail, il existe également ce que l’on appelle le “plafond de verre”, une expression américaine de la fin des années 1970, qui désigne des freins invisibles à la promotion des femmes.
Pour lutter contre ce phénomène, de nombreux pays ont appliqué au cours des dernières années différentes lois visant à promouvoir l’égalité des sexes en obligeant les entreprises à placer davantage de femmes à leurs postes de responsabilité. Par exemple, au sein de la Fédération Espagnole de sports d’hiver (RFEDI), plusieurs femmes siègent au conseil d’administration, avec l’incorporation il y a quelques semaines, de la nouvelle responsable du programme Mujer y Nieve (Femme et Neige), Paula Fernández-Ochoa. Un programme initié par le Conseil Supérieur des Sports qui impose la présence de femmes dans les structures sportives.

Mais, même dans les pays les plus développés, la présence des femmes à des postes à responsabilité dans les entreprises, est encore très irrégulière selon les pays. I Love Ski a recompilé des données provenant des principaux pays de l’industrie de la neige, membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques :

Graphique 1 : Pourcentage de femmes dirigeantes dans les principaux pays de l’industrie de la neige (données générales).

L’industrie de la neige : un secteur traditionnellement masculin

Prenons l’exemple de l’Italie, l’une des grandes puissances de l’industrie de la neige dans le monde. Il existe des études qui montrent que dans ce pays, les femmes sont généralement meilleures que les hommes au niveau d’études (grades supérieurs, plus d’heures consacrées aux études, moins de récupérations…). Dans le cas des carrières universitaires dans les domaines des sciences, de la technologie, etc., les hommes sont plus nombreux, mais les femmes obtiennent de meilleures notes (103,5 sur 110 en moyenne pour les femmes, 101,4 sur 110 pour les hommes). Malgré tout, les femmes continuent à être pénalisées dans la vie active, avec un taux de chômage plus élevé et un salaire plus bas.

La même chose se produit dans l’industrie de la neige, traditionnellement masculine, dans laquelle les femmes sont généralement reléguées à des postes de moindre responsabilité. Parlons de chiffres. En France, l’une des plus grandes puissances de la neige et l’un des pays dans lesquels de nombreux efforts sont faits au niveau législatif pour promouvoir l’accès des femmes aux postes à responsabilités, il n’existe que cinq directrices sur les 325 domaines skiables que compte l’hexagone (Groelières les Neiges, Val Louron, Les Rousses, Rouge Gazon et Grand Tourmalet).

Ainsi, la proportion de femmes occupant les postes les plus élevés dans les domaines skiables n’est que de 2,1%. Au delà de la gestion des domaines skiables, on retrouve des femmes à des postes de Directrices ou Directrices adjointes de groupes en charge de la gestion et/ou de la commercialisation de plusieurs domaines skiables (LaBelleMontagne, Altiservice, N’PY Nouvelles Pyrénées).
En Espagne, sur les 36 domaines skiables que compte le pays, seul le domaine skiable de Puerto Navacerrada est géré par une femme (2,8%).

Mais le problème ne se réduit aux pays européens tels que l’Italie, la France ou l’Espagne. Une étude menée par Snowsports Industries America, qui a analysé 22.000 entreprises aux États-Unis, a révélé que 60% d’entre elles ne comptaient aucune femme au sein de leur conseil d’administration, 50% n’avaient aucune femme à des postes de direction et moins de 5% avaient une directrice.

Graphique 2 : Données générales sur le pourcentage de femmes dans les Conseils d’Administration dans les principaux pays de l’industrie de la neige (données générales).

L’impact positif des femmes dans les entreprises

La moyenne de tous les pays analysés (y compris ceux qui ne figurent pas dans ce graphique) est de 22,9%. Une étude montre que les entreprises rentables où les femmes occupent des postes de responsabilité (directrices, membres du conseil d’administration, dirigeants) bénéficient d’une rentabilité supérieure de 15%.
L’impact positif des femmes dans une entreprise n’est plus à démontrer aujourd’hui. Il convient de faire évoluer les mentalités et réduire la discrimination ou l’auto-censure des femmes dans le milieu de travail en général, et dans l’industrie de la neige en particulier.

Pour illustrer et compléter ce dossier sur les Femmes d’altitude, I Love Ski a interrogé plusieurs référents de la montagne, et certaines des grandes femmes qui ont réussi à atteindre le sommet de ce secteur. Grâce à ces témoignages, nous tenterons de comprendre pourquoi il y a encore si peu de femmes aux postes de directeur (trice) de domaines skiables, et quelles mesures pourraient être appliquées pour faire évoluer cette situation.

Prochain article :
Marion Luigi – « Je pense que c’est une mauvaise perception du métier par les femmes »