Xavier De Le Rue est une référence dans le monde du freeride, en particulier grâce à son palmarès exceptionnel. Double champion du Monde en boardercross en 2003 et 2007 mais également vice champion du Monde en 2009. C’est également le rider le plus titré du Freeride World Tour avec 3 premières places en Snowboard (année 2008,2009 et 2010). 

Aujourd’hui, Xavier De Le Rue est considéré comme l’un des meilleurs snowboardeurs du monde. 
I LOVE SKI : Maintenant que vous vous êtes retiré des compétitions, que faites-vous ? Quels sont vos nouveaux challenges ? 
X. De Le Rue : Cela fait maintenant plusieurs années que je me suis retiré des compétitions. Pendant ces trois dernières années, j’ai fait entre une et deux compétitions par an. Cette année, je pense que je ne vais pas en faire car maintenant je me concentre sur une autre activité. 
Depuis 7/8ans, je fais principalement des films, c’est devenu ma principale activité. Je fais de nombreuses expéditions à travers le monde pour assurer la production et la réalisation de ces films. Cette année, je suis sur un projet un peu différent, il s’agit d’un projet totalement auto filmé. Nous avons développé une nouvelle technologie, Hexo+ : ce sont des drones qui sont complètements autonomes. Il peuvent te suivre et te permette de t’auto filmer pendant que tu rides. C’est un produit qui est maintenant commercialisé et qui pour moi, ouvre de nombreuses possibilités. Cela génère des gains en souplesse, en logistique, et en liberté ce qui me permet de montrer mes aventures sous un autre jour. Cette année, mon projet est un DIY : Do it Yourself, qui montre ma vie filmée de l’intérieur. 

I LOVE SKI : Comment devient-on un champion de Freeride ? Avez-vous un entraînement particulier ? Pouvez-vous nous en dire plus ? 
X. De Le Rue : Je pense que pour devenir un champion de freeride, il n’y a pas vraiment de recette miracle. Personnellement, pour moi ce qui a très bien fonctionné, c’est que j’ai fais par le passé énormément de compétitions (slalom, boardercross et fresstyle). Ça m’a donné une base technique solide qui fait que j’arrive à tenir debout, à être stable. Je peux pousser un peu les limites de mon ride tout en étant stable sur mes pieds. Le fait d’avoir des bases solides, de bien tenir debout, d’avoir de bonnes qualités techniques permettent de se sentir à l’aise dans la montagne. Mais aussi d’arriver à pousser ses limites, de rider de plus en plus vite, d’être capable de faire des lignes engagées dans des endroits où l’on a pas le droit de tomber tout en restant relativement sûr de soi. 
Par rapport à mon entrainement, je n’ai pas d’entrainement particulier. Même quand je faisais beaucoup de compétitions, j’étais « anti-entrainement ». Par contre, j’ai adapté ma vie avec tous ces sports, qui font que maintenant, je prends du plaisir et je développe des qualités et des sensations qui me font progresser dans le monde du freeride. J’ai fait pas mal d’alpinisme de montagne pendant un moment, je pense que cela m’a permis d’acquérir une certaine aisance en montagne. 
Je pense aussi qu’un peu de freestyle derrière tout ça, fait vraiment du bien pour être vraiment stable sur sa planche. Pour moi, le mix de tout ça est important pour être performant. Mais au final, c’est un jeu hyper mental ! Il faut être fort dans sa tête, vraiment savoir quelles sont ses propres qualités et par rapport à cela, savoir jouer avec ses limites tout en ayant de la marge.  

I LOVE SKI : Que pensez-vous des compétitions actuelles de Freeride ? Freeride World Tour ? French Freeride Series ? Ces compétitions reflètent-elles la philosophie du Freeride ? 
X. De Le Rue : C’est un peu une polémique c’est vrai. Personnellement, je pense que c’est une super plateforme pour progresser, pour devenir un bon freerider et pour aller se confronter aux autres. Après, ce n’est pas forcement l’esprit du freeride ! La magie du freeride, c’est de pouvoir aller loin de tout, pouvoir faire ses lignes tout seul. Partager avec le monde extérieur et en tant que rider et aller se confronter au autres dans un but de progresser pour devenir plus fort, je pense que c’est une super bonne école. Je ne conçois pas les compétitions comme des fins en soi. On a la chance de faire un sport hyper vaste qui offre énormément de choses, la compétition c’est une étape dans ce sport mais ce n’est pas le but final. 
I LOVE SKI : C’est de famille cette volonté de se confronter à la nature : d’où vous vient, à vos frères et votre soeur, cette passion pour la montagne ? 
X. De Le Rue : C’est marrant, parce que nos parents ne sont pas vraiment montagnards. On avait un oncle qui était très fort montagnard mais je pense que cela vient du fait que l’on a grandi dans une station de ski. Je pense qu’on a eu une bonne émulation entre nous, avec nos amis quand on était plus jeunes et ça a un petit peu forgé notre volonté de vivre notre vie de cette façon. Et c’est vrai qu’on aime tous aller se challenger là haut dans la montagne. 
I LOVE SKI : En tant que Freerider, avez-vous une bonne assurance, car ce métier n’est pas sans risque (humour)? 
X. De Le Rue : C’est vrai que c’est un sport hyper dangereux. C’est un sport de montagne et la montagne ce n’est pas anodin. L’erreur peut être fatale et on peut facilement ne pas avoir pas beaucoup de chance. J’ai une façon de fonctionner qui est assez « safe » et même si on a l’impression que je prends beaucoup de risque, je fais toujours attention à y aller toujours à tâtons et à sortir uniquement quand c’est bon. Après, je sais que le fait d’aller en montagne est un risque a part entière et pour moi qu’on y aille à bas niveau ou à haut niveau on prend facilement beaucoup de risques en montagne. Je suis né dans la montagne, c’est quelque chose qui me plais. Je n’ai vraiment pas envie de mourir en montagne et je fais tout pour. Je sais que ma passion peut avoir un prix, qui peut être le prix ultime. J’essaie d’aborder les choses de façon cartésienne, de vraiment faire attention. Maintenant, j’ai quand même pas mal appris, j’ai eu pas mal de moments assez chauds dans ma carrière et j’ai vraiment appris à peser le pour et le contre. Maintenant, dès que j’ai le moindre doute, je fais demi-tour. J’essaie également de partager cela à travers mes films et vis a vis de mes proches afin de leur inculquer ce même état d’esprit et cette façon de fonctionner.
Merci beaucoup Xavier pour toutes ces réponses qui nous permettent de mieux connaître le monde du freeride et l’engagement et la passion de ses sportifs.