I Love Ski : Aujourd’hui la montagne française de porte plutôt bien. Comment décririez-vous cette saison d’hiver 2018-2019 ?
Alexandre Maulin – Domaines Skiables de France : La saison d’hiver n’est pas encore entièrement terminée, et nous avons encore quelques très gros adhérents qui sont encore ouverts pour une semaine environ. Le premier constat que l’on peut tirer de cette saison, est que l’on a une petite progression. Un bon résultat d’autant que le début de saison a été très variable selon les massifs. Certains sites en Haute Savoie ont été très impactés, des massifs complets comme les Pyrénées, le Jura, les Vosges, le Massif Central ont eux aussi été très impactés par le manque de neige. Arriver à ce résultat en fin de saison est plutôt satisfaisant et démontre que la montagne attire toujours.
Nous assistons à une stabilité de la fréquentation, avec une légère progression, de l’ordre de +1%.
Jean-Luc Boch – France Montagnes : Nous avons eu deux saisons qui ont été totalement différentes. La saison dernière, nous avons eu une excellente fréquentation  avec énormément de neige et cette année, la fréquentation était tout aussi bonne mais avec un enneigement différencié. Certains massifs ont eu des difficultés d’entrée de jeu mais ont pu faire venir du monde car la neige était présente en février.
Pour synthétiser cette année, la saison est encore excellente et le positionnement de la plupart des stations, en étant différenciant et en essayant de trouver d‘autres clientèles, est en train de porter ses fruits.
Ce qui nous pose encore un problème encore aujourd’hui c’est que nous avons tendance à ne pas être en France, assez présents dans des Workshops,  des activités internationales, en travaillant trop indépendamment les uns les autres. Nous avons besoin de nous fédérer. Quand nous avons une conférence de presse, des salons, des rencontres, nous devons tous être présents et main dans la main : c’est la montagne française qui en sera grandie quels que soient les massifs, la taille des stations ou la volontés des élus.
I Love Ski – Les stations de ski françaises ont enregistré 20M de journées Ski sur les 4 semaines de février. La montagne française démontre encore une fois son attractivité ?
Alexandre Maulin – Domaines Skiables de France : Nous rêverions tous de pouvoir étaler sur les 17 semaines de la saison, la masse de clients que l’on reçoit en février, et que la fréquentation soit plus linéaire. Aujourd’hui les calendriers de vacances scolaires françaises et européennes génèrent de forte densité de clientèle, et les 4 semaines des vacances de février en sont « l’iceberg le plus important ». 35 à 40% de notre activité se concentrent sur ces 4 semaines, qui sont prépondérantes dans une saison, surtout lorsque certains massifs ont perdu le début de saison : c’est la période que l’on ne doit pas manquer. Nous devons trouver comment renforcer les autres périodes de la saison pour diminuer la part de février et développer les périodes comme janvier et mars/avril pour qu’elles pèsent plus dans notre modèle économique.
Jean-Luc Boch – France Montagnes : Nous avons  beaucoup de monde concentré sur la période des vacances scolaires de février, et il nous faut trouver des solutions pour les faire venir à d’autres moments de la saison, et remplir nos stations.
En février, nous avons des vacances familiales en France et à l’international. Nos principaux clients internationaux sont britanniques, belges et néerlandais.  Ils sont tous en vacances en même temps, c’est une habitude et une prise de conscience collective que c’est sympa d’aller à la montagne en février. Avant, Noël était un moment privilégié pour aller à la montagne, nous avons un petit peu perdu Noël parce que de plus en plus de gens veulent passer les fêtes en famille et à la maison. Nous devons leur montrer que c’est un moment unique et privilégié. Le Père Noël, lorsqu’on le voit à la télévision, il est sur des rennes, dans la neige : il n’est pas dans des plaines ou sur de l’herbe ! (rires).
I Love Ski – Aujourd’hui on assiste à l’émergence de nouvelles clientèles internationales, la Chine par exemple. Comment la montagne française s’est-elle préparée à ce phénomène ?
Alexandre Maulin – Domaines Skiables de France : C’est très difficile et c’est très variable. Si vous allez voir dans les 10-15 grandes stations de ski françaises, je pense qu’elles ont les moyens et qu’elles sont en train de s’adapter à une clientèle internationale. En France, nous avons des stations plus adaptées à un marché européen ou même national. Il y a des progressions dans l’adaptation à la clientèle internationale, mais cela est très variable d’une station à l’autre.
Jean-Luc Boch – France Montagnes : Pour l’instant nous ne sommes pas tout à fait préparés, et pas encore aptes à recevoir des skieurs chinois. Pourquoi ? Nous avons trop de diversité et nous ne prenons pas suffisamment en compte les besoins qui sont les leurs lorsqu’ils se déplacent à l’international. Il va falloir mettre beaucoup plus en avant le fait d’avoir une nourriture, un hébergement qui correspondent à leur demande, une volonté de les accueillir pour, sans supprimer leur authenticité et celle du pays qui les accueille, on parvienne à leur donner un petit bout de chez eux chez nous.
I Love Ski – Certains détracteurs de la montagne annoncent « Le ski, c’est fini ! ». Et vous, que dites-vous ?
Alexandre Maulin – Domaines Skiables de France : On dit toujours que “le tout ski est fini” mais sans le ski, tout est fini !
Les clients viennent pour glisser, découvrir la nature, la montagne au travers du domaine skiable et nous avons besoin de sécuriser notre produit mais aussi le parcours client.
La neige prend une part de plus en plus importante dans les investissements, et nous devons encore progresser : nous ne devons pas chercher à avoir 80 ou 100% de couverture en neige de culture. Nous devons permettre à des domaines skiables de travailler quelles que soient les conditions, de manière intelligente, adaptée à la ressource en eau et au terrain, afin de proposer un produit Ski satisfaisant pour les clients.
Nous assistons aujourd’hui à une forte concentration de l’investissement dans les stations de taille plus importante, et notamment celles qui viennent de renouveler leur contrat de délégation de service public. A ce titre là, nous avons des phases beaucoup plus actives avec des investissements en remontées mécaniques, neige de culture, travaux de pistes. L’an dernier, nous avons eu une année record avec près de 400 millions d’euros d’investissement, soit 30% du chiffre d’affaires national. C’est bien et c’est nécessaire : il nous faut aujourd’hui un cadre juridique et stratégique qui nous permette de maintenir cet investissement.
Jean-Luc Boch – France Montagnes : Nous avons de moins en moins de jeunes skieurs dans nos montagnes. Il faut rétablir les classes de neige et les classes de découverte, afin que les enfants qui, même à proximité des stations, puissent découvrir la neige, et participent avec leur famille au développement de cette activité. Nous sommes aujourd’hui aux prémices de ce qu’il faut faire, au début de la prise de conscience collective, et si nous ne changeons pas notre modèle, nous allons avoir des difficultés pour les skieurs de demain.
Auvergne Rhône Alpes, par l’intermédiaire de son Président Laurent Wauquiez, vient de mettre en place un système qui va permettre de payer les transports des jeunes à destination de la montagne. A nous les collectivités locales de trouver la solution pour avoir de nouveaux hébergements pour arriver à fédérer les encadrants, qu’ils viennent en ayant moins peur de la prise de responsabilité, et que tout le monde sorte gagnant d’une découverte de la montagne.
On le sait aujourd’hui, et c’est une certitude, les enfants qui ont connu les classes de découverte ou les classes de neige, quand ils fondent une famille, ou qu’ils sont jeunes actifs, reviennent dans la station qu’ils ont découverte lorsqu’ils étaient enfants. Ce sont des souvenirs juste exceptionnels qu’ils avaient vécus. Il faut refaire briller cette envie, ce besoin de découvrir la montagne à nos enfants.
Fin novembre, nous allons organiser un événement qui on l’espère, va faire date : le Paris des Neiges, qui sera ouvert à toutes les stations françaises et tous les professionnels de la montagne, pour faire un gros coup de communication au niveau national bien entendu mais international aussi. Nous souhaitons démontrer que la montagne française est capable de s’unir et de se fédérer.